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Continuer la lectureLucie Robequain quitte la direction de La Tribune, la réorganisation de CMA Média patine
La journaliste, venue des Échos, avait été nommée directrice des rédactions en juin 2024. La nouvelle stratégie impulsée par Rodolphe Saadé et Claire Léost diverge de ses plans initiaux.
Nouveau départ en vue dans les médias de l’armateur CMA CGM (BFM, RMC, La Provence, Brut…). Après Régis Ravanas, directeur général de RMC BFM parti en décembre, huit mois après son arrivée, c’est au tour de Lucie Robequain, à la tête de la Tribune, de faire ses valises. Arrivée en juin 2024 en proven...
Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. Déjà, elle a eu du mal à se faire une place au sein de la Tribune dimanche, où le directeur délégué Bruno Jeudy - en théorie son n-1 - lui laisse peu de place. La direction a même assuré aux équipes de l’hebdomadaire qu’il était « le seul maître à bord ». Surtout, l’actionnaire a annoncé fin août la création d’un pôle économique rassemblant la Tribune, BFM Business et la partie éco des équipes Web de BFM, ce qui a tout changé. Dans le communiqué détaillant cette initiative, Lucie Robequain était d’ailleurs présentée comme « directrice de la rédaction » et non plus « des rédactions ».
Nommée directrice générale de CMA Media dans la foulée de cette annonce, Claire Léost a encore assombri l’avenir de Robequain en réclamant une réduction sur les piges et un recentrage du site « autour de quatre verticales sectorielles sur le modèle de la presse professionnelle » (aéronautique et défense, tech et IA, énergies et Europe-Afrique). Ce plan a donné lieu à une motion de défiance votée par 88 % par l’ensemble des journalistes des différents titres, ce qui a entraîné un gel provisoire du projet. Cette réorganisation a été « mal comprise et a suscité de l’émotion, s’est expliquée Claire Léost dans le Figaro fin novembre. La direction de La Tribune prend le temps du dialogue avec les équipes, avant sa mise en œuvre début 2026. » Parallèlement à cette interview, elle a adressé un mail interne, précisant avancer « désormais avec une feuille de route claire : structurer le groupe, consolider nos actifs et renforcer notre capacité d’innovation. »
Le projet d’un pôle économique est donc toujours sur les rails mais sans Lucie Robequain. « On continue de nous dire que cela va se faire, explique un journaliste. Les rédactions étaient censées se regrouper sur un même étage ce mois-ci mais nous n’avons aucune nouvelle ». Selon le communiqué publié fin août, ce pôle devait être placé sous la direction d’Arnaud de Courcelles, directeur général de BFM Business, qui a rencontré les rédacteurs de la Tribune durant le mois de décembre. La présidence doit être confiée à Jean-Christophe Tortora, directeur général du pôle presse de CMA CGM.
Symbole de ces synergies, une première émission hebdomadaire de BFM Business consacrée à la défense doit voir le jour avec des journalistes de la Tribune d’ici peu. Mais derrière la création de ce pôle économique se profileraient également des réductions d’effectifs, plusieurs journalistes couvrant les mêmes secteurs. « La direction cache un plan d’économies derrière cet habillage, juge un connaisseur du groupe. Cette restructuration a été confiée à un cabinet extérieur, Alixio de Raymond Soubie. »
Un danger déjà identifié par les syndicats. Dans leur communiqué du 5 novembre, ils avertissaient être prêts à combattre « tout projet qui ne serait qu’un prétexte pour supprimer des emplois/faire partir les journalistes ». Et d’ajouter, « le non-remplacement en 2025 de plus de 10 % des effectifs de la rédaction, et la suppression de 30 % du volume des piges, réduisent même à néant la progression d’effectifs. »
En attendant, les équipes du site ont l’impression d’être les victimes collatérales du lancement de La Tribune dimanche fin 2023, un choix personnel de Rodolphe Saadé, le PDG de CMA CGM. En concurrence frontale avec le Journal du Dimanche, la parution dominicale a en effet grevé les comptes du groupe avec une perte de 11,8 millions d’euros en 2024, alors que le site de La Tribune était auparavant à l’équilibre. Des difficultés qui n’ont pas empêché Claire Léost de se réjouir dans son mail interne « de la solidité de La Tribune dimanche, qui occupe la première place en part de marché publicitaire ».
À Balard, où sont rassemblés les médias de CMA CGM dans le 15e arrondissement de Paris, un responsable pronostique : « Pleins pouvoirs à Claire Léost, de Courcelles va prendre du galon… C’est un panier de crabes ! » Un autre renchérit, « la méthode Saadé, c’est du darwinisme : nommer plusieurs dirigeants et voir qui s’en sort à la fin ».
Contactée, Lucie Robequain n’a pas répondu à nos sollicitations tandis que CMA Media ne nous a pas répondu au moment de la publication.
La Tribune Nouvelle recapitalisée de 28,4 millions d’euros
Le lancement de la Tribune dimanche et le développement de la Tribune.fr coûtent cher à Rodolphe Saadé, le patron de l’armateur CMA CGM. La direction a annoncé en interne le 10 décembre une future recapitalisation de la société de 28,4 millions d’euros suite aux pertes enregistrées ces dernières années. Autrefois à l’équilibre, l’entreprise est tombée dans le rouge en 2023 et a cumulé 15 millions de déficits en deux ans (2023-24) en raison des coûts exceptionnels de lancement de la Tribune dimanche et de sa campagne de promotion, afin de se faire une place sur le créneau des publications dominicales déjà bien occupé par le Journal du Dimanche et le Parisien dimanche. Il faut ajouter à cela les pertes de l’année 2025, qui devraient toutefois être moins importantes que l’année précédente.