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Médias - Culture

Champagne, chauffeur privé… Jordan Bardella encore retoqué sur ses frais de campagne aux Européennes

La justice a confirmé que le contribuable n’avait pas à rembourser une partie des dépenses de la tête de liste du Rassemblement national lors du scrutin de 2024. Plusieurs centaines de milliers d’euros de coûts « excessifs » ou « sans finalité électorale ».

Jordan Bardella au meeting du Rassemblement National du 2 juin 2024, en vue les éléctions européennes.
Jordan Bardella au meeting du Rassemblement National du 2 juin 2024, en vue les éléctions européennes. VICTORIA VALDIVIA / Hans Lucas via AFP

« De l’argent à économiser, il y en a ! », assure Jordan Bardella dans une interview diffusée sur son compte Instagram sur fond d’une musique d’Hans Zimmer, où il appelle à « faire des économies sur la mauvaise dépense publique ». Y compris sur les frais de campagne des candidats ? Depuis quelques mo...

Jordan Bardella réclamait notamment de se faire payer les factures de son chauffeur privé le conduisant de chez lui au siège de campagne - des trajets pour un montant de 3 941 euros - ou de son garde du corps personnel chargé de surveiller ses passages dans les médias - des services facturés 66 544 euros. Mais ces chefs de dépenses relèvent du « fonctionnement habituel de la formation politique », selon le tribunal administratif. Par ailleurs, si la Commission a accepté de rembourser les frais de sécurité du candidat et de ses colistiers lors des déplacements et événements dans le cadre de la campagne, l’autorité administrative a considéré que ceux-ci ont été surfacturés. L’instruction a en effet relevé que la société de protection du RN fait payer habituellement ses services 780 euros par jour, là où ce tarif est monté à 1 308 euros durant la campagne des européennes, un montant d’ailleurs bien plus élevé que celui dépensé par les autres candidats. Or, le tribunal juge que « M. Bardella n’apporte aucun élément probant de nature à justifier la différence de prix pratiquée », validant le retranchement de 10 980 euros sur ces factures.

De la même manière, la justice comprend difficilement pourquoi le candidat sollicite le remboursement de trois chambres d’hôtel réservées à Paris en marge du meeting de campagne début juin, suivi deux jours plus tard d’un débat télévisé. Si le candidat arguait que c’était pour lui permettre « de disposer d’un espace calme et sécurisé » afin de préparer ses interventions, et du fait de l’heure tardive de fin de l’émission, le tribunal administratif rappelle que ces événements se sont pourtant tenus dans la capitale, « à proximité du siège de campagne et du domicile des intéressés ». Un luxe injustifié donc.

Du vin et du champagne sans « finalité électorale »

La justice a aussi validé l’exclusion de 13 045 de frais de bouche du candidat, de ses colistiers et de son équipe de campagne. Une dépense sans rapport avec la quête des suffrages, indique le jugement. Idem pour les deux gerbes de fleurs que l’ex-candidat a déposées au pied du monument aux morts lors de la commémoration du 8 mai à Hayange. Un geste de respect que Jordan Bardella voulait faire payer au contribuable, mais que la justice a considéré comme éloigné de la quête des suffrages, dans le cadre d’un événement n’ayant « pas en lui-même de finalité électorale ». Adieu aussi les 88 euros qu’il sollicitait pour la bouteille de champagne offerte au chef du parti politique Vox, en marge d’un meeting organisé par le parti d’extrême droite espagnol à Madrid… Une marque d’amitié transnationale aux frais de l’État ? Sans façon, avait acté la Commission des comptes de campagne, suivie par le tribunal administratif, que Jordan Bardella peine à convaincre du fait que cette dépense « aurait eu pour finalité d’obtenir les suffrages des électeurs ». De même pour les 50 kits de dégustation offerts lors de sa visite du Printemps des vins à Blaye en avril 2024 ou les 57 billets pour le salon de l’agriculture à Paris.

Quant à la générosité du candidat envers ses équipes, la justice conclut là aussi que le candidat a gonflé la facture. En effet, après le succès de son parti lors des élections, Jordan Bardella avait arrosé de primes exceptionnelles son équipe de campagne pour la féliciter de son implication. Si une telle gratification est tolérée comme une dépense aux fins du scrutin, et que le principe du versement de ces primes figurait aux contrats de travail des salariés, les montants alloués à 31 salariés de campagne (un mois de salaire pour des contrats de seulement six mois), ont été jugés irraisonnables par la CNCCFP. « De tels montants apparaissant surévalués, et les critères de versement des primes prévus au contrat n’ayant au surplus pas été appliqués », confirme le tribunal administratif. Là où Jordan Bardella sollicitait plus de 124 000 euros, la justice a donc raboté cette somme de moitié à 62 035 euros. Elle a aussi écarté le remboursement des salaires de trois membres de l’équipe pour les mois de juillet et août 2024… Et pour cause, le scrutin était clos. Le RN ne verra donc pas la couleur des 25 480 euros correspondant.

Mais Jordan Bardella a tout de même réussi à récupérer quelques subsides. La justice a en effet décidé de réintégrer dans les comptes de campagne certains frais initialement écartés par la Commission. Comme ces billets d’avion pour la Martinique, réservés pour un prix de 6 337 euros, avant l’annulation du voyage pour permettre au candidat du RN d’honorer l’invitation tardive du JT de 20 heures sur TF1. Compte tenu du « caractère isolé de cet incident », la justice a accepté de rembourser cette dépense. De même que l’achat de 60 places à ses sympathisants venus fournir les rangs du public lors d’un débat avec François-Xavier Bellamy (LR) et Marion Maréchal (Reconquête) organisé par les Éveilleurs et le média Boulevard Voltaire : une dépense faite « en vue de l’élection », selon les juges.

Ce n’est pas la première fois que Jordan Bardella voit ses frais retoqués. En mars, le Conseil d’État a définitivement invalidé environ 55 000 euros de dépenses de campagne engagées lors de sa course pour les élections européennes précédentes, en 2019. Comme l’avait indiqué l’AFP, une grande partie de cette somme portait déjà sur des primes versées aux salariés de l’équipe. Contactés, ni son avocat, Me Thomas Laval, ni son conseiller presse ne nous ont répondu avant la publication de cet article.