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Médias - Culture

Pour Vincent Bolloré, C8 aura été un gouffre financier jusqu’au bout

Évincée de la TNT fin février 2025, la chaîne a enregistré une perte record en 2024. En cumulé, et malgré les succès d’audience de Cyril Hanouna, elle aura coûté plus de 800 millions d’euros à son actionnaire breton, en direct puis via Vivendi.

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JEAN-MARC BARRERE / Hans Lucas via AFP

Il est descendu des airs, suspendu par des câbles, avant d’atterrir sur un tapis rouge et d’entamer une chorégraphie endiablée sous les cris des fanzouzes, heureux de le retrouver. Lundi 1er septembre, pour la première de sa nouvelle émission, Tout beau, tout neuf sur W9, Cyril Hanouna voulait frappe...

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Ce déficit, l’un des pires de la chaîne lancée en 2005 sous le nom de Direct 8, porte à 805 millions d’euros le montant total des pertes cumulées. Le chiffre d’affaires a même reculé l’an dernier de 5 %, se contractant de 84 à 79 millions d’euros. Les recettes publicitaires nettes ont insuffisamment progressé, soit +1 %, à 64 millions d’euros, pour compenser la chute des autres revenus. L’explication ? Si C8 est devenue le leader de la TNT (hors chaînes historiques) avec 3 % d’audience l’an passé, dépassant TMC de 0,1 point, ses performances sur les cibles commerciales sont restées médiocres : 2,6 % sur les 25-49 ans comme sur les femmes responsables des achats, soit quasiment deux fois moins que sa rivale du groupe TF1. La faute à une audience vieillissante : l’âge moyen de ses spectateurs a encore augmenté de 60,3 à 61 ans en 2024 quand ceux de TMC ont une dizaine d’années de moins.

L’équilibre des comptes a été promis moult fois (pour 2021, 2022 puis 2023), sans jamais être atteint. « C8 sera proche de l’équilibre en 2025, et devrait être profitable en 2026 », avait encore assuré Maxime Saada, président du directoire de Canal+, lors de son audition devant l’Arcom en juillet 2024 en demandant le renouvellement de sa fréquence. Dubitatif, le président du régulateur de l’époque, Roch-Olivier Maistre, lui avait alors demandé : « Comment, tout d’un coup, on passe d’une situation structurellement déficitaire à une perspective très positive, avec une croissance de recettes publicitaires significative ? ».

Les comptes de l’exercice 2025 de C8, qui n’a duré que quelques semaines, ne sont pas encore connus. Mais son arrêt a logiquement pénalisé les recettes de sa maison mère. Canal+ a annoncé au premier semestre un recul de 3,3 % de ses revenus à 3,09 milliards d’euros. La fin du partenariat avec Disney + et d’un contrat de sous licence de la Ligue des champions a aussi pesé.

Afin de réduire ses coûts, le groupe a lancé un plan social visant 250 postes. Il n’a finalement eu besoin d’en supprimer que 186 (dont une trentaine de départs contraints), car certains salariés sont partis d’eux-mêmes. L’essentiel de l’hémorragie est lié à l’arrêt de C8, qui employait directement 85 permanents fin 2024. Les effectifs du centre d’appels à Rennes sont aussi touchés, ainsi que ceux dédiés aux émissions de cinéma. « Leur objectif est de ne faire plus qu’une émission sur le sujet, et de l’externaliser auprès de la société Flab Prod appartenant à Studio Canal », précise un salarié. L’ambiance n’est donc pas à la fête. « L’attachement et la fierté de travailler pour ce groupe ont disparu, ajoute-t-il. On en vient même à retourner les Une du Journal du Dimanche [propriété de Lagardère, NDLR] installé sur les présentoirs à l’entrée des bureaux de Canal+. On préfère laisser visible la der avec la publicité de marques de luxe ».

Contacté, Canal+ n’a pas souhaité faire de commentaire.