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Grande conso

L’insatiable appétit de Bernard Canetti, le fondateur de Comme j’aime

Le groupe Xynergy, propriétaire du célèbre programme minceur, vient d’acquérir l’application Foodvisor et a récemment multiplié les acquisitions dans le domaine de la formation. Il espère doubler son chiffre d’affaires d’ici 2029.

Capture d’écran de l’émission « Patrons en questions » diffusée sur CNews le 29 avril 2024
Capture d’écran de l’émission « Patrons en questions » diffusée sur CNews le 29 avril 2024

C’est un paradoxe. Alors que les nombreuses publicités Comme J’aime promettent de s’affiner à longueur de spot, le groupe Xynergy, qui détient la célèbre marque de programme minceur entend faire tout l’inverse. Selon nos informations, il entend doubler de taille d’ici 2029, pour passer de 230 millions d’euros de chiffre d’affaires (pour un Ebitda d’une trentaine de millions aujourd’hui) à plus de 450 millions. Inconnue du grand public, Xynergy est une société détenue à plus de 90 % par Bernard Canetti et sa famille qui regroupe plusieurs entreprises et marques, réparties dans deux grands pôles. Le premier est consacré au bien-être, le second à l’éducation autour d’un business model identique : l’abonnement et la livraison fractionnée, de produits alimentaires ou de cours.

Chacune des deux entités entend grossir à sa façon, en mixant croissance organique et rachats. L’Informé a ainsi appris que Xynergy a fait l’acquisition il y a quelques semaines de l’application Foodvisor, pour une somme comprise entre 50 et 60 millions d’euros. Créée par trois centraliens et une Essec en 2015, cette plateforme tournée vers la nutrition permet d’enregistrer le contenu de ses repas pour obtenir un programme personnalisé. Elle compterait 10 millions d’inscrits dans le monde (France, Allemagne, Brésil, États-Unis) dont un million d’abonnés payants. L’opération offre un beau chèque de sortie aux nombreux actionnaires qui ont cru au potentiel de cette start-up, parmi lesquels Bpifrance, Demeter, ou encore Kima, la structure d’investissement de Xavier Niel, actionnaire à titre personnel de l’Informé.

Pour le propriétaire de Comme j’aime, c’est aussi l’occasion d’accélérer dans le numérique. Depuis quelques jours, les premiers spots de Foodvisor sont apparus sur les écrans de télévision. L’appli profitera du savoir-faire publicitaire du groupe qui, comme pour le service client traité par les centres d’appels de la société, a toujours préféré gérer la création des spots et l’achat d’espace via son agence maison. Les premières années, chaque réclame diffusée sur le petit écran renvoyait vers un numéro de téléphone différent, en fonction de l’heure de diffusion, de la pub en lui-même, et de la chaîne. Une astuce qui a permis très vite de repérer les bons créneaux et les discours les plus efficaces.

Foodvisor vient rejoindre le pôle bien-être de Xynergy, qui représente la majorité de l’activité du groupe, avec environ 150 millions d’euros de chiffre d’affaires (avant intégration de Foodvisor) grâce aux marques Jane Plan et Diet Chef au Royaume-Uni (13,3 millions d’euros de chiffre d’affaires cumulé en 2024), deux entreprises rachetées à leurs fondateurs, et, évidemment la locomotive Comme j’aime, dont les revenus avoisinent les 100 millions d’euros en France. « Nous étions à environ 10 millions d’euros en France en 2014, explique à l’Informé Bernard Canetti, dans ses bureaux de Levallois-Perret. C’est du fois 10 en 10 ans ! Nous continuons à croître dans l’Hexagone, mais plus modérément. »

Patron des éditions Atlas en France de 1986 à 2009, l’homme d’affaires n’a semble-t-il jamais voulu s’arrêter en chemin. Si la marque Comme j’aime a échoué en Allemagne, elle est devenue rentable en Italie, où elle s’était lancée en 2019 sous le nom mi piace cosi. Elle a aussi été introduite en Espagne cet été, sous le nom Como me gusta. « Je souhaite internationaliser le concept de Comme j’aime, pour être présent partout en Europe, par acquisitions ou développement, poursuit Canetti qui songe à débarquer en Pologne et retenter l’Allemagne. Et nous devons aussi ajouter de nouveaux services pour progresser. Je veux me lancer dans les compléments alimentaires, cela s’articule avec le bien-être. Pour accompagner des sportifs qui veulent se dépasser ou des quadras ou quinquas qui veulent bien vieillir. » Le dirigeant précise avoir récemment négocié mais raté deux acquisitions dans ce domaine. En combinant tous ces leviers, Xynergy a l’ambition de faire grossir son pôle bien être de 150 à 200-250 millions d’euros d’ici quatre ans.

Pour atteindre la barre des 450 millions fixée par le patron, le groupe compte aussi sur son pôle éducation. Son pilier historique, le Centre Européen de formation, propose du e-learning ou l’envoi de cours papier, pour valider divers cursus (CAP petite enfance, formations en bien-être, métiers animaliers, décoration, comptabilité, etc.). Devenu rentable depuis sa reprise en main par Xynergy en 2015, il pèse aujourd’hui plus de 60 millions d’euros de chiffre d’affaires (63,8 millions d’euros en 2024 pour un résultat de 14,6 millions) et emploie 600 salariés. Le pôle éducation de Xynergy pilote aussi l’École 109, un centre de formation en ligne spécialisé dans les compétences managériales ou l’IA et, depuis cet été, trois nouveaux établissements : Hippocratus, une « académie digitale de santé naturelle » basée à Marseille, l’école de commerce en ligne Enaco et Skill & You, autre acteur de l’e-learning racheté il y a quelques jours. Grâce à ces acquisitions, génératrices d’économies d’échelle, Xynergy Éducation vise un chiffre d’affaires de 150 à 200 millions à horizon 2029. L’entité Biotyfull Box, créée par Arthur, le fils de Bernard Canetti, complète le panorama. Elle crée et livre des box de produits cosmétiques 100 % bio.

Jusqu’à présent, la rentabilité du groupe suffit à financer la boulimie de croissance de Bernard Canetti. « Nous effectuons nos rachats avec nos ressources propres et via endettement, mais sans avoir recours à l’entrée de fonds » glisse le patron, optimiste mais pragmatique. Il précise qu’avec Comme j’aime, le retour sur investissement s’opère généralement six mois plus tard. Sur la formation, le cycle est trois fois plus long. Les résultats des acquisitions récentes se feront donc sentir en 2027-2028. Un horizon à moyen terme, qui permettra de voir si la feuille de route est validée.

Des succès mais aussi quelques ratés
À côté de la success-story Comme j’aime, Xynergy compte quelques échecs. Rachetée en 2019, dix-huit mois après son lancement, la plateforme Happineo (téléconsultations de psychologues) avait dû stopper son activité.
Plus récemment, le groupe a aussi dû renoncer à déployer un réseau de centres minceur à la marque Comme j’aime. Avec des dizaines de studios ouverts en propre à partir de 2020, et un objectif de 250 centres, Xynergy voyait grand. Mais le rachat juste avant le Covid d’une quarantaine de centres de beauté en franchise a mal tourné, faute d’un modèle commercial solide. Jusqu’à la liquidation judiciaire du réseau en 2023.