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Continuer la lectureLes comptes de La Tribune plombés par son édition du dimanche
En 2023, juste après avoir repris le journal économique, la famille Saadé a lancé un nouveau quotidien du 7e jour face au JDD et au Parisien.
La guerre des quotidiens dominicaux coûte cher à l’armateur CMA CGM. Le groupe de la famille Saadé, nouveau venu dans le secteur des médias, a lancé en octobre 2023 La Tribune Dimanche. Une publication destinée à contrer le Journal du Dimanche. Le choix du titre n’est pas le fruit du hasard. Il s’appuie sur la marque La Tribune et son site Internet acquis la même année par CMA Media, le pôle presse de l’armateur. Mais se faire une place sur ce créneau s’avère compliqué et onéreux. En 2024, ce nouveau titre a permis au groupe La Tribune d’accroître son chiffre d’affaires de 22,6 % - à 18,4 millions d’euros - mais il a aussi augmenté ses pertes à 11,8 millions d’euros en 2024, trois fois plus qu’en 2023, a appris l’Informé. « Ce résultat négatif s’explique par les dépenses exceptionnelles engagées pour accélérer le développement des deux titres », précise-t-on chez CMA Media.
Ces dépenses exceptionnelles ? Tout d’abord des coûts de marketing, de promotion et de fabrication ont pesé sur cette première année d’exploitation. À cela s’ajoute une augmentation de la masse salariale : les équipes se sont étoffées, y compris sur le site Internet. Une dizaine d’embauches ont ainsi eu lieu depuis l’arrivée en juillet dernier de Lucie Robequain - jusqu’ici rédactrice en chef des Échos - comme directrice des rédactions. Afin d’améliorer les synergies avec BFM RMC - et notamment BFM Business -, racheté par CMA Media à Patrick Drahi en mars 2024, les équipes de La Tribune se sont installées en février dans leurs locaux, au sud de Paris.
Ces investissements importants doivent désormais porter leurs fruits malgré quelques interrogations. « Les annonceurs pour la presse du dimanche ne sont pas légion, et ils se partagent déjà entre le JDD et le Parisien Dimanche, note un proche du dossier. Et puis, les relations entre les rédactions de La Tribune et celles de La Tribune Dimanche ont du mal à se concrétiser ». Un constat partagé par un salarié : « Il n’y a quasiment aucune communication entre les deux équipes. Les journalistes du papier sont focalisés sur les sujets politiques, et la place réservée aux sujets économiques est donc très restreinte ». Certes, Lucie Robequain écrit un éditorial chaque semaine dans l’édition dominicale dirigée par Bruno Jeudy, « mais il se retrouve relégué au milieu du journal bien souvent en bas de page, presque mis à la cave », s’amuse un connaisseur de la maison.
Selon l’ACPM, la diffusion payée de La Tribune Dimanche a progressé de 8,7 % en un an pour atteindre 47 366 exemplaires l’an dernier. Mais les ventes en kiosque sont en baisse de 22,3 % à 17 038 copies en moyenne en 2024 contre 21 945 l’année de son lancement au dernier trimestre 2023. Des ventes alors portées par l’effet de curiosité.
À cela s’ajoute un environnement économique très incertain. Le marché publicitaire de la presse était en recul de 3,8 % à 314 millions d’euros au premier trimestre 2025, selon le baromètre Bump. Et les conférences, un point fort de la Tribune.fr, ont également souffert l’an dernier. Pour autant, CMA Media reste confiant, et il est même prêt à racheter le magazine Air & Cosmos. Dès cette année, les résultats de ses journaux devraient afficher « une nette amélioration », y compris pour l’autre titre de presse, la Provence (cf. encadré), en grande difficulté. Et la famille Saadé y veille. Comme l’a précisé Véronique, présidente de cette filiale, dans le Figaro : « Nous n’avons pas vocation à faire de mécénat. Pour être rentable, il faut atteindre une taille critique, engager des développements, mettre en place des synergies… ». Il y a un an, devant les salariés de BFM RMC, Rodolphe tenait le même discours : « La Provence perdait de l’argent, certains salariés disaient : c’est pas grave, comme l’actionnaire est riche et a les moyens, on va continuer à perdre de l’argent. Ce n’est pas une bonne mentalité. Je ne veux pas de ça. Ce n’est pas parce que l’actionnaire a des moyens qu’on fait tout et n’importe quoi. »
Véronique Albertini-Saadé animera début juillet la deuxième édition des Rencontres internationales des médias à Marseille. Son titre ? « Les médias à la conquête du nouveau monde ». Beau programme.
La Provence s’enfonce dans le rouge
Le quotidien régional a du mal à retrouver des couleurs. L’année 2024 a été particulièrement compliquée. Son chiffre d’affaires a baissé de 4 %, à 47 millions d’euros, et ses pertes se sont élevées à 29,8 millions d’euros. Un montant qui s’explique par les clauses de cession des journalistes, une GEPP (gestion des emplois et des parcours professionnels en entreprise) avec des départs attendus (72 postes) avec quelques reclassements, et la fermeture de l’imprimerie. Il a donc fallu provisionner 12 millions d’euros pour les coûts « de dépollution et de démantèlement de notre site industriel situé avenue Roger Salengro à Marseille dans les anciens locaux de La Provence », indique CMA Media à l’Informé. Le déménagement, en octobre 2024, des équipes à Grand Central, l’ancien immeuble des Postes entièrement rénové, a également eu un impact financier, tandis que les charges d’exploitation sont restées quasi stables autour de 61 millions d’euros. « Cette restructuration porte ses fruits, avec une amélioration de notre résultat au premier trimestre de plus de 20 % et cette tendance devrait se poursuivre sur toute l’année 2025 », ajoute le groupe. Mais le projet de nouvelle imprimerie située à Vitrolles et cofinancé par Nice-Matin, propriété de Xavier Niel (actionnaire de l’Informé, ndlr), qui prévoit la disparition de certains postes, suscite de vives tensions. Les élus Filpac-CGT des deux quotidiens se sont mis en grève le 23 avril dernier, bloquant la sortie des deux journaux ainsi que celui de La Tribune Dimanche.