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Transports - Auto

Métro, bus, TER… S’estimant défavorisé dans les appels d’offres français, Transdev se concentre sur l’étranger

Pris en sandwich entre deux entreprises publiques puissantes, la SNCF et la RATP, l’opérateur de transports alternatif ralentit ses projets de développement en France, pour préférer accélérer à l’international.

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Sina Schuldt/dpa Picture-Alliance via AFP

Le renoncement n’a rien d’anodin. Selon nos informations, la filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations (66 %) et de l’Allemand Rethmann (34 %), ne compte pas se positionner sur le marché des transports en commun de Lille, que la métropole nordiste doit lancer en fin d’année. Ce contrat, couvrant les 95 communes de la MEL (Métropole Européenne de Lille) et leurs 1,2 million d’habitants, est un des plus importants du marché français, avec près de 2 milliards d’euros de recettes sur 7 ans. Il est détenu depuis 1983 par Keolis, la filiale de la SNCF spécialisée dans les transports urbains.

Transdev avait candidaté à Lille en 2016 et perdu au terme d’une bataille de plusieurs mois. « Entre les études techniques et la mobilisation d’une équipe sur une longue période, répondre à un appel d’offres coûte à chaque fois plusieurs millions d’euros, rappelle une source interne. Pour le marché lillois, le risque d’échec face à la SNCF est trop important pour que Transdev consente cet investissement ». L’opérateur alternatif juge que Keolis reste trop fortement implanté à Lille pour espérer le déloger. Interrogé par L’Informé, Transdev n’a pas souhaité commenter.

En 2022, le groupe présidé par Thierry Mallet avait déjà décidé de ne concourir qu’à un seul des deux lots remis en jeu par la Métropole de Lyon, pourtant second marché de transports en commun après Paris (3 milliards d’euros). Pour cette autre place-forte de Keolis depuis trente ans, Transdev a choisi de ne se positionner que sur le volet des bus et des trolleybus, délaissant le lot des 4 lignes de métro et des tramways, sur lequel concourront Keolis, RATP Dev et Egis. La remise des premières offres est attendue en avril, pour une décision prévue en fin d’année.

Si Transdev se montre si prudent, ce n’est pas seulement parce que candidater coûte cher. C’est aussi parce qu’il ne l’emporte pas assez souvent à ses yeux… Et finit par s’en étonner. Certes, il a gagné, en novembre 2021, le premier marché de transport ferroviaire ouvert à la concurrence (la liaison TER entre Marseille et Nice attribuée par la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur). Mais il comprend toujours mal l’affaire des TER de l’étoile d’Amiens : contre toute attente, en mars dernier, l’opérateur historique SNCF a été renouvelé face à lui. Retenu en finale, Transdev a vu son concurrent l’emporter au finish provoquant « déception et injustice » au sein des équipes. La décision avait provoqué la stupeur tant la région Hauts-de-France, présidée par Xavier Bertrand, était en butte avec les annulations quotidiennes de trains subies par SNCF Voyageurs. Une pénurie de conducteurs l’oblige à supprimer plus de 100 dessertes chaque jour.

Pour remporter ce marché des lignes autour d’Amiens sur plus de 10 ans, SNCF Voyageurs a remis une offre canon à la Région, que ce soit en termes de prix, de ponctualité comme de qualité de service. Des promesses qui provoquent le scepticisme chez de nombreux observateurs du secteur, jugeant que la compagnie nationale de chemins de fer ne pourra pas tenir ses objectifs. « Pour obtenir le marché, Jean-Pierre Farandou (PDG de la SNCF, ndlr) a dû promettre, en parallèle, la modernisation du réseau ferré ou la rénovation des gares de la région, persiflent même certains. Les leviers de la SNCF sont multiples ».

Officiellement, du côté de Transdev, on étudie les conditions de l’attribution. « Les régions doivent être attentives au fait qu’il y ait aussi de la place pour les nouveaux entrants et ne pas les décourager, jugeait son P-DG Thierry Mallet lors d’une conférence de presse le 21 mars. Il faut donc que les nouveaux opérateurs soient assurés qu’ils ont bien les mêmes conditions de jeu sur le terrain que la SNCF.  » Transdev pointe en particulier les frais de pré-opération propres aux nouveaux entrants, comme la constitution d’un stock de pièces détachées pour assurer la maintenance des trains. « C’est un élément important que le client doit prendre en compte, ajoutait Thierry Mallet. Dans les Hauts-de-France, ce stock représente un investissement de 15 millions d’euros et SNCF Voyageurs, qui opère le matériel roulant, en avait déjà un constitué. »

Un recours n’est pas exclu pour l’étoile d’Amiens. Transdev en a déjà déposé deux, en octobre 2022 puis en février 2023, auprès du Tribunal administratif de Bordeaux pour contester le renouvellement de Keolis comme concessionnaire du réseau bordelais de transports en commun. Il a aussi réclamé, selon nos informations, le détail des offres remises à la Métropole de Toulon, qui a finalement préféré, en début d’année, ne pas le renouveler pour l’exploitation du réseau de bus Mistral. La Métropole, présidée par Hubert Falco, a attribué le marché à la RATP.

Face à ces déconvenues, le groupe de Thierry Mallet réfléchit à ajuster ses ambitions dans l’Hexagone. Il reste, certes, en course pour l’attribution de cinq lignes TER de la région Pays de la Loire. Mais nombreux en interne jugent que le marché devrait lui échapper, face à la concurrence de SNCF Voyageurs et de la RATP qui candidate via Régionéo, sa joint-venture avec Getlink. « La présidente de la région, Christelle Morançais, est une proche du pouvoir, craint une source au fait des dossiers. Il ne serait pas étonnant qu’elle s’entende avec l’ex-Premier ministre Jean Castex (ndlr : aujourd’hui à la tête de la RATP) ». Un grand oral, où les candidats présenteront leurs offres définitives, est prévu en mai.

Face à des perspectives de développement difficiles en France, Transdev va chercher la croissance à l’international. « On ne rencontre pas ces problèmes de concurrence en Allemagne, en Suède ou aux États-Unis », remarque un dirigeant. La part du chiffre d’affaires réalisé en France a baissé de 38 % en 2019 à 35 % pour l’exercice 2022. Et Transdev vient de boucler en mars l’acquisition de First Transit, un grand exploitant de lignes de bus aux États-Unis. L’opération fera passer de 1,1 milliard d’euros à 2,4 milliards son chiffre d’affaires aux États-Unis. Un niveau équivalent à celui réalisé en France par la filiale de la Caisse des dépôts. « Coincé entre la SNCF et la RATP, Transdev limite les frais en France et pousse les feux à l’international où les perspectives de croissance sont meilleures », juge un bon observateur du secteur.