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Finance - Conseil

LBO France perd deux associés historiques et tente de rebondir

L’un des pionniers du capital-investissement à la française, qui n’a plus d’argent à investir pour son activité de LBO « MidCap », cherche à lui redonner un nouveau souffle.

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LBO France va-t-elle parvenir à enrayer son déclin dans le marché du private equity ? Créée il y a quarante ans par Gilles Cahen-Salvador et longtemps pilotée par Robert Daussun, un ancien des cabinets de Pierre Bérégovoy et de Michel Charasse au Ministère des finances, la société de gestion était une star du marché du LBO en France dans les années 2000. Avec ses fonds « MidCap », elle était capable de ferrailler avec les PAI Partners, Ardian ou Eurazeo. Mais la crise financière de 2008 est passée par là : elle y a laissé des plumes à cause d’investissements malheureux dans des acteurs du BTP et des matériaux de construction (Consolis, Terreal, Wheelabrator…). Depuis, le financier a connu des hauts et des bas sans retrouver sa gloire d’antan… Et s’apprête à enregistrer le départ des deux derniers associés de cette activité, Thomas Boulman et Jérôme Guez, a appris l’Informé. Une information confirmée par la maison.

Le premier n’est autre que le responsable de l’activité « MidCap ». Arrivé dans la structure en 1999, Thomas Boulman a signé une vingtaine de deals dans la maison, dont certains très lucratifs, comme Mont Blanc Materne (cédé en 2016 à Bel pour 850 millions d’euros) ou Chryso (une ex-division du fabricant de matériaux de construction Materis revendue au fonds britannique Cinven en 2017). D’aucuns voyaient même en ce « deal-maker » le successeur de l’énarque Robert Daussun… Mais en 2022, ce dernier - que le marché surnomme le Phœnix pour sa capacité à rebondir après les crises - a tranché en faveur d’une autre associée, Stéphanie Casciola, la patronne des fonds immobiliers de LBO France. Le patriarche a conservé la présidence et 51 % des parts de la structure.

Jérôme Guez est arrivé en même temps chez LBO France après avoir d’abord exercé comme avocat, au sein du cabinet britannique Freshfields. À son actif, figurent les rachats de l’équipementier aéroportuaire Alvest (cédé à Sagard en 2015) ou le fabricant de composants Exxelia (repris par IK Partners).

Le départ des deux associés quinquagénaires devrait intervenir à la fin d’année. Le temps de finaliser certains dossiers. Thomas Boulman est par exemple en train de lancer la vente de la participation de LBO France dans Dutscher, un fournisseur d’équipements et de consommables pour laboratoires d’analyses médicales (près de 25 millions d’euros d’Ebitda). Selon nos informations, un mandat a été confié à la banque d’affaires Messier & Associés. L’investisseur aurait également prévu de mener à bien le refinancement de la dette d’Heroïks, une agence de communication numérique qui avait aussi fait l’objet d’une tentative de cession un peu plus tôt cette année.

LBO France a-t-elle subi ou provoqué ces départs ? Pour la société, ce choix s’imposait pour redonner du sang neuf à son activité « MidCap ». « L’idée est de se donner 24 mois pour redéfinir la stratégie, en l’élargissant par exemple à d’autres pays que la France, tout en étoffant l’équipe, commente Stéphanie Casciola, sa directrice générale. Cette période devrait aussi nous permettre de donner de la liquidité à notre portefeuille avec des cessions avant de repartir en levée de fonds. »

Force est de constater qu’aujourd’hui, chez le pionnier du capital-investissement à la française, l’argent manque pour continuer à prendre des participations dans ce segment. Le financier avait tenté de commercialiser en début d’année un fonds de continuation pour y reclasser ses participations dans quatre entreprises, dont le chausseur pour hommes Bexley et Dutscher. Une tentative qui s’est avérée infructueuse, privant au passage LBO France de précieuses commissions de gestion. Quant à la levée d’un fonds de private equity classique, elle semblait elle aussi compliquée en l’état vu le contexte de marché. Beaucoup de sociétés de gestion s’y cassent les dents, face à des souscripteurs très prudents vis-à-vis de la classe d’actifs.

La précédente levée de fonds, celle du véhicule White Knight IX, n’avait déjà pas été une partie de plaisir, au milieu des années 2010. Après un faux départ, en 2012, LBO France avait dû se contenter de 450 millions d’euros en 2016… bien loin du milliard d’euros initialement espéré. Le gérant, qui venait de payer les pots cassés de la crise de 2008, s’était heurté à la réticence des institutionnels et grandes familles. En 2014, il avait indiqué à Capital Finance qu’il s’attendait à retourner aux souscripteurs de son fonds de 2006, investi juste avant la crise financière, en haut de cycle, 1,2 fois leur mise initiale, en données brutes. Une performance piétinée par les soubresauts de l’économie et une douche froide pour les investisseurs, habitués à récupérer au moins deux fois leur apport. Le fonds VIII de 2008 a quant à lui rendu 1,7 fois (en net) la mise à ses investisseurs - lesquels ont pour l’instant récupéré 1,5 fois leur argent sur le successeur, pas encore pleinement désinvesti.

Confrontée aux difficultés de son activité historique, LBO France a diversifié ses activités, en misant notamment sur le « small cap » (cf. encadré), l’immobilier (en 2003), le venture capital (en rachetant Innovation Capital à la Caisse des Dépôts en 2016) et en dette infrastructure. Mais aussi en poussant une diversification géographique vers l’Italie, où il a pris le contrôle de la société de gestion Polis SGR en 2021, et en Côte d’Ivoire, en contribuant à la création de Joliba Capital - une petite structure d’investissement ciblant les pays francophones d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale. Le fonds présidé par Robert Daussun a aussi pris 30 % de Twenty First Capital, puis a essayé de racheter la majorité du capital, sans succès. Elle en est finalement sortie sur la pointe des pieds il y a un peu plus d’un an.

Contactés, Thomas Boulman et Jérôme Guez n’ont pas souhaité faire de commentaires.

Une levée de 200 millions d’euros en préparation pour du « small cap »
Si LBO France ne parvient plus à lever de l’argent pour son activité MidCap, le financier continue de miser beaucoup sur son activité « small cap », dirigée par les associés Jean-Marie Leroy et Arthur Bernardin. Selon nos informations, la société de gestion s’attaque à la levée d’un nouveau fonds, avec l’objectif de collecter 200 millions d’euros. Le véhicule, baptisé Small Caps Opportunities III, aura vocation à prendre des participations majoritaires dans des PME basées en France et en Italie, valorisées entre 20 et 120 millions d’euros. Dans cette stratégie, LBO France revendique avoir investi dans une quarantaine d’entreprises. Une trentaine ont été cédées pour 2,4 fois leur mise initiales (en données brutes, c’est-à-dire sans compter les commissions empochées par l’investisseur). Dernièrement, il a revendu ses parts dans Prenax au fonds allemand Triton pour une cinquantaine de millions d’euros.