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Continuer la lectureCondamnée pour ses pratiques commerciales, Abritel évite le pire
La DGCCRF avait attaqué la plateforme à la suite de nombreux signalements de clients, victimes d’annonces frauduleuses. Mais Abritel n’aura pas à afficher sa sanction.
Alors que la période estivale démarre, voilà une décision qui pourrait faire un (tout petit) peu d’ombre à Abritel, spécialiste des locations de vacances. L’entreprise qui permet de dénicher et de louer des logements en quelques clics, était dans le viseur de la DGCCRF depuis 2021 pour pratiques comm...
Ce dossier est lié à la communication d’Abritel qui, en 2020 et 2021, redoublait alors d’efforts et de formules pour mettre en avant une batterie de garanties rassurantes pour les clients : vérification de l’identité, contrôles de fiabilité, sécurité des paiements. Mais ce discours commercial ne se traduisait pas toujours dans la réalité, de nombreux clients se plaignant d’arnaques en parallèle : logement ne correspondant pas aux photos des annonces, bien déjà loué ou inexistant une fois arrivé sur place, difficultés de remboursement, etc.
Les formulations présentes sur le site web ou l’application mobile laissaient par exemple penser qu’un contrôle réel de l’identité des utilisateurs était opéré dans le but de détecter les annonces frauduleuses. Ce qui n’était en fait pas tout à fait le cas à la lecture des conditions générales d’utilisation. Abritel disait aussi utiliser des « technologies de pointe » pour tenter de détecter les usurpations d’identité. Le site se contentait en fait de vérifier les adresses mail avec une authentification en deux étapes, un processus facile à contourner pour des fraudeurs.
Au terme de cette décision de justice, il est demandé à Abritel de cesser cette communication trompeuse, ce qu’elle a déjà fait. Et si cela ne l’était pas totalement, une astreinte de 5 000 euros par jour - déclenchée 45 jours après le prononcé de la décision - devrait être un argument convaincant. Le spécialiste de la location de courte durée, contacté par l’Informé, nous a précisé « accorder une grande importance à la transparence des informations consultées par les voyageurs sur notre site, afin qu’ils puissent nous faire confiance. Dès notre mise en relation avec la DGCCRF en 2021, nous avons immédiatement apporté des modifications à nos conditions d’utilisation et à notre site internet, conformément à ses recommandations, afin d’en renforcer la clarté. La décision du tribunal porte sur ces clarifications déjà mises en œuvre, et ne souligne aucun dysfonctionnement sur notre site actuel ».
Des sanctions symboliques
« Si la DGCCRF avait décidé de poursuivre Abritel vis-à-vis du Digital Markets Act (DMA) ou du Digital Services Act (DSA) cela ne serait pas passé, en raison du principe du pays d’origine, et de l’application du droit européen, nous explique l’avocat Alexandre Archambault. Attaquer via l’angle des pratiques commerciales trompeuses est le seul levier envisageable pour obtenir gain de cause. C’est la seule marge de manœuvre des autorités nationales ».
Un autre volet coercitif est prévu, mais là aussi sa portée reste symbolique. Dans un délai d’un mois après sa condamnation, le site devra afficher sur sa page d’accueil et celle de l’application mobile française le communiqué judiciaire suivant : « Saisi par le Service National des Enquêtes de la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF), le tribunal judiciaire de Paris, par jugement en date du 10 juin 2025, a ordonné aux sociétés VRBO Netherlands Holding Company B.V., venant aux droits de la société HomeAway France, et EG Vacation Rentals Ireland Limited, qui participent à l’exploitation de la plateforme Abritel, de cesser les pratiques commerciales trompeuses consistant à induire en erreur le consommateur sur les résultats des contrôles effectués, sur les résultats attendus de son utilisation et sur la portée des engagements de la plateforme. Ce communiqué judiciaire est diffusé pour informer les consommateurs. »
Mais, dans les faits, Abritel va échapper à cette publication humiliante car celle-ci n’est pas frappée d’exécution provisoire, conformément à la vision européenne qui ne permet de recourir à ce dispositif que lorsque la condamnation est définitive. Or Abritel compte faire appel de la décision, comme la plateforme nous l’a confirmé. De quoi s’éviter une très mauvaise publicité en plein chassé-croisé estival.