Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Transports - Auto

Les TGV Ouigo en Espagne pèsent toujours sur les comptes de la SNCF

Se faire une place à l’étranger coûte cher. Cinq ans après son lancement, les trains low-cost de la compagnie française cumulent déjà plus de 167 millions d’euros de pertes.

Photo
PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP

Combien de temps le contribuable français acceptera-t-il de financer les trains de la SNCF qui perdent de l’argent en Espagne ? Au sein de la compagnie publique, ils sont quelques-uns à ne pas avoir oublié la sortie, en mars 2025, de Jean-Pierre Farandou, alors PDG du groupe, devant les caméras de C à vous  : « La politique commerciale de Trenitalia, ça les regarde, mais enfin ils perdent de l’argent. Pendant combien de temps le contribuable italien acceptera de financer les trains de Trenitalia qui perdent de l’argent en France ? On verra la durabilité de leur décision commerciale qui les regarde. » Certains en viennent à s’interroger sur la « durabilité » de la décision prise par la SNCF en 2021 de transférer 14 rames de ses TGV Euroduplex circulant en France pour lancer son service low-cost dans la péninsule ibérique. Car les premiers pas du groupe tricolore, aujourd’hui dirigé par Jean Castex, y sont aussi compliqués que pour son homologue italien dans l’Hexagone, selon des documents internes consultés par l’Informé.

Quand la SNCF a lancé, il y a cinq ans, son service grande vitesse en Espagne, elle promettait d’atteindre l’équilibre en 2024. Mais la filiale continue toujours de perdre de l’argent : il y a deux ans, les pertes de Ouigo Espana explosaient à 40 millions d’euros, un record, et l’an dernier, elles atteignaient encore 19 millions d’euros. Depuis le lancement du service, ce sont pas moins de 167 millions d’euros de déficit qui ont été engloutis et consolidés dans les comptes du groupe. Un montant comparable aux pertes cumulées de Trenitalia en France, qui atteignaient 153 millions d’euros fin 2024, ainsi que l’avait révélé l’Informé. À cela, il faut ajouter le lourd investissement consenti par la compagnie : la valeur des rames TGV retirées du réseau national et transférées à la filiale étrangère (environ 25 millions d’euros l’unité pour les Euroduplex de la SNCF).

En fin d’année dernière, le groupe français se contentait d’indiquer que sa filiale espagnole « se rapproche de la rentabilité opérationnelle, malgré les nombreuses difficultés rencontrées depuis 2019 : le déploiement en pleine pandémie de Covid-19, les retards dans la livraison et l’homologation du matériel roulant destiné à l’Andalousie, la crise énergétique et les interruptions de trafic causées par des événements climatiques extrêmes. »

Sa stratégie de prix très bas a aussi sérieusement compliqué la donne… Mais elle lui vaut un incontestable succès commercial, avec 20 % du marché de la grande vitesse captés en quelques années. Si le ministre des transports espagnol, Oscar Puente, n’a pas hésité à dénoncer un dumping et une concurrence déloyale, les résultats sont là : en 2025, le nombre de voyageurs transportés par Ouigo Espana a encore bondi de 44 %, grâce, notamment, au déploiement de nouvelles liaisons vers le sud de l’Espagne. La compagnie à bas coût compte désormais quinze lignes régulières dans le pays. Selon nos informations, son chiffre d’affaires a progressé de 46 % en 2025 pour atteindre 227 millions d’euros. Et ce, malgré la forte concurrence de l’opérateur public Renfe, qui a développé une seconde offre low cost, et de la compagnie privée Iryo, détenue à 51 % par Trenitalia.

Pour 2026, la SNCF est désormais prudente. Dans son rapport annuel, elle juge que, « dans un contexte concurrentiel qui reste exigeant, les perspectives de croissance devront prendre en compte les conséquences nécessairement importantes des accidents survenus en Espagne ». Le 18 janvier 2026, le déraillement de trois voitures d’un train à grande vitesse Iryo, qui ont percuté un autre circulant en sens inverse, a provoqué la mort de 46 personnes et plus de 150 blessés. La catastrophe a occasionné de nombreuses interruptions de service et une réduction de la vitesse sur certaines lignes.

Résultat ? Selon des documents internes, la SNCF prévoit toujours une forte progression de son chiffre d’affaires en Espagne, avec + 30 % inscrit à son budget pour cette année. Mais l’atteinte de l’équilibre n’est plus envisagée à court terme : le groupe devra compter avec 10 millions de pertes supplémentaires cette année pour sa filiale Ouigo Espana.

Interrogé, SNCF Voyageurs n’a pas répondu.

Vous souhaitez entrer en contact avec le ou les auteur(e)s de cet article pour réagir ou apporter des informations complémentaires ? Cliquez-ici