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Continuer la lectureDéfense : élections explosives à l’association des anciens de l’IHEDN
Les membres de l’AA-IHEDN, l’association qui regroupe les anciens auditeurs des formations du prestigieux Institut des hautes études de défense nationale, élisent leur président ce jeudi. Le scrutin se tient dans un climat de crise, sur fond de tensions personnelles et de propos antisémites.
Précision du 7 novembre à 15h00 : le scrutin pour la présidence de l’AA-IHEDN, qui s’est déroulé le 6 novembre, a porté en tête le nouveau binôme de candidats, composé de Yann Baros et d’Anne-François de Saint-Salvy.
Le calme feutré qui prévaut d’ordinaire dans le cercle des associations gravitant autour de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) a volé en éclat. Prévue ce jeudi 6 novembre, l’élection de la présidence de l’AA-IHEDN, l’association regroupant les participants - les auditeurs - aux sessions nationales de formation de cet institut de sensibilisation aux enjeux de défense, se tient dans un climat délétère. Élue au printemps 2024, l’équipe dirigeante actuelle, présidée par Marc-David Seligman*, remet son titre en jeu, comme l’exigent les statuts de cette structure comptant 1 300 membres. Ce scrutin sort cependant cette année de l’ordinaire. Primo : en raison du tempo. Si les statuts de l’association prévoient un renouvellement de l’instance de tête chaque année, il est de tradition que la direction ne soit pas contestée par une liste adverse pendant trois ans. La candidature dès cette année d’un nouveau duo (lire plus bas) face à Seligman vient donc changer la donne cette année. Secundo : en raison du climat interne. Le prochain scrutin s’inscrit dans une atmosphère de tension, sur fond d’attaques personnelles entre membres de l’ancienne et la nouvelle direction et de propos antisémites à l’encontre du président de l’association.
Les dissensions ont démarré peu après les élections de 2024. L’association, qui affiche un déficit structurel, fait alors l’objet d’un audit par la nouvelle équipe. L’analyse financière relève des irrégularités dans la gestion de la déléguée générale (une permanente non élue), Nathalie de Kaniv, pointant des frais de bouche personnels remboursés sur les fonds de l’AA-IHEDN, ce qu’elle nie. Embauchée en 2022 par le président de l’époque, Michel de Fautereau, l’intéressée est licenciée pour faute grave en juillet 2024. Elle saisit les prud’hommes contre cette décision le mois suivant, contestant le motif de son renvoi et réclamant la requalification de son contrat de travail à temps partiel en temps plein. Nathalie de Kaniv avance notamment que les faits qui lui sont reprochés sont prescrits et qu’ils étaient connus et validés par l’ancienne équipe de l’AA-IHEDN. Elle demande plus de 130 000 euros pour le préjudice subi.
Depuis lors, c’est une bataille rangée qui se joue au sein de l’association. Le ton monte dans les réunions internes du comité directeur au point de finir parfois en invectives. Même ambiance sur certaines des boucles WhatsApp informelles regroupant d’anciens auditeurs de l’IHEDN et membres de l’AA-IHEDN. Dans ces discussions, le président de l’association Marc-David Seligman est ciblé par des propos antisémites : allusions à la « Nuit des longs couteaux » ou à la conférence de Wannsee lors de laquelle le parti nazi a acté la mise en oeuvre de la « Solution finale ». Un membre du comité directeur a même réalisé puis diffusé à l’ensemble de l’instance de gouvernance une caricature du président dans le style de celles de l’entre-deux-guerres.
Au-delà du licenciement de l’ancienne déléguée générale, la suppression des commissions de travail (commission culture et défense, commission des voyages d’études…) a cristallisé encore un peu plus les désaccords. Leur faible activité, la présence en leur sein de membres n’ayant pas suivi les sessions de l’IHEDN ou encore des irrégularités financières relevées par exemple dans la commission des voyages d’études, a conduit le bureau à les transformer en « groupes projets », plus souples et limités dans le temps.
Le scrutin du 6 novembre devra donc départager deux équipes. L’une portée par l’actuel président, Marc-David Seligman, haut fonctionnaire des ministères sociaux et Eric Lamarque, directeur de l’IAE de Paris Sorbonne Business School. Ce duo défendra son bilan : financièrement, l’association est repassée dans le vert. Les produits d’exploitation s’élèvent à près de 150 000 euros (contre 128 000 euros l’année précédente) avec un résultat positif de 11 000 euros - soit 36 000 euros de plus qu’en 2023 - et une trésorerie en hausse de 5 %. Ils affrontent un tandem composé de Yann Baros, directeur chargé de mission au sein de la direction des territoires et de l’action régionale chez EDF et de l’amiral Anne-François de Saint-Salvy, lui aussi un ancien d’EDF, où il a notamment été directeur de la politique industrielle nucléaire.
Contacté, Marc-David Seligman n’a pas souhaité commenter la situation au sein de l’AA-IHEDN et précisé qu’il « faisait confiance aux membres du comité directeur pour prendre les décisions appropriées pour l’avenir et le développement de l’AA-IHEDN ».
*Marc-David Seligman est auditeur de la 71e session nationale « politique de défense » de l’IHEDN, tout comme l’autrice de ces lignes.