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Médias - Culture

Le discret petit empire de Geoffrey La Rocca, le patron du Gorafi

Le propriétaire du site humoristique est un businessman tout ce qu’il y a de plus sérieux. Au fil des années, il a investi dans de multiples sociétés et attiré le gotha du business auprès de lui. Il s’apprête à lever 10 millions d’euros.

Geoffrey La Rocca lors d’un évènement organisé par le Club des Annonceurs.
Geoffrey La Rocca lors d’un évènement organisé par le Club des Annonceurs. Alexandre Nestora / Geoffrey La Rocca

« Fact-check : un tiens vaut-il vraiment mieux que deux tu l’auras ? », « Affaibli par des affaires judiciaires, Jean-Christophe Lagarde quitte l’UDI pour entrer au gouvernement »... C’est la marque de fabrique du Gorafi : des titres aussi drôles qu’absurdes, capables de tourner en dérision une actualité souvent lourde. Le procédé fonctionne à merveille et fait rire des bataillons de fans en ligne (près de 1,5 million d’abonnés rien que sur Twitter). Mais, à coup sûr, bien peu savent que ce site humoristique est en fait la propriété d’un véritable businessman : Geoffrey la Rocca. En quelques années, ce trentenaire méconnu du grand public s’est construit un petit empire des médias… et n’a pas fini de l’étendre : selon nos informations, l’homme d’affaires, à la tête de la société DC Company, est en train de boucler une levée de fonds de 10 millions d’euros.

Le jeune homme jouit d’un carnet d’adresses exceptionnel. Voyez plutôt. Cette somme conséquente est composée à moitié de dette, contractée notamment auprès de la BPI, et à moitié de capital. Geoffrey La Rocca (qui restera le principal actionnaire avec 95% des actions) va lui-même contribuer à hauteur de 4 millions d’euros. Mais il a aussi reçu le soutien d’une flopée d’investisseurs prestigieux, qui, ensemble, ont déjà apporté 1,4 million d’euros de capitaux. Dans la liste des participants (à découvrir en bas de l’article), on retrouve Adrien Dassault, petit-fils de l’industriel, Scribeo, agence de marketing présidée par Laurent Sadoun, ou encore la figure du groupe hôtelier H8 Jean-Philippe Cartier. Thibaud Elziere, créateur de Fotolia et 21e plus grande fortune de France dans le secteur du numérique selon Challenges, a aussi participé, à l’instar de Marc Menasé, le cofondateur de Nextedia, via son fonds Founders Future. Jean-David Blanc, cofondateur d’AlloCiné et de Molotov, ainsi que le créateur de OnePoint, David Layani, font aussi partie de l’aventure, au même titre que Jean-Charles Samuelian, à la tête de la mutuelle en ligne Alan. A l’occasion de cette levée de fonds, DC Company est valorisée (post money) à près de 34 millions d’euros.

Les médias en ligne de mire

Tous ces investisseurs sont membres du Digital Century, club très fermé créé en 2013 par La Rocca qui rassemble 80 entrepreneurs. La liste complète des fidèles de ce Siècle nouvelle génération est jalousement tenue secrète. L’Informé vous en dévoile toutefois quelques noms : Michael Goldman (Tipee), Marie-Laure Sauty de Chalon (ex AuFeminin), Stéphane Pallez (Française des jeux), Céline Lazorthes (Leetchi) ou encore Wilfried Granier (Superprof) en font partie, au même titre que Claude Perdriel (Challenges), Alexandre Bompard (Carrefour), Patricia Barbizet et le youtubeur Hugo Travers. Ont également intégré la bande : Philippe Baudry, Pascal Chevalier (Reworld), Thomas Valentin (M6), Sophie Mechaly (Paul & Joe), Mathieu Gallet (Majelan), Pascal Cagni (Business France). Le groupe se réunit lors de grands dîners, ou même parfois lors d’évènements à l’étranger, comme récemment à Tel Aviv, autour de Patrick Drahi.

DC Company est finalement le prolongement de ce club. A lire la page LinkedIn de Geoffrey La Rocca, son entreprise « rassemble une équipe d’entrepreneurs, de créateurs de contenu, de journalistes talentueux pour continuer à créer des modèles économiques solides et produire du contenu de qualité ». Depuis longtemps, le jeune entrepreneur assume son appétence pour la presse. Déjà sa première société, créée en 2006 quand il était encore étudiant en droit à la Sorbonne, était une agence qui produisait des flash radios baptisée le JR. Plus tard, il deviendra journaliste pour RMC et BFM, les chaînes d’Alain Weill, son actuel beau-père.

Aujourd’hui, celui qui confie à l’Informé « rêver de créer des médias nouvelle génération » multiplie les investissements dans le secteur. Fin 2021, l’entrepreneur a racheté le Gorafi, dont il détient aujourd’hui 66%, avec une option pour monter à 100%. Louant ce qu’il estime être le « digne héritier des Guignols de l’Info », La Rocca souhaite que le site « accélère le développement de sa communauté autour de contenus de qualité ». Le tout, afin de « structurer sa croissance et d’assurer sa rentabilité », visant un chiffre d’affaires de « plusieurs centaines de milliers d’euros ». « Depuis le rachat, Le Gorafi a lancé une version mobile, de la vidéo, des livres, de nouveaux réseaux sociaux comme TikTok, mais aussi du brand content, c’est-à-dire des articles financés par des annonceurs (UFC Que choisir, Netflix, Rakuten, Payfit, Leroy Merlin, BCG…), mais cela est toujours très clairement indiqué via la mention ‘sponsorisé’, assure-t-il. Au final, il y a même moins de publicité, moins intrusive, mais plus rentable. » Une préoccupation majeure pour le nouveau propriétaire, et pour cause : avant le rachat, le site satirique avait de maigres revenus et restait déficitaire. En 2020, le Gorafi avait réalisé un chiffre d’affaires de seulement 54 901 euros et perdu 10 627 euros.

Parallèlement, le dirigeant a investi près de 600 000 euros dans I/O Media, éditeur des magazines Têtu, Ideat et The Good Life. Il possède aujourd’hui 7,2% du capital. Selon nos informations, il a proposé en 2019 de racheter  les 35% détenus par Renault dans Challenges, dont il était alors administrateur. Puis, à l’été dernier, il a étudié le rachat du média féminin Les Éclaireuses sur une valorisation de 7,7 millions d’euros. Sans que l’affaire n’aboutisse.

Objectif ambitieux pour 2022

Pas de quoi ralentir l’ambitieux. Dans un entretien à La Réclame, La Rocca affiche un objectif musclé : « en 2022, l’idée est de faire 3-4 acquisitions majeures pour asseoir un ensemble qui sera rentable et fera près d’une dizaine de millions d’euros de chiffre d’affaires. » Auprès de l’Informé, le businessman confirme et dit préparer de nouvelles opérations d’ici à la fin de l’année. Et d’ajouter : « nous ne rachetons que des entreprises rentables. » Pour cela, il s’est entouré d’un directeur financier, Alexandre Ballarin (venu de JP Morgan) et d’un directeur opérationnel, Jules Trecco.

Avec ce dernier, il avait fondé en 2012 une épicerie de luxe en ligne, Madeleine Market. Là encore, des VIP avaient investi dans la jeune pousse ; David Amsellem, Benoît Habert (gendre de Serge Dassault), Grégoire Lassalle, PDG d’Allociné, ou encore France Premium, société de Pierre Bergé et de Marc Gusils. En 2013, la start up a réalisé un chiffre d’affaires de 521 590 euros mais perdu 377 000 euros. Finalement,  elle s’est retrouvée en cessation de paiements puis en liquidation judiciaire en 2014. Amer, La Rocca est revenu sur l’échec de Madeleine Market à l’occasion d’un podcast sur l’entrepreneuriat : « On a péché par manque de levée de fonds, et peut-être que nos actionnaires ne nous ont pas assez aidés à développer la boîte. » Et de préciser que son associé et lui avaient « fini au bord de la faillite personnelle » avant d’être embauchés chez Fauchon.

Investissements multiples

Au-delà des médias, le business angel a, au fil du temps, multiplié les investissements dans des sociétés diverses. En 2019, il a misé par exemple 50 000 euros chez eSportBox, une start-up dédiée à la pratique du eSport. L’année suivante, il a soutenu Debongoût, un site de décoration, à hauteur de 15 000 euros, et alloué 135 000 euros à Fulllife, une entreprise proposant des vêtements aux passionnés de jeux vidéo. Il a aussi souscrit à 1,6 million d’euros chez Hopium, le constructeur français de voitures à hydrogène.

Et ce n’est pas fini ! Le touche-à-tout a aussi investi 25 000 euros dans Arianee (spécialiste des NFT dans le luxe et la mode), 70 000 euros dans le générateur de newsletters Flint Media (ex Trendsboard) de Benoît Raphaël… Il est également actionnaire indirect des pros du vélo électrique Heroin et Angell, du collectif gastronomique We are ona, ou encore de Nacon, qui propose des accessoires pour gamers… Ces dernières années, il a aussi fait des allers-retours dans des sociétés cotées en bourse comme Altice, BlackRock, Zoom, Shopify, Palantir, Virgin Galactic, Navya, Voltalia, Novacyt ou encore Fiverr. L’entrepreneur a envisagé pendant un temps de réunir tous ses investissements sous la marque Simplr Capital. Sa stratégie ? « Investir en capital risque des tickets de 50 à 250.000 euros dans de jeunes pousses », pour être « à mi-chemin entre un tout petit hedge fund et un fonds de capital risque ».

Où a-t-il trouvé l’argent ? La fortune de notre aspirant mogul des médias provient de son passage dans la régie publicitaire Teads, dont il a été DG adjoint puis DG pour l’Hexagone. « La France était le premier marché européen de Teads, devant la Grande-Bretagne », précise-til. Alors qu’à son arrivée, le chiffre d’affaires tricolore était de 23 millions d’euros, il a atteint une centaine de millions d’euros à son départ (pour environ 30 millions d’euros d’excédent brut d’exploitation). Au passage, La Rocca a empoché un joli paquet d’actions et de warrants, touchant ainsi 8,5 millions d’euros, selon nos informations.

Le dirigeant a même joué un rôle clé dans le rachat de Teads par le groupe de Patrick Drahi, Altice. Début 2016, il a organisé une première rencontre entre le fondateur de la régie, Pierre Chappaz, et le numéro 2 du groupe de telecoms, Michel Combes, dans les locaux de Teads. Il sera aussi présent lors d’un deuxième rendez-vous quelques mois plus tard à Genève dans le bureau de Patrick Drahi. L’opération est entérinée quelques mois plus tard, pour 302 millions d’euros. Un bon investissement : la régie spécialisée dans la publicité vidéo a été valorisée il y a un an plus de 3,5 milliards de dollars, lors d’un projet (avorté) de cotation au Nasdaq.

Les investisseurs de la première tranche de la levée de fonds de DC Company :

  • Adrien Dassault 200 000 euros
  • Scribeo 200 000 euros
  • Arteme (Philippe Baudry) 150 000 euros
  • AC8 Invest (Jean-Philippe Cartier) 150 000 euros
  • Julien Romanetto 125 000 euros
  • SC Des Etocs (Jean-Marc Patouillaud) 100 000 euros
  • K3V Ventures ( Samir Khanfir, Thibaud Viala et Yves Weisselberger) 100 000 euros
  • Cernauti (Yves Weisselberger) 100 000 euros
  • Thibaud Elziere 100 000 euros
  • Hyven Sarl (Yann Hascoet) 50 000 euros
  • GRC Group (Maxime Guillaud) 50 000 euros
  • GLR Participations (Geoffrey La Rocca) 35 000 euros
  • Founders Future (Marc Menasé) 30 000 euros
  • JDH (Jean-David Blanc) 25 000 euros
  • David R. Layani 25 000 euros
  • Jean-Charles Samuelian 10 000 euros
  • Julien Audran 10 000 euros