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Immobilier

Airbnb commence à payer (un peu) d’impôts en France

La filiale française a déclaré un chiffre d’affaires et des bénéfices en hausse. Mais ceux-ci sont toujours très loin de la réalité.

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JAQUE SILVA / NurPhoto via AFP

Bonne nouvelle pour Bercy. L’antenne française du géant américain des locations saisonnières, Airbnb, améliore légèrement sa contribution au fisc. D’après les derniers comptes d’Airbnb France, consultés par l’Informé, la filiale a déclaré l’an passé un chiffre d’affaires de 65,6 millions d’euros. Aya...

C’est encore peu, mais l’amélioration est notable au regard des « pailles » que déclarait il y a encore quelques années la plateforme en France. En 2019, année précédant le Covid, elle affichait en effet un chiffre d’affaires de 12,7 millions d’euros. Ne dégageant que de très faibles bénéfices elle s’était acquittée de seulement… 193 398 euros au titre de l’impôt sur les sociétés.

Il n’empêche, même s’ils font meilleure figure, les comptes 2024 reflètent encore bien peu l’activité réelle du groupe californien dans l’Hexagone. D’après une récente étude du cabinet Deloitte, 176 millions de nuitées ont été réservées en France en 2023 sur toutes les plateformes de locations saisonnières. En s’appuyant sur un prix moyen estimé de 142 euros (source AirDNA de 2022), ce marché représenterait au bas mot 25 milliards d’euros. Un copieux gâteau sur lequel Airbnb France - qui prélève environ 12 % sur le prix de chaque location - s’arroge une large part aux côtés d’acteurs majeurs comme Booking.com ou Abritel…

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Sans surprise, Airbnb parvient à décorréler ses revenus déclarés de son activité réelle grâce à une stratégie d’optimisation fiscale désormais parfaitement rodée. En France, lorsque vous réservez une location auprès de la célèbre plateforme, l’argent n’est pas perçu par l’antenne locale, mais est directement encaissé par Airbnb Ireland Unlimited Company, une holding basée à Dublin en Irlande. Un pays à la fiscalité beaucoup plus douce : le taux d’imposition sur les bénéfices est de 12,5 %, deux fois moins qu’en France !

En contrepartie, l’entité française - qui emploie à ce jour 48 salariés - est simplement rémunérée par la holding irlandaise au titre de son activité marketing et commerciale de promotion au service de la marque…

Un changement de calcul du chiffre d’affaires

Comment expliquer la forte croissance du revenu déclaré par Airbnb en France ? Certes, au fil des années, l’augmentation des besoins de promotion de la filiale française ont mécaniquement contribué à progressivement accroître ses revenus. Mais le vrai changement est daté de 2022, lorsque la multinationale a modifié le mode de calcul du chiffre d’affaires dans l’Hexagone. Ainsi, les trois derniers comptes annuels d’Airbnb France (2022, 2023, 2024) indiquent que celui-ci comprend désormais « un pourcentage sur les ventes réalisées auprès des clients français ». Mention qui n’apparaissait pas les années précédentes. Cette modification contractuelle pourrait donc notamment expliquer que les revenus du bureau français aient bondi dès cette année-là à hauteur de 50 millions d’euros en 2022, de 64,9 millions en 2023, et donc de 65,6 millions d’euros l’an passé.

Interrogée sur le changement de calcul de son chiffre d’affaires, la direction française d’Airbnb France, confirme la modification opérée en 2022, sans pour autant fournir d’explication, ni préciser le pourcentage des ventes que l’entité irlandaise lui reverse effectivement. Le bureau français précise par ailleurs qu’Airbnb contribue aux recettes fiscales de plusieurs manières : « Rien qu’en 2024, nous avons reversé plus de 200 millions d’euros de taxe de séjour aux villes françaises, tient ainsi à rappeler l’entreprise. Et chaque réservation effectuée sur la plateforme par un utilisateur en France est également soumise à la TVA, ce qui génère collectivement des millions d’euros de recettes fiscales locales ».

Reste encore à savoir si cette modification est aussi la conséquence d’une demande de Bercy. Dans ses comptes, le site de location n’a en tout cas jamais fait état d’aucun redressement. Il avait juste indiqué en 2020 faire l’objet d’un contrôle fiscal conjoint mené par plusieurs États européens, qui portait notamment sur la TVA, l’accès aux données des hôtes et les prix de transfert entre filiales de différents pays.

Comment Airbnb allège ses impôts en Irlande aussi

Le géant américain n’a pas ménagé ses efforts ces dernières années pour alléger la facture fiscale de sa fameuse holding irlandaise qui perçoit toujours l’essentiel des revenus issus de l’activité réalisée en France…

En 2013, la charge d’impôts de cette filiale s’est, par exemple, élevée à seulement 93 millions de dollars. De fait, cette année-là, Airbnb Ireland Unlimited Company affichait une marge opérationnelle de seulement 2 %. Une des principales raisons est qu’elle paye d’importantes redevances pour utiliser les brevets du géant américain, qui sont logés dans AirBnb Global Holdings Inc, une structure immatriculée au Delaware, un paradis fiscal des États-Unis.

Entre 2013 et 2019, la plateforme de locations saisonnières a utilisé un montage d’optimisation fiscale plus agressif encore, a découvert l’Informé. À cette époque, les brevets facturés à la holding irlandaise, étaient alors détenus par AirBnb International UC, une autre société domiciliée en Irlande… mais résidente fiscalement à Jersey, un paradis fiscal au large des côtes françaises, où l’impôt sur les bénéfices est nul. Problème : ce montage n’a pas eu l’heur de plaire au fisc américain, qui lui a notifié en 2020 un redressement fiscal record de 1,35 milliard de dollars, toujours en cours de procédure.

Face à cette offensive, la firme de San Francisco a décidé de revoir sa copie et de rapatrier ses brevets aux États-Unis. Ce qui s’est fait en plusieurs étapes. Le 1er janvier 2020, les brevets pour la région Amérique (hors États-Unis) ont été cédés à une structure immatriculée à Jersey, AirBnb International Holdings Ltd, qui a ensuite été relocalisée au Delaware et rebaptisée Airbnb Global Holdings Inc. Le 31 décembre 2019, les brevets pour les zones EMEA (Europe-Moyen-Orient-Afrique) et APAC (Asie-Pacifique) ont été vendus pour 7,3 milliards de dollars à AirBnb Ireland UC, qui les a revendus onze mois plus tard à la structure du Delaware pour 3,6 milliards de dollars. Dans l’intervalle, la société irlandaise a déprécié la valeur des brevets de 2,6 milliards de dollars, générant ainsi d’importantes pertes qui lui ont permis de réduire ensuite son impôt sur les bénéfices.