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Le comité d’éthique de RMC BFM demande plus de transparence à CMA CGM

Dans un avis rendu le 5 septembre, l’organisme a réclamé à l’actionnaire de fournir une liste des sociétés dans lesquelles il a acquis une « participation significative » afin que cela soit mentionné à l’antenne.

Rodolphe Saadé, PDG de CMA CGM
Rodolphe Saadé, PDG de CMA CGM LUDOVIC MARIN / AFP

« Perplexity peut remplacer Siri sur votre iPhone : voici comment l’installer ». Le 25 avril dernier, BFM TV publiait sur son site un article pratique ainsi titré. La veille, la start-up de recherche basée sur l’IA était également évoquée lors de l’émission Tech&Co sur BFM Business… Le tout, sans mentionner une information de taille : le groupe CMA CGM, actionnaire de RMC BFM, est aussi actionnaire… de Perplexity. L’affaire n’a pas échappé à un membre d’une des sociétés de journalistes (SDJ) du groupe, qui a saisi le comité relatif à l’honnêteté, à l’indépendance et au pluralisme de l’information et des programmes de RMC BFM, plus simplement appelé comité d’éthique.

Ce dernier a rendu son avis le 5 septembre dernier. Il y recommande que CMA CGM fournisse aux rédactions de RMC BFM « dans les meilleurs délais puis selon l’évolution des investissements » une liste à jour des sociétés dans lesquelles le groupe a « des participations significatives, considérées comme telles à raison soit du contrôle effectif qu’elles lui confèrent sur ces sociétés, soit de l’importance financière de l’investissement qu’elles représentent. ». Le comité souhaite également que les rédactions puissent définir « les modalités par lesquelles le téléspectateur ou l’auditeur sera informé de l’existence du lien capitalistique entre l’actionnaire du média et l’entreprise évoquée à l’antenne ».

Dans son avis, le comité indique d’abord que CMA CGM a investi 15 millions d’euros dans Perplexity, ce qui représenterait selon ses calculs une « participation de l’ordre de 0,2 % ». L’instance indique ensuite que l’animateur de Tech&Co a assuré ne pas avoir eu connaissance de ce lien capitalistique, et qu’à l’occasion d’une émission évoquant à nouveau Perplexity en mai suivant, « il l’a précisé à l’antenne ». L’animateur, ainsi que le comité, ont donc estimé qu’il était « nécessaire de mettre les rédactions et les journalistes en mesure de déterminer s’il convient d’informer le public des liens entre le sujet traité et les intérêts du groupe CMA CGM ».

À l’annonce du rachat du groupe, à l’époque dénommé Altice, par Rodolphe Saadé, les salariés s’étaient déjà inquiétés de leur indépendance vis-à-vis de leur nouveau propriétaire. Et la visite du milliardaire dans leurs locaux en mars 2024 était loin d’avoir apaisé leurs inquiétudes. Il leur avait ainsi indiqué qu’il ne réagirait « pas bien » si un scandale chez CMA CGM faisait la une de leurs antennes, et qu’il y avait « manière et manière » de relater une info. Et d’ajouter qu’il n’hésiterait pas à faire savoir son mécontentement si tel était le cas.

Depuis, la quasi-totalité des membres du comité d’éthique (Anne Sinclair, Dominique Schnapper, Alain Genestar…) ont choisi de claquer la porte, comme l’avait révélé La Lettre, confessant notamment un « sentiment d’inutilité ». Désormais présidé par l’avocat Félix de Belloy et composé de personnalités comme Peggy Sastre, Guillaume Lécuyer et Jacques Esnous, le comité a rendu une décision controversée en mai dernier. Alors qu’une journaliste d’une des SDJ l’avait saisi, étonnée que la diffusion d’une enquête concernant l’émission Qui veut être mon associé ? ait été reportée sur ordre de la direction, le comité a estimé que ce report était justifié par « l’inadéquation, eu égard aux intérêts stratégiques du groupe RMC BFM, d’une diffusion immédiate dans le contexte de négociations en cours avec un partenaire commercial », toujours selon les informations de La Lettre. Et pour cause : la boîte de prod’ à l’origine de l’émission business est aussi celle qui fournit Le Bigdil à la chaîne RMC Story.

Les SDJ ne comptent pas relâcher leur vigilance : elles envisagent de saisir à nouveau le comité d’éthique suite à la diffusion sur BFM TV, le 11 septembre, d’une prise de position de Rodolphe Saadé sur l’actualité sociale et politique du pays. La chaîne avait ainsi évoqué une tribune du milliardaire publiée dans La Provence dans laquelle il appelait à la « concorde nationale » et indiquait que « les entreprises ne sont pas des adversaires, elles sont des partenaires de la Nation ». Elles ont interpellé à ce propos leur actionnaire via un communiqué diffusé le 12 septembre intitulé « Les médias du groupe CMA CGM ne sont pas des relais d’influence ». Estimant que « la direction ne pouvait pas ignorer que l’irruption de la parole de M. Saadé à l’antenne risquerait de jeter un doute sur l’indépendance de sa réaction », les SDJ ont indiqué qu’elles seraient « particulièrement vigilantes quant à leur indépendance éditoriale, et se dresseront à chaque fois que ce sera nécessaire ».

Enfin, depuis plusieurs mois, les SDJ ferraillent avec la direction pour créer une charte d’indépendance. Les discussions achoppent cependant sur un point précis : l’instauration d’un droit d’agrément sur le directeur de la rédaction, qui permettrait aux journalistes d’opposer leur véto en cas de désaccord. Au fil des échanges, les SDJ ont proposé de transformer ce droit d’agrément en vote de confiance, avec un quorum nécessaire, mais la direction lui préfère un avis consultatif. Des réunions doivent reprendre bientôt afin de parvenir à un accord sur un texte définitif.

Contacté, le groupe RMC BFM n’a pas souhaité commenter.