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Transports - Auto

Un candidat surprise se lance à l’assaut des bus de la RATP à Paris

Trois premiers marchés d’autobus dans la capitale et la proche banlieue, exploités historiquement par la régie, seront attribués en novembre. Les transferts de service des 308 lignes mises en concurrence au total s’étaleront jusqu’à la fin 2026.

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ANTOINE BOUREAU / Hans Lucas via AFP

« Chaque lot représente la valeur de marché d’une métropole comme Nantes ou Rennes ». Cette confidence d’un expert des transports publics en dit long sur l’enjeu financier que constitue le grand chamboule-tout en préparation à Paris et en petite couronne : d’ici octobre 2025, Île-de-France Mobilités (IDFM), l’autorité organisatrice des transports dans la région, ré-allouera les 308 lignes de bus actuellement gérées par la RATP, sous forme de douze lots différents pour un montant total qui dépasse plusieurs milliards d’euros. La RATP a d’ores et déjà fait savoir qu’elle défendra, « sans se fixer de limite », chacune de ses positions historiques, via sa filiale dédiée RATP Cap Île-de-France. « Son président Jean Castex n’hésite pas à faire pression pour ne perdre aucun des marchés de son domaine réservé dans la capitale, observe une source. Aucun élu francilien ou de province ne refuse le coup de fil d’un ancien premier ministre. »

Keolis, la filiale de la SNCF qui vient de se faire chiper le métro de Lyon et les bus de la métropole de Caen par la RATP, entend aussi répondre à son concurrent en prenant des positions sur son réseau historique. Elle a déjà remporté l’exploitation des futures lignes 16, 17 et 18 du Grand Paris Express et elle serait « candidate à huit ou dix lots » d’autobus, selon les Échos. Des opérateurs étrangers sont également attendus à Paris, à l’instar de l’opérateur du métro de Milan (ATM) qui compte bien profiter de l’opportunité pour percer sur le marché français.

Mais, plus étonnant, Transdev, l’opérateur de transports de la Caisse des dépôts et de l’allemand Rethmann, serait également décidé à concourir, affirment plusieurs sources. La surprise est de taille car, jusqu’à présent, les échecs du groupe présidé par Thierry Mallet, sur le marché TER de l’Étoile d’Amiens dans les Hauts-de-France et sur celui du réseau de tram-trains au sud de Nantes, avaient refroidi ses ambitions dans l’Hexagone. « L’entreprise était devenue très prudente sur les procédures d’ouverture à la concurrence, mais la réflexion a changé », explique-t-on en interne. « Il y a eu des échanges rassurants avec IDFM, qui a intérêt à avoir le plus grand nombre de compétiteurs pour obtenir la meilleure offre, indique une source proche du dossier. Les élus régionaux ont fait valoir que chacun des candidats, dont Transdev, avaient été équitablement servis lors des appels d’offres pour les réseaux de bus Optile en Grande Couronne.  » Selon nos informations, l’opérateur se positionnera donc sur plusieurs lots.

Les trois premières « délégations de service public » doivent être attribuées le 12 novembre lors du prochain conseil d’administration de IDFM, propriétaire des 4 800 bus aujourd’hui exploités par la RATP. L’échéance, initialement prévue en juin dernier, avait été repoussée après les Jeux de Paris 2024, en raison des craintes des 19 000 salariés des « réseaux de surface » de la Régie sur de prochains changements d’employeur.

Ouvriront donc le bal : le périmètre « Marne et Brie » qui réunit 13 lignes à cheval avec la Grande Couronne à l’est (Bussy-Saint-Georges, Chelles, Pontault-Combault), les 21 lignes d’autobus de « Boucle Nord de Seine » qui comprend la station Carrefour-Pleyel, futur hub de métros au nord de la capitale (pour une valeur estimée de 800 millions d’euros sur 7 ans) et « Bords de Marne » à l’est avec pas moins de 32 lignes autour de Saint-Maur et Rosny-sous-Bois (870 millions d’euros sur 8 ans). Ils seront les premiers à rentrer en service dans un an, au 1er novembre 2025.

Transdev pourrait se positionner dès ces premiers lots en proche banlieue, selon plusieurs sources. « L’objectif serait de candidater dès à présent, afin de faire savoir l’intérêt du groupe et d’obtenir les DSP les plus lucratives qui seront mises en compétition en 2025 », indique une d’entre elles. Quatre lots dépassent en effet le 1,5 milliard d’euros de recettes sur la petite dizaine d’années d’exploitation : Défense-Saint Cloud à l’Ouest, Seine-Orly au Sud, ainsi que les deux lots de Paris intra muros, Rive Gauche et Rive Droite.

Beaucoup jugeaient que l’opérateur désinvestissait le marché hexagonal, à la suite d’échecs successifs en France (à Toulon, à Bordeaux, à Lyon sur les bus) et d’un refus de concourir à Lille, pour privilégier des opérations de grande ampleur à l’international. L’opérateur a ainsi fait en 2023 une acquisition transformante aux États-Unis (First Transit), tandis qu’il vient de rafler le méga-contrat des tramways de Melbourne en Australie (plus de 4 milliards d’euros sur neuf ans), à la barbe de Keolis.