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Médias - Culture

Les vrais chiffres des neuf antennes locales de BFM, mises en vente par CMA Média

Après l’arrêt de BFM Paris en 2025, le groupe audiovisuel cherche à céder ses déclinaisons régionales. L’Informé dévoile les comptes de chacune d’elles.

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NICOLAS GUYONNET / Hans Lucas via AFP

Depuis des mois, les couloirs du siège parisien de BFM bruissaient de rumeurs sur la fermeture des déclinaisons locales. En décembre, Claire Léost, la directrice générale de CMA Média, maison mère de BFM depuis son rachat par CMA CGM en 2024, se fendait d’un mail interne pour rassurer les troupes : «...

La cession des neuf déclinaisons régionales, qui ont perdu 7,2 millions d’euros l’an dernier selon nos informations, doit participer à un plan d’économies de 20 millions d’euros. « C’est une solution de facilité pour couper dans les coûts rapidement sans toucher au cœur du business », observe un ancien salarié. Le processus doit s’achever d’ici la fin de l’année et faute de repreneurs, certaines antennes - voire toutes - pourraient fermer. Développées par l’ancien actionnaire, SFR, elles sont jugées aujourd’hui moins stratégiques par le nouveau propriétaire. « Dans le cadre du déploiement des réseaux de fibre optique, l’opérateur télécoms pouvait se servir de ces chaînes comme un levier d’influence sur les hommes politiques, note un représentant du personnel. Mais ce n’est pas le cas de CMA CGM, qui les voit uniquement comme un poste de coût. » Même BFM Azur, regroupant Nice, Marseille et Toulon, pourtant située sur les terres de l’actionnaire, est sacrifié.

L’armateur a déjà fermé BFM Paris en 2025, qui employait près de 40 personnes et perdait entre 3,5 et 4,1 millions d’euros par an. Pour les autres, « il ne fallait toucher à rien avant les municipales de mars dernier, juge un élu. Pour ne pas politiser le dossier. » Depuis, le calendrier s’est accéléré jusqu’à cette décision annoncée en juin. Pourtant, l’ensemble des neuf canaux a affiché une perte nette en baisse l’an dernier, à 7,2 millions d’euros (dont 2,56 millions d’euros pour la seule BFM Paris en raison de son arrêt) contre 10,3 millions en 2024. Désormais, aucun ne perd plus d’un million d’euros, les déficits allant de 649 000 euros pour Dici TV à 958 000 euros pour l’Alsace (cf. graphique). Mais le chiffre d’affaires cumulé a chuté de 14,2 % l’an dernier avance la direction, passant de 14 à 12 millions d’euros.

Le retrait de BFM ne se fera pas sans heurts. « Une quinzaine de salariés avaient décidé de quitter le siège à Paris avec leurs familles pour lancer ces déclinaisons régionales, et aujourd’hui, on leur demande de partir », souligne un élu. Un appel à la grève a déjà été lancé alors que 150 personnes travaillent encore dans les différentes entités. « Il faudrait rester dans cette situation incertaine pendant presque 6 mois ? », ont interrogé les syndicats SNJ et CGT. Pour eux, la direction table sur les départs naturels afin de diminuer le coût d’éventuels licenciements. Ce mardi, des premières garanties ont pourtant été obtenues par les élus sur les conditions accordées aux salariés qui trouveraient un emploi d’ici là en bénéficiant tout de même du plan. Mais le sort des fonctions supports (marketing, finance…) n’est, lui, pas encore connu. « Des précisions seront données lors de la procédure d’information-consultation prévue à la fin du mois d’août, début septembre », ajoute la direction.

Cette réorientation de BFM tranche avec les propos de Rodolphe Saadé tenus en 2024 devant les équipes lors de son rachat. « Au début j’étais un peu étonné qu’il y ait tant de chaînes régionales en me demandant : ‘est-ce qu’il y a un vrai projet financier pour les développer ? Finalement, je trouve que c’est très bien parce qu’il faut (...) être proche des gens, l’initiative est très bonne et c’est financièrement rentable. Je voudrais que l’on continue. » Ajoutant même, concernant l’antenne marseillaise : « les politiques en raffolent ! ». Mais le contexte a changé, le vaisseau amiral tangue aujourd’hui. BFM s’est vu ravir la place de première chaîne d’information par CNews en 2025 avant de reprendre son leadership en mars, et la morosité du marché publicitaire n’arrange rien aux affaires. Déjà en pertes en 2024, la chaîne nationale est restée dans le rouge l’an dernier. C’est dans ce contexte que le plan d’économies a été décidé et la fin des locales actées. « Les Saadé devraient savoir qu’il faut du temps pour installer des chaînes et une grille des programmes, se désole un journaliste. Là, il n’y a aucune vision. »

* BFM Paris, BFM Alsace, BFM Lyon, BFM Marseille, BFM Normandie, BFM Lille, BFM Toulon, BFM Nice, BFM D’ici (Alpes du sud et Haute Provence).