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Médias - Culture

Les Échos, Le Parisien, Challenges… les premiers pas prudents de Michèle Benbunan

La nouvelle patronne des activités médias de LVMH a commencé à rencontrer les élus et à imprimer sa marque. Au programme : contrôle des coûts, synergies, retour à l’équilibre en 2028.

Michèle Benbunan a été nommée le 16 janvier à la direction générale des Echos-Le Parisien.
Michèle Benbunan a été nommée le 16 janvier à la direction générale des Echos-Le Parisien.

Une rencontre avec la direction de Challenges ce mercredi 4 février, un petit déjeuner d’accueil dans le hall des Echos-Le Parisien deux jours plus tôt, une réunion avec les élus du quotidien économique la semaine passée… Michèle Benbunan, nouvelle directrice générale des activités médias de LVMH (avec l’Opinion, Paris Match, Sciences et Avenir) essaie de renouer le dialogue avec ses rédactions. Nommée juste après la grève des journalistes des Échos le 16 janvier qui protestaient contre des propositions d’augmentations de salaires jugées « indécentes », la patronne avance en terrain miné.

Au sein du quotdien, la grogne sur les questions salariales est intacte. Mais se gardant bien de toute promesse, la remplaçante de Pierre Louette, débarqué récemment, a préféré temporiser dans ses échanges avec les délégués du personnel. Elle a indiqué « revenir vers les élus dans un délai d’un mois (délai pouvant évoluer) », peut-on lire dans un mail interne du 27 janvier adressé à la rédaction par les représentants des salariés. Un dossier à risque au sein d’un journal d’ordinaire très calme, pour la sexagénaire qui, de son propre aveu, « n’a plus rien à perdre ».

Pourtant, l’année 2025 se termine bien pour le titre. Selon nos informations, les résultats du pôle les Échos (regroupant le journal économique, le salon Viva Tech, la revue pour les jeunes Pour l’éco et l’agrégateur de données Datagora) sont meilleurs qu’attendus, avec un chiffre d’affaires en légère hausse, autour de 165 millions d’euros, porté par les abonnements numériques et la performance record de Viva Tech. Le résultat courant est dans le rouge (à -6 millions environ), mais cette perte s’est réduite de plus d’un million d’euros en un an. Et le plan stratégique vise un retour à l’équilibre d’ici à 2028.

Réservée sur la question des salaires, l’ancienne dirigeante d’Editis s’est montrée plus loquace sur les synergies qu’elle entend développer entre les rédactions des Échos et de Challenges. « Dans un groupe comme le nôtre, on ne peut pas avoir un journaliste spécialisé qui écrit uniquement pour un titre », a-t-elle lâché la semaine passée. De quoi susciter l’émoi chez les plumes. « Benbunan a probablement pour mission de faire des économies, mais sa vision est encore très théorique, car elle n’a jamais dirigé de journaux, pointe un rédacteur du quotidien. Mutualiser des contenus a sans doute un intérêt pour des médias gratuits, mais cela paraît plus compliqué pour une presse premium où le lecteur paye cher pour un contenu original. »  

Chez Challenges aussi, les sujets de discorde s’accumulent. À commencer par les garanties données - ou non - aux rédactions sur les questions éditoriales. Le dossier a encore été abordé le 4 février dernier, lors d’un petit déjeuner initié par le nouveau président de l’hebdomadaire, Maurice Szafran. Surnommé le hamster en interne « tant il court partout depuis sa nomination » selon un salarié, l’ancien de Marianne a proposé au directeur de la rédaction, Pierre-Henri de Menthon, de venir les rejoindre pour parler développement des audiences web mais pas que… La nouvelle patronne a surtout fait part de son incompréhension face à la grogne des équipes, vent debout contre la modification de leur charte annoncée par LVMH. En effet, le nouveau propriétaire veut la modifier en remplaçant l’« adhésion à l’économie sociale de marché » par la défense de « l’économie libérale ».De quoi susciter de vives réactions. « Benbunan n’a aucune culture du journalisme, ni de l’histoire de notre groupe », s’époumone un salarié.

Relégué au rang d’éditorialiste, l’ancien directeur de la publication, Vincent Beaufils, a même titillé son nouvel actionnaire à ce sujet. Dans son billet du 22 janvier, on peut y lire que Bernard Arnault a été accueilli à l’Académie des sciences morales et politiques, par le président de cette institution, Jean-David Lévitte, « facétieux et grave à la fois », en lui rappelant qu’un de ses prédécesseurs était Michel Albert, « ardent défenseur et promoteur de l’économie sociale de marché et des valeurs humanistes, dont l’esprit perdure encore parmi nous ». Il avait déjà rappelé ces valeurs dans son édito du 8 janvier, en remerciement à Claude Perdriel, ancien propriétaire de l’hebdomadaire. « Une économie capitaliste qui n’est ‘ni celle de Xi ni celle de Trump’ (...) dans le respect de cette charte que Claude Perdriel avait voulue ». Ces clins d’oeils, à première vue inoffensifs, n’ont pas du tout plu à LVMH… et ont même valu à Pierre-Henri de Menthon une convocation de Nicolas Bazire, homme lige de Bernard Arnault.

Autre sujet de tension au sein de l’hebdomadaire économique : la clause de cession ouverte en janvier, permettant aux journalistes qui le souhaitent de partir avec des indemnités après un changement de propriétaire. L’actionnaire, représenté par le patron de l’Opinion Nicolas Beytout, a fixé unilatéralement sa durée à cinq mois, soit jusqu’au 28 juin, et a ajouté deux mois de bonification pour tout départ avant le 15 mars. « Nous n’avons rien pu négocier et le sujet des augmentations salariales individuelles a été repoussé après la fin de la clause. Nous n’avions pas l’habitude de relations sociales aussi brutales », note un élu, qui regrette la gestion familiale de Claude Perdriel. Les équipes ont été averties : les partants ne seront pas automatiquement remplacés, et chaque recrutement sera fait au cas par cas. De quoi perturber un peu plus les troupes, appelées, en outre, à déménager dans les locaux des Échos-le Parisien dans le 15e arrondissement de Paris. Probablement cet été.

Pour compliquer encore son cas, Michèle Benbunan n’a pas les coudées totalement franches au sein de Croque Futur, le groupe racheté à Claude Perdriel qui comprend Challenges mais aussi Sciences & Avenir et la Recherche. Elle doit composer, d’une part, avec Nicolas Bazire, membre du comex de LVMH : après avoir longtemps supervisé les médias, il a été mis sur la touche… mais peine à lâcher le dossier. Et d’autre part, avec Nicolas Beytout, patron fondateur de l’Opinion, devenu officiellement conseiller de Bernard Arnault quand le milliardaire a racheté le quotidien libéral. « On ne sait plus qui dirige, ça flotte de toute part », se plaint un journaliste. Signe de cette incertitude, le jour où Benbunan rencontrait la direction de Challenges, Nicolas Bazire, lui, voyait de son côté trois rédacteurs en chef de Sciences & Avenir et la Recherche. « Il y a une guerre entre les deux pour savoir qui s’occupe de nous, explique, atterrée, une rédactrice. C’est le flou à tous les étages. »

Mais le plus gros défi de Michèle Benbunan reste le Parisien. Le quotidien continue de perdre beaucoup d’argent - plus de 38 millions d’euros - même après avoir été renfloué de 150 millions d’euros par son actionnaire LVMH. Pourtant, la sexagénaire a déjà prévenu son employeur qu’elle ne souhaitait pas finir sa carrière en faisant partir une grande partie des effectifs du journal. Décrite comme une fervente partisane du dialogue social, selon une élue d’Editis, son ancienne maison, elle est déjà attendue de pied ferme. « Nous avons négocié un plan de gestion des emplois et des parcours professionnels le 29 avril dernier, qui a abouti à une quarantaine de départs, précise un élu. Malgré cela, les pertes en 2025 vont rester élevées. Mais si elle vient nettoyer la rédaction, on sera là. » Le risque pour Benbunan ? Voir se nouer une convergence des luttes entre les revendications des Échos, la fin de la charte à Challenges et les licenciements attendus au Parisien. Elle devra donc choisir ses combats afin d’éviter de voir s’enflammer tous les médias du groupe. Pas une mince affaire…

Contactée, Michèle Benbunan n’a pas souhaité faire de commentaire.