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Continuer la lectureGroupe ACI : Philippe Rivière sort un fonds luxembourgeois de sa manche
Un family office du Grand-Duché pourrait venir à la rescousse de l’industriel lyonnais, au bord de la liquidation. Mais vraisemblablement au prix de la mise à l’écart du fondateur.
Après le faux fonds de Singapour, les vrais fonds du Luxembourg ? Philippe Rivière, le président du groupe ACI, continue son tour du monde dans l’espoir de trouver des investisseurs acceptant de renflouer les caisses de l’entreprise en redressement judiciaire depuis fin septembre. Mais surtout, de sauver sa situation personnelle. Le compte à rebours a démarré : détenteur de 53 % du groupe lyonnais, via sa holding Capart, il perdra l’essentiel de sa fortune si le tribunal des activités économiques de Lyon décide le 9 décembre de placer ACI en liquidation. Une perspective très angoissante aussi pour les 1 400 salariés de cet industriel spécialisé dans la fabrication et la maintenance pour les secteurs de l’aéronautique, la défense ou le nucléaire, constitué d’une quarantaine de PME rachetées tambour battant en six ans. Une quinzaine de filiales ont d’ores et déjà été placées en redressement ou liquidées. Quant à la maison mère, mal gérée pendant des années et exsangue financièrement, elle a été placée sous le contrôle strict des administrateurs judiciaires le 17 octobre.
Selon nos informations, après avoir écumé - en vain - la plupart des investisseurs de la place, c’est au Luxembourg que l’homme d’affaires a trouvé une piste. Le patron d’ACI - également visé par une plainte au pénal pour abus de bien social - travaille sur un nouveau montage financier censé lui permettre de sortir de la nasse. Les fonds nécessaires à la continuation de la holding pourraient être amenés par le family office Way International Invest. La société, dirigée par Simeon Williams, banquier d’affaires, est à la tête de plusieurs filiales spécialisées dans les services de mise en relation, de structuration de fonds et d’optimisation patrimoniale au Grand-Duché.
L’une d’entre elles, Monarca SA vient de créer une société baptisée Verta Lux, qui a récemment repris la moitié des actifs de Capart, la holding personnelle de Philippe Rivière. Acculé, l’homme d’affaires lyonnais n’a plus guère le choix. Faute de pouvoir obtenir des prêts, le dirigeant a dû céder une partie du capital, seule condition envisageable pour les investisseurs compte tenu de l’état financier du groupe lyonnais.
L’opération donne de facto un droit de regard à Way International Invest sur ACI. La vigilance est déjà de mise : sur son profil Linkedin, Simeon Williams s’affiche déjà comme membre du board du groupe industriel. Nul doute que ce nouvel investisseur voudra procéder à une reprise en main totale du groupe si la procédure judiciaire valide son arrivée. Les administrateurs judiciaires ont d’ailleurs déjà commencé à faire le ménage en interne (voir notre article) : ils ont remercié sans attendre plusieurs managers recrutés cet automne par le patron d’ACI. Les conditions de départ de Philippe Rivière feront aussi partie des points les plus épineux de la reprise du groupe.
La solution portée par le fonds luxembourgeois est examinée à la loupe par les administrateurs judiciaires, les magistrats et les pouvoirs publics. À la clé : le sort des 1 400 salariés d’ACI et le maintien du savoir-faire industriel pointu des PME encore viables du groupe, dans des secteurs stratégiques. La précédente promesse d’investissement extérieur promise par Philippe Rivière avait tourné au fiasco. Comme l’Informé l’a révélé, le fonds Fortuna censé apporter 80 millions d’euros, présenté début 2025 par Philippe Rivière comme un investisseur américano-singapourien, s’est révélé être une coquille vide montée par deux aigrefins.
L’encombrant Darius Modaressi-Tehrani
Corollaire de la mise sous surveillance du groupe ACI par le tribunal des activités économiques de Lyon, les conseillers de l’ombre gravitant autour de son président Philippe Rivière devraient également être écartés, à l’instar de Darius Modaressi-Tehrani. Condamné à une mesure de faillite personnelle pour 15 ans, en 2022, par le tribunal de commerce de Lyon, il a fait la Une de l’actualité après plusieurs crashs d’entreprises retentissants (Incontinence protection, Wakeonweb…). Jusqu’à ces dernières semaines, il conseillait Philippe Rivière, tant sur la gestion interne d’ACI que sur la quête d’investisseurs. Le nom de son fonds, Nymrod, était aussi revenu en écho comme investisseur possible dans ACI, comme l’indiquait Les Échos. Sauf que Nymrod, basé au Luxembourg, a été liquidé en janvier 2024 et que les « associés » prestigieux dont il se prévaut sur son site internet - l’ex-directeur du renseignement de la DGSE Alain Juillet et l’ancien délégué général de la Fédération française des sociétés d’assurances Jean-Marc Boyer - ont assuré à l’Informé n’avoir jamais signé quoi que ce soit avec lui. Contacté, Darius Modaressi-Tehrani n’a pas donné suite à nos sollicitations.
Notre dossier complet sur l’affaire ACI Groupe
► Groupe ACI : comment Philippe Rivière tente de garder la main
► Comment Philippe Rivière a coulé le groupe ACI… tout en menant grand train
► Groupe ACI : les rocambolesques coulisses d’un naufrage