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Continuer la lectureLes chiffres catastrophiques du BHV Rivoli de Frédéric Merlin
Selon les données auxquelles l’Informé a eu accès, l’enseigne iconique du Marais à Paris accuse une chute vertigineuse de son chiffre d’affaires. Et les impayés vis-à-vis de ses fournisseurs continuent de s’accumuler.
Quatre mois après avoir trouvé le soutien du fonds canadien Brookfield pour reprendre à sa place les murs du BHV, la Société des Grands magasins (SGM), qui exploite les lieux, fait face à un effondrement commercial. L’Informé a mis la main sur des données qui révèlent l’ampleur des difficultés du bâtiment de la rue de Rivoli. D’après nos informations, l’enseigne, pilotée par le groupe lyonnais de Frédéric Merlin, a totalisé sur l’ensemble du premier trimestre 2026, un chiffre d’affaires d’environ 10 millions d’euros, en chute de près de 80 % sur un an. Pire encore : la chute s’accélère. Les recettes du grand magasin du Marais, qui atteignaient environ 5 millions d’euros en janvier (contre près de 20 millions d’euros un an plus tôt), sont tombées à 2,7 millions en février (13 millions en 2025), puis 2 millions en mars (15 millions en 2025). Les ventes des trois premiers mois de l’année sont d’autant plus décevantes qu’elles ne représentent que la moitié du budget qui avait déjà été raboté, avec un prévisionnel d’un peu plus de 18 millions pour le premier trimestre.
L’emblématique enseigne qui fait face à l’Hôtel de Ville n’est, il est vrai, plus que l’ombre d’elle-même. En un an, le magasin a vu ses rayons se vider suite aux départs de marques et fournisseurs historiques, échaudés par la multiplication des impayés et le « bad buzz » causé par l’arrivée de l’enseigne de fast-fashion, Shein, en novembre dernier. Selon nos informations, environ 200 griffes (Chanel, Dior, Hermès, Minelli, Repetto…) ont fait leurs valises depuis un an. Soit l’écrasante majorité des boutiques présentes sur les 7 étages du magasin (hors sous-sol). L’attractivité des lieux s’en fait ressentir avec une baisse de fréquentation, tout aussi vertigineuse, de 40 % au premier trimestre, a encore appris l’Informé.
Pour ne rien arranger à la situation, la SGM va aussi voir partir l’un de ses fleurons. L’immense espace attribué au marchand d’électroménager Boulanger, gros vecteur de passage et de chiffre d’affaires, ne sera à l’avenir plus géré par la société de Frédéric Merlin, mais directement par Brookfield. Selon les informations de La Lettre, confirmées par l’Informé, l’enseigne des Mulliez devrait bientôt débarrasser ses corners des deuxième et troisième étages pour rejoindre le rez-de-chaussée, dont une large partie sera désormais exploitée en direct par le nouveau propriétaire de l’immeuble.
Ce déménagement est l’une des premières conséquences marquantes de l’accord signé entre la société lyonnaise et son bailleur canadien : les équipes de Frédéric Merlin, qui avant l’arrivée du fonds, exploitaient la totalité des 40 000 mètres carrés du magasin, devront à l’avenir se contenter d’à peine 15 000 mètres carrés. Dans le cadre de ce contrat, les deux derniers étages de l’immeuble, repris en direct par le fonds, ont notamment pour projet d’accueillir un hôtel, confirmait dernièrement un article de Challenges suite à un entretien avec la société de gestion Aroxys mandatée par Brookfield pour piloter la transformation du bâtiment. Une cure d’amaigrissement qui va, certes, alléger les loyers que la SGM reverse à son nouveau bailleur, mais aussi encore nettement réduire ses revenus… alors que tous ses problèmes sont encore loin d’être réglés.
Des impayés qui s’accumulent
Régulièrement pointé du doigt pour ses impayés, Frédéric Merlin avait indiqué fin 2025 dans une interview au magazine LSA qu’une amélioration était à attendre. « Nous avons déjà réglé une bonne partie des retards de paiement que nous avions. Notre objectif est de régler toutes les marques d’ici la fin de l’année », confiait alors le dirigeant à nos confrères. Si les annonces de règlement de ces différends laissaient entrevoir le bout du tunnel, le flot d’impayés ne s’est visiblement pas tari…
Le patron d’une marque, qui a définitivement quitté les rayons du BHV fin 2025 nous a bien indiqué avoir recouvré ses impayés, ainsi que les pénalités. Mais tout le monde n’est pas dans son cas. De nombreux fournisseurs ont en effet dû batailler - et bataillent encore - pour tenter d’obtenir leur dû, comme en témoignent les dizaines de procédures dont nous avons eu vent depuis le début de l’année 2026.
Le schéma est identique pour la majorité d’entre elles, avec un empilement de relances restées sans effet. En février, mars et avril, des dizaines de marques ont encore fait condamner le BHV à leur verser des sommes dépassant parfois la centaine de milliers d’euros. Pour illustrer cette bérézina, citons les cas des spécialistes de la chaussure Bocage (122 798 euros obtenus à titre de provision) Mellow Yellow (154 653 euros), Repetto (59 000 euros), des vêtements pour femme Suncoo (60 263 euros), du maroquinier Le Tanneur (144 504 euros), du spécialiste de l’équipement de salle de bains Scmitt Ney (101 000 euros), etc. Sans oublier les prestataires (78 000 euros au bénéfice de l’agence de marketing Adsteroid) et une myriade d’autres acteurs réclamant des chèques de 10 000 à 30 000 euros.
Face à un spécialiste de la papeterie, qui a obtenu du tribunal des affaires économiques de Lyon la condamnation du BHV à lui verser 138 000 euros d’impayés en mars dernier, le grand magasin a même demandé un peu de mansuétude et de temps supplémentaire. L’argument ? Les difficultés de comptabilité liées à la bascule entre l’ancien système de règlement issu des Galeries Lafayette et le nouveau, un sujet qui selon l’enseigne explique ces soucis récurrents de paiement. Plus troublant, le BHV précisait aussi dans ce dossier, en plus de ces difficultés comptables, « avoir fait l’objet de nombreuses saisies coordonnées de ses fournisseurs, ce qui a affecté le fonctionnement normal de ses services ». Pas de quoi amadouer les juges consulaires pour autant.
Sur un autre plan, Petit Bateau a aussi obtenu 104 000 euros en justice en mars, au titre du gain manqué. La fermeture du rayon enfant planifiée pour 2025 et communiquée à la marque ne lui laissait que 7 mois de préavis, un délai finalement ramené à 12 mois, mais avec un déplacement du stand dans un étage bien moins adapté. Une rupture un peu brutale pour l’enseigne de vêtements pour enfants après plus de 17 années de collaboration, qui a conduit l’ex-marque du groupe Rocher à réclamer une indemnisation, avec succès.
Et encore, cette somme n’est qu’une paille en comparaison d’une décision tombée le 29 avril dernier au bénéfice du maroquinier de luxe Longchamp. Fatigué des retards de paiement et impayés accumulés depuis janvier 2025 et du non-respect des différents échéanciers accordés, il a une nouvelle fois mis en demeure le BHV et la Société d’exploitation des grands magasins (filiale du groupe SGM qui gère les BHV situés hors de Paris) de le payer, fin janvier. Quelques jours plus tard, on lui assurait la fixation d’une date de règlement. Une promesse restée vaine. Mi-février, Longchamp décidait de résilier ses contrats et assignait les deux entreprises, qui viennent d’être condamnées à verser 1,1 million d’euros d’impayés, soit 562 846 euros pour le BHV et 537 103 pour la SEGM.
Contactée, la direction de la SGM n’avait pas répondu à nos sollicitations au moment de notre publication.