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Continuer la lectureDix-huit mois après son rachat, RMC BFM a perdu presque 40 % de sa valeur
En 2024, CMA CGM avait acquis la radio et la chaîne d’information en continu au prix fort. Mais la montée en puissance de CNews et la baisse du marché publicitaire ont nettement dégradé ses comptes.
CMA CGM continue de payer très cher son aventure dans les médias. En 2024, l’armateur marseillais n’avait pas hésité à débourser 1,57 milliard d’euros pour racheter le groupe RMC BFM à Altice Media [*]. Depuis, c’est la douche froide : en 18 mois, la valorisation du petit empire audiovisuel a fondu de près de 40 %, a appris l’Informé. Les titres ont été dépréciés de 464 millions d’euros, pour tomber à 730,4 millions d’euros fin 2025 (auxquels s’ajoutent des prêts pour plus 384 millions d’euros qui ont servi à financer le rachat). « Tout le monde savait que Rodolphe Saadé, le dirigeant de CMA CGM avait surpayé, note une journaliste. Mais cela lui a permis d’énormément gagner en influence. »
Cette douloureuse réévaluation s’explique par plusieurs raisons. D’abord, le vaisseau amiral BFM TV a dû assumer le coût de nombreux départs de journalistes qui ont fait valoir leur clause de cession suite au changement de propriétaire : bénéficiaire durant 12 ans, la chaîne info s’est ainsi retrouvée dans le rouge en 2024, comme l’avait révélé l’Informé. Ensuite, le canal doit faire face à la montée en puissance du concurrent CNews qui lui a ravi sa place de première chaîne d’information en continu en octobre 2024 et lui dispute ce leadership chaque mois depuis janvier. BFM TV souligne toutefois avoir regagné sa place de numéro un depuis le mois de mars. Pour compliquer encore un peu la donne, le marché publicitaire a reculé de 8,1 % pour la télévision en 2025 selon le baromètre Bump, après une bonne année 2024 portée par les Jeux Olympiques. Et la tendance pour 2026 ne s’annonce guère meilleure, dans un contexte géopolitique des plus troublés.
En novembre dernier, Claire Léost, patronne de la filiale CMA Média à laquelle est aujourd’hui rattaché RMC BFM aux côtés de La Tribune ou La Provence, se voulait toutefois optimiste. Dans les colonnes du Figaro, elle confiait que le groupe audiovisuel était rentable en 2025 (hors coût des nombreux départs suscités par la clause de cession) et le serait aussi en 2026. Mais à peine huit mois plus tard, changement de ton. Fin juin, la même dirigeante annonçait un plan de rigueur afin de générer 20 millions d’euros d’économies avec une cinquantaine de départs volontaires et la vente des neuf télévisions locales. « Notre objectif est de trouver des repreneurs pour ces chaînes, qui auront un modèle économique plus pérenne avec des groupes probablement plutôt locaux qu’avec un groupe comme CMA Média », a-t-elle précisé. La société est conseillée dans ce processus par Bucéphale Finance comme l’a indiqué Challenges. Plusieurs marques d’intérêt de potentiels repreneurs auraient déjà été reçues. « L’essentiel des économies vient de l’arrêt de ces neuf chaînes qui perdent toutes beaucoup d’argent », estime un journaliste de RMC BFM. Une troisième mesure d’austérité est toutefois prévue et concerne cette fois le quotidien régional la Provence, avec une trentaine de départs attendus.
En avril, un plan social avait déjà été annoncé concernant le site de la Tribune.fr avec la disparition de 56 postes de journalistes et la création de 32 nouveaux postes dans un pôle économique dominé par BFM Business. Une décision qui avait déclenché une grève de plusieurs jours au sein de la rédaction. La Tribune Dimanche est aussi mise à contribution. La publication dominicale vient de changer de format en passant du Berlinois à tabloïd, plus petit et donc moins consommateur de papier.
Rodolphe Saadé avait prévenu d’emblée, lorsqu’il avait racheté RMC BFM : « Je souhaite que l’entreprise soit rentable. […] La Provence perdait de l’argent, certains salariés disaient : ce n’est pas grave, comme l’actionnaire est riche et a les moyens, on va continuer à perdre de l’argent. Ce n’est pas une bonne mentalité. Je ne veux pas de ça. Ce n’est pas parce que l’actionnaire a des moyens qu’on fait tout et n’importe quoi. »
[*] Ce prix de 1,57 milliard d’euros comprenait 1,2 milliard d’euros pour racheter les actions RMC BFM (ex Altice Media), plus 373 millions d’euros de prêts. CMA a déprécié la valeur comptable des actions RMC BFM de 1,2 milliard d’euros à 922 millions fin 2024, puis à 730,4 millions fin 2025.