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Continuer la lectureDépassée en audience par CNews, BFM-TV plonge dans le rouge
Rentable depuis douze ans, la chaîne info détenue par CMA CGM est redevenue déficitaire en 2024, au moment où elle était rachetée par l’armateur marseillais pour la somme colossale de 1,55 milliard d’euros.
« Je souhaite que l’entreprise soit rentable. Que ce soit 18 % ou 19 % de marge, ce n’est pas la question. […] La Provence perdait de l’argent, certains salariés disaient : c’est pas grave, comme l’actionnaire est riche et a les moyens, on va continuer à perdre de l’argent. Ce n’est pas une bonne mentalité. Je ne veux pas de ça. Ce n’est pas parce que l’actionnaire a des moyens qu’on fait tout et n’importe quoi. » Voilà ce que Rodolphe Saadé déclarait en mars 2024 aux élus du personnel de BFM-TV lors du rachat de la chaîne à Patrick Drahi. Le patron de CMA CGM pensait alors acquérir une chaîne d’info en continu leader, rentable et très influente. Las ! Dès octobre 2024, le canal 15 a été dépassé en audience par CNews et bataille pour retrouver son rang depuis. Une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule. Selon nos informations, BFM-TV est tombée dans le rouge sur l’exercice 2024 pour la première fois depuis 2012 (cf. graphique ci-dessous). L’an dernier, le résultat d’exploitation est passé de 2,4 millions d’euros de profit à une perte de 17,6 millions d’euros. Même chose pour le résultat net, passé de + 4,6 à -11,2 millions d’euros.
Plusieurs explications peuvent être avancées. D’abord, la masse salariale a augmenté de 8 millions d’euros, en raison des indemnités de départ versées à de nombreux journalistes qui ont exercé leur clause de cession suite au changement de propriétaire. Pour rappel, en France, lorsqu’un média change de mains, un journaliste peut démissionner et toucher une indemnité généreuse : à BFM, elle était d'un mois de salaire par année d’ancienneté.
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Ensuite, le chiffre d’affaires a reculé de 4 millions d’euros, soit 5 %, en raison du retrait des publicités de SFR, qui annonçait beaucoup sur BFM-TV à l’époque où les deux sociétés appartenaient à Patrick Drahi. Mais surtout en raison de la baisse de l’audience. L’an dernier, la chaîne a réuni en moyenne 2,9 % des quatre ans et plus, soit autant que CNews. Mais elle rassemble toujours deux fois plus de téléspectateurs que sa rivale sur les cibles prisées des annonceurs : 3,1 % contre 1,7 % sur les 25-49 ans ; et 2,7 % contre 1,2 % sur les ménagères de moins de 50 ans. Même en recul, son chiffre d’affaires reste donc presque deux fois plus élevé que la filiale de Canal+. À noter aussi que BFM-TV était jusqu’à présent la seule chaîne info à gagner de l’argent, toutes ses rivales étant encore dans le rouge.
Heureusement, l’armateur marseillais a racheté avec BFM d’autres stations qui sont encore rentables : la radio RMC et les télés RMC Story et RMC Découverte. L’ensemble reste globalement bénéficiaire, avec l’an dernier une marge brute d’exploitation (Ebitda) de 22 % et une marge opérationnelle de 8,5 % sur un chiffre d’affaires de 363 millions d’euros, même si la rentabilité est en net recul (l’Ebitda était de 31 % en 2023).
Mais l’avenir n’est guère réjouissant. Sur les sept premiers mois de 2025, CNews a conforté son avance, avec une part d’audience de 3,2 %, contre 2,7 % pour BFM, qui se fait parfois talonner par LCI (1,8 %). La filiale de TF1 est même devenue numéro un pour la première fois de son histoire ce 19 août grâce au sommet sur l’avenir de l’Ukraine, reléguant brièvement BFM en troisième position. La nouvelle numérotation depuis le 6 juin avec le bloc de chaînes info (du canal 13 à 16 avec France Info) a renforcé les challengers d’hier. Résultat : en juillet, la chaîne fondée par Alain Weill n’a capté que 31 % de l’audience des chaînes info, contre les deux tiers en 2016.
Pire : les résultats 2025 pourraient être encore plombés par la clause de cession, qui s’est close il y a deux mois. Au total, plus d’une centaine de journalistes sur 800 ont exercé ce droit, dont Philippe Gaudin, Nicolas Doze, Adeline François, Matthieu Croissandeau ou encore l’éditorialiste Christophe Barbier.
En attendant, CMA CGM, qui avait payé 1,55 milliard d’euros pour racheter les médias de Patrick Drahi, a d’ores et déjà déprécié leur valeur de 250 millions d’euros, admettant ainsi les avoir surpayés.
Contactée, la direction de la communication de BFM-TV n’a pas souhaité faire de commentaires.