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Continuer la lectureSur Marseille-Nice, les cheminots SNCF boudent leur reclassement chez l’opérateur privé
Seuls 31 des 163 salariés concernés ont accepté de rejoindre Transdev, qui a remporté le marché de la ligne Marseille-Toulon-Nice.
Coup dur pour Transdev, premier opérateur à avoir mis fin au monopole de la SNCF sur les lignes régionales. Le groupe privé prévoyait d’intégrer dans ses rangs 163 agents, aujourd’hui salariés du groupe SNCF, pour exploiter la liaison TER Marseille-Toulon-Nice à partir de l’été 2025. Mais, alors qu’il est difficile de recruter dans ce secteur, l’appel au volontariat lancé au printemps dernier aux employés travaillant sur cette ligne pour rejoindre la filiale de la Caisse des dépôts et consignations et de l’Allemand Rethmann n’a rencontré qu’un faible écho. Selon nos informations, seulement 31 agents de la SNCF se sont portés volontaires pour un transfert. Transdev avait pourtant étalé sur six mois la présentation aux personnels de son projet.
Malgré ces efforts, 132 agents ont donc décliné un transfert vers le groupe privé, soit un taux de refus de 80 %. « On savait qu’il était difficile pour Transdev de faire adhérer à son projet des agents, salariés de la SNCF depuis souvent des années, reconnaît un expert du secteur. Le nouvel opérateur entend en effet obtenir de ceux-ci plus de polyvalence dans les fonctions, sans parler des avantages sociaux qui seront réduits dans la nouvelle entité ». Les salariés transférés ne conservent en effet que leurs avantages en termes de « pensions et prestations de retraite ». Les autres conditions préférentielles des cheminots par rapport au régime général (prévoyance, …) ne sont pas maintenues par la loi de 2018 qui encadre l’ouverture à la concurrence des trains régionaux. Cette rupture dans le statut a été confirmée en mars par le Conseil d’État, suite à un recours de la CGT, comme nous l’avions dévoilé.
La loi avait anticipé le peu d’entrain des agents de la SNCF à partir dans le privé. Elle prévoit en effet que ceux travaillant plus de la moitié du temps sur la ligne transférée à la concurrence soient obligés de basculer. Problème : sur Marseille-Nice, seulement très peu d’agents étaient au-dessus de ce seuil. Et, au final, ce sont quatre d’entre eux qui ont refusé leur mutation. S’ils déclinent les propositions de reclassement que leur fera Transdev, leur décision pourra être considérée comme une rupture de leur contrat de travail. « Plus on découpe les marchés en lots de taille réduite, moins il y a d’agents qui sont concernés par cette règle des 50 % », observe un délégué du personnel SNCF.
Cette pénurie de candidatures complique la tâche du groupe présidé par Thierry Mallet. La volonté de la Région Sud étant de doubler l’offre de transport avec pas moins de 14 allers-retours quotidiens sur la ligne, Transdev a en effet évalué qu’elle avait besoin de 181 salariés pour assurer le service. Ce qui l’oblige aujourd’hui à devoir réaliser pas moins de 150 recrutements avant juin 2025. « Les 31 agents qui arrivent chez nous sont des personnes qui souhaitent venir, qui adhèrent à notre projet et c’est le plus important à nos yeux, assure Antoine Séguret, directeur régional Sud de Transdev. Ensuite, nous recrutons toutes sortes de fonctions : des conducteurs, qui sont un métier clé, des agents de maintenance mais aussi des professions qui exigent moins de formation, comme des agents d’accueil en gare ou des agents de la relation client (des contrôleurs). Nous allons prospecter l’écosystème ferroviaire d’autres régions, des agents du fret, des personnes déjà dans l’orbite du groupe Transdev comme d’autres en dehors du secteur des mobilités. Nous recevons déjà des candidatures spontanées de personnes souhaitant exercer leur métier dans cette splendide région Sud ».
Pour assurer la maintenance du matériel roulant, Transdev a un partenariat avec Alstom, fournisseur des 16 rames « Omneo Premium » qui circuleront entre Marseille et Nice, pour disposer d’agents sur les premières années. Des formations débuteront dès le début d’année 2024 pour former les 46 conducteurs de train nécessaires. Trente-cinq manquent à l’appel aujourd’hui.
Il n’y a toutefois pas que des mauvaises nouvelles pour Transdev en Paca : les futures rames de huit voitures et 352 places assises, seront livrées à temps, à partir de septembre 2024. Alstom le confirmera le 23 novembre prochain en effectuant, devant le président de région Renaud Muselier et Thierry Mallet, les tests statiques du premier train à l’usine de Crespin (Hauts-de-France). Les tests dits « dynamiques » seront eux effectués à partir de février prochain sur le centre d’essais ferroviaires de Velim en République tchèque. Autre motif de satisfaction : les travaux de construction du centre de maintenance de Transdev, situé dans l’enceinte de la gare de Nice-Ville, sont en ligne avec le planning. Le constructeur NGE vient d’achever les travaux de la fosse et démarre ceux des élévations, sur lesquelles seront auscultées les rames. Le centre doit être livré en décembre 2024.