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SNCF : un troisième candidat s’impose sur le fil pour diriger les gares françaises

La compagnie ferroviaire cherchait une femme pour succéder à Marlène Dolveck à la tête de Gares & Connexion. Malgré deux candidates effectivement sélectionnées, c’est un homme qui a été finalement choisi.

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LUC AUFFRET / Anadolu via AFP

Les processus de sélection de hauts dirigeants révèlent bien souvent des surprises, comme chez Renault où François Provost s’est imposé au finish pour succéder à Luca de Meo. C’est aussi ce qui s’est joué pour la direction générale de SNCF Gares & Connexions, la filiale de la SNCF chargée de l’exploitation et de la rénovation des gares françaises, que Marlène Dolveck a quitté en juin pour rejoindre l’armateur CMA CGM. Au départ, une vingtaine de candidatures avaient été reçues par le cabinet Progress, mandaté pour conseiller le choix du nouveau dirigeant. Une première short list avait retenu six noms avant que, en juillet, deux femmes fassent la course en tête : Claire Landais, l’actuelle secrétaire générale du gouvernement, et Fabienne Dulac, une ancienne dirigeante d’Orange et des maisons de retraite Emeis (ex-Orpea). Mais les premières consultations entre la SNCF, sa filiale SNCF Réseau, actionnaire à 100 % de Gares & Connexions, et l’exécutif ont finalement écarté les deux favorites de la course. Selon nos informations, les différentes parties prenantes se sont enfin accordées en août sur un autre des six noms de la première sélection de Progress. Ce sera finalement Alain Resplandy-Bernard, le directeur de l’immobilier de l’État (DIE) à Bercy, qui dirigera les gares françaises.

Ce conseiller-maître à la Cour des comptes a déjà travaillé dans le monde de l’entreprise. Ancien conseiller chargé du logement, de la politique de la ville et du sport de Jean-Pierre Raffarin à Matignon puis de Dominique de Villepin, Alain Resplandy-Bernard a rejoint d’abord le CNRS comme secrétaire général en 2006, puis Thales en 2010 en tant que vice-président en charge de l’audit financier, de l’évaluation de la conformité et des risques. Il a quitté le groupe de défense en 2011 pour diriger, pendant quelques mois, la Fédération française de football avant de rejoindre en 2015 le PMU comme directeur général délégué. Il en sera président par intérim à la suite de la démission de Xavier Hürstel, jusqu’en avril 2018. Depuis février 2020, il était à la tête de la DIE, l’organe qui gère les 96 millions de m², dont 194 000 bâtiments, détenus par l’État… et, la plupart du temps, en organise la vente.

« L’expertise d’Alain Resplandy-Bernard a pesé dans la décision de lui confier la tête de Gares & Connexions, confie un proche du dossier. Les dimensions immobilière et financière y sont particulièrement importantes avec de gros programmes de rénovation ». La filiale réalise 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires grâce d’une part aux redevances des opérateurs de transport (SNCF Voyageurs, Trenitalia, Renfe, …) qui font stationner leurs trains dans les 3 000 gares françaises et d’autre part grâce aux loyers commerciaux. Elle investit chaque année près d’1 milliard d’euros dans la création et la rénovation des gares (nouvelles gares du RER E, Lyon Part-Dieu, Paris Austerlitz et des projets majeurs à Marseille et à Bordeaux).

« Ce sont des projets lourds par leur complexité financière et par les négociations qu’ils exigent avec les élus locaux, indique un dirigeant de la SNCF. Bercy craignait des dérapages techniques et financiers dans la conduite des chantiers : ils ont poussé pour qu’un autre profil que les deux favorites soit choisi. Ils ont été entendus. » Claire Landais, éminente juriste et poussée par l’Élysée, se serait retrouvée « très exposée » à la direction générale de Gares & Connexions. « Elle n’a pas fait la démonstration de sa capacité à piloter un service aussi opérationnel, où la dimension commerciale est un relais essentiel de la croissance », explique une source au fait des échanges.

L’autre candidate, Fabienne Dulac, semble de son côté avoir pâti plus que profité du lobbying très appuyé en sa faveur de Guillaume Pepy et de Stéphane Richard, respectivement anciens PDG de la SNCF et d’Orange. « L’effet a été exactement inverse, s’amuse un dirigeant de la SNCF. Cela a jeté un soupçon sur son parcours et son profil a, au final, été écarté. » Elle est aujourd’hui administratrice de L’Oréal et de la Française des jeux.

La nomination d’Alain Resplandy-Bernard doit encore attendre l’avis de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). S’il est conforme, il mettra à mal la parité au sein du comex de la SNCF où chacune des grandes entités sera dirigée par un homme (holding, Voyageurs, Réseau, Gares & Connexions). Seules deux filiales ont des femmes à leur tête : Geodis (logistique) et Keolis (transports publics). Et c’est Jean Castex qui est prévu pour succéder à Jean-Pierre Farandou à la tête du groupe.