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Les comptes de Trenitalia France ont encore déraillé en 2024

Prisée par les voyageurs pour son Paris-Lyon à prix cassés, la filiale française de l’opérateur public italien voit ses pertes s’alourdir. Elle compte sur la réouverture de la ligne vers Milan et le succès de celle vers Marseille pour redresser la barre.

Un train Frecciarossa de la compagnie Trenitalia arrive à la gare Saint-Charles de Marseille en juin 2025.
Un train Frecciarossa de la compagnie Trenitalia arrive à la gare Saint-Charles de Marseille en juin 2025. MIGUEL MEDINA / AFP

Les déboires se sont multipliés l’année dernière pour Trenitalia France. Et l’impact sur son troisième exercice est massif. Selon les comptes de l’entreprise obtenus par l’Informé, ses pertes se sont établies l’année dernière à 68,4 millions d’euros, soit une aggravation de 18 millions par rapport à 2023 (+36 %). Un triste record après une annus horribilis marquée par l’éboulement, le 27 août 2023, d’une face rocheuse sur les voies dans la vallée de la Maurienne, empêchant les Frecciarossa du premier concurrent de la SNCF d’assurer la très lucrative liaison Paris-Milan. Celle-ci n’a pu être rétablie que le 1er avril dernier à la suite de lourds travaux de sécurisation de la voie.

Pour la filiale française du groupe public italien Ferrovie dello stato italiane (FS), l’exploitation s’est donc limitée, sur la totalité de l’exercice 2024, aux liaisons vers Lyon, ainsi que Chambéry et Saint-Jean-de-Maurienne. Son chiffre d’affaires s’est en conséquence contracté à 38,6 millions d’euros, soit une amputation de 7 millions (-38 %) par rapport à l’année précédente où les liaisons transalpines étaient encore assurées les premiers mois. Les pertes de Trenitalia France représentent donc 177 % de son chiffre d’affaires. La compagnie a été la première à se lancer face à la SNCF sur le chemin de fer en France. Elle a été suivie par l’opérateur public espagnol Renfe, sur les liaisons Lyon-Barcelone et Marseille-Madrid, et par Transdev, depuis le 19 juin dernier, sur les TER entre Marseille et Nice.

Au total, l’aventure française de l’opérateur italien, démarrée en décembre 2021, lui aura déjà coûté la bagatelle de 153 millions d’euros de pertes cumulées. La société a dû contracter l’année dernière un emprunt de 40 millions d’euros auprès de sa maison-mère afin de faire face aux difficultés financières issues de l’exploitation. Pour couvrir les pertes des deux premiers exercices, une recapitalisation a été votée début 2025, comprenant 35,5 millions d’euros de compensation des dettes envers la holding et un virement de 49 millions d’euros. De son côté, la holding italienne FS a également vu son résultat virer au rouge l’année dernière, avec une perte de 208 millions d’euros, malgré un chiffre d’affaires en hausse de 12 % à 16,5 milliards d’euros.

Pour relancer l’activité, Marco Caposciutti, le directeur général de Trenitalia France, mise beaucoup sur l’ouverture, depuis le 15 juin dernier, de la liaison Paris-Marseille, avec quatre allers-retours quotidiens passant par Lyon, Avignon et Aix-en-Provence. Avec un prix d’appel à 27 euros l’aller simple, il a enregistré un taux de remplissage de ses trains de 76 % ces premières semaines. Un ratio « au-delà des attentes », s’est satisfait Stefano Donnarumma, le nouveau patron des chemins de fer italiens, dans Les Échos. D’ailleurs, l’opérateur va doubler ses capacités pour les retours de congés ce week-end : il fera circuler, les 30 et 31 août, des trains de deux rames pouvant emporter jusqu’à 924 voyageurs. Autre signe de son impact sur le très disputé axe rhodanien : il a contraint la SNCF à baisser ses prix sur Marseille. L’opérateur historique propose désormais des allers simples à partir de 41 euros pour les TGV Inoui et de 25 euros pour sa marque low cost Ouigo.

À noter que, en 2024, Trenitalia France s’est acquittée de 50 millions d’euros de redevances auprès de SNCF Réseau, le gestionnaire des infrastructures ferroviaires françaises, pour faire circuler ses trains. L’entreprise avait payé un montant de 49 millions en 2023 et de 28 millions pour sa première année d’exploitation en 2022.