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Transports - Auto

Renault : Alexis Kohler brigue la présidence du conseil d’administration

Titulaire du poste depuis sept ans, Jean-Dominique Senard a annoncé en avril dernier qu’il ne visait pas un renouvellement de son mandat. La voix de l’État, actionnaire à hauteur de 15 %, sera déterminante dans le choix du successeur.

Alexis Kohler a rejoint la banque Société générale en avril 2025.
Alexis Kohler a rejoint la banque Société générale en avril 2025. SARAH MEYSSONNIER / AFP

C’est le sujet qui agite toutes les équipes du constructeur de Boulogne-Billancourt. Depuis que Jean-Dominique Senard a annoncé, devant les actionnaires réunis en assemblée générale le 30 avril, qu’il ne briguera pas de troisième mandat, tous se demandent qui reprendra le flambeau de la présidence du...

« Alexis Kohler a très envie de rejoindre Renault et Emmanuel Macron, avec qui il échange tous les jours, lui a donné son feu vert, indique un proche du dossier. Reste que le choix n’est pas si simple à valider car il faut le soutien de tout le monde au sein de l’État ». Autre difficulté, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) avait validé avec de strictes réserves sa reconversion à la Société Générale : l’ex « vice-président » devait s’abstenir de tout contact professionnel avec les anciens membres du gouvernement depuis 2020 et membres de cabinet pendant une durée de trois ans après leurs départs. Ce qui complique la donne pour une entreprise détenue pour partie par l’État comme Renault (15 % du capital). La HATVP avait aussi ajouté que tout nouveau projet professionnel devrait faire l’objet d’une nouvelle saisine. Pour être présenté au printemps à l’assemblée générale des actionnaires, le choix du futur président doit, en tout cas, être arbitré à la fin de l’année.

« Alexis Kohler n’a aucune envie de rester chez SG où il ne décide de rien, ajoute un bon connaisseur de la banque rouge et noire. Il s’est rendu compte qu’il était devenu un subalterne du tout-puissant directeur général Slawomir Krupa, qui décide de tout et ne lui attribue aucune responsabilité. C’est difficile à vivre quand on a tenu la barre de l’État pendant huit ans » Le poste de président de conseil d’administration étant une fonction non exécutive, Alexis Kohler pourrait par ailleurs conserver de façon temporaire son poste de directeur à la SG, affirment certaines sources. « Une transition pourrait se mettre en place pendant un ou deux ans, où Alexis Kohler resterait à la SG tout en devenant président de Renault », observe un proche du dossier.

Ce n’est pas la première fois que l’énarque âgé de 53 ans songe à rejoindre Renault. Déjà en 2019, celui qui était secrétaire général de l’Élysée avait demandé l’avis de la HATVP à une candidature pour devenir directeur général à la place de Thierry Bolloré. Mais l’autorité avait, à l’époque, émis des réserves, selon des informations du Canard enchaîné, et Jean-Dominique Senard n’était pas emballé. Il a préféré recruter, un an plus tard, Luca de Meo, venu du groupe Volkswagen où il dirigeait Seat.

« Son intérêt pour Renault ne s’est jamais démenti depuis qu’il en a été administrateur en tant que représentant de l’État, entre 2010 et 2012 », indique une source au fait du dossier. Quand il dirigeait le cabinet du ministre de l’économie Emmanuel Macron entre 2014 et 2016, Alexis Kohler s’est impliqué personnellement dans le rachat par l’État d’actions Renault, la participation passant de 15 % du capital à 19,7 %. L’objectif était de bénéficier des droits de vote double accordés par la loi aux actionnaires de long terme. Ce qui a provoqué, au passage, le premier d’une longue série de bras de fer avec Nissan, le partenaire japonais du groupe au losange. Furieux de ce qu’il considérait comme un non-respect des engagements pris par les Français, le constructeur de Yokohama menaça alors de répondre en relevant sa participation dans Renault au-delà de la limite des 15 %.

Par la suite, Alexis Kohler s’était aussi « beaucoup investi, en tant que secrétaire général de l’Élysée, dans les discussions sur l’avenir de l’Alliance Renault-Nissan et des participations croisées entre les deux groupes, rappelle un témoin des discussions de l’époque, qui ont débouché sur un désengagement progressif à partir de 2023. Il était impliqué dans les négociations avec le gouvernement japonais pour régler le problème, mais il n’était pas toujours aligné avec Bruno Le Maire, ce qui a provoqué quelques frictions. » Sa nomination à la présidence de Renault pourrait, par ailleurs, être compliquée par sa mise en examen pour prise illégale d’intérêts, dans l’enquête sur ses liens familiaux avec l’armateur MSC quand il était fonctionnaire à Bercy.

Chez Renault, d’autres candidatures sont aussi évoquées. Il y a d’abord celle de Luc Chatel, l’ancien ministre de l’industrie et de l’éducation nationale sous Nicolas Sarkozy. Il a été appelé en 2018 par plusieurs dirigeants du secteur auto pour prendre la présidence de la Plateforme automobile (PFA), le lobby français du secteur. Il a indiqué qu’il quitterait ses fonctions à l’issue de son 3e mandat, fin décembre. Le nom de Bernard Delpit est également cité. Directeur financier d’Alstom, il a fait son entrée au conseil d’administration du constructeur automobile en 2021. « Son expérience financière a été précieuse à Jean-Dominique Senard pour contrôler de façon extrêmement rigoureuse tous les projets lancés par Luca de Meo », indique un dirigeant en interne. Bernard Delpit a pris la présidence du Comité de l’audit et des risques à partir d’avril 2022. « Le choix d’un nouveau président arrive à un moment critique pour Renault, affirme un dirigeant. Il devra indiquer quelle est la nouvelle étape pour l’alliance avec Nissan et quelle doit être la stratégie pour développer le groupe face à la concurrence féroce des nouveaux constructeurs chinois. »

Interrogé, Renault n’a pas souhaité commenter. Alexis Kohler n’a pas répondu.