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Tech - Télécom

Vente de SFR : les opérateurs télécoms alternatifs interpellent les pouvoirs publics

Ces acteurs vont rencontrer l’Autorité de la concurrence, la direction générale des entreprises et la direction interministérielle du numérique pour faire part de leurs inquiétudes sur l’avenir du réseau fibre de SFR.

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La situation financière de SFR et son avenir n’inquiètent pas seulement les salariés du groupe. Plusieurs opérateurs télécoms alternatifs comptent faire part de leurs craintes sur l’avenir du réseau de fibre optique, l’accès à Internet très haut débit, aujourd’hui logé dans la filiale XpFibre avec plus de 7 millions de prises. Des rencontres sont prévues avec l’Autorité de la concurrence, Bercy et sa direction générale des entreprises ainsi que la direction interministérielle du numérique (Dinum), a appris l’Informé.

« Nous avons une série de rendez-vous programmés ces prochaines semaines afin de faire valoir notre position sur une vente à la découpe éventuelle de SFR, confirme Sylvain Trincal, président de l’Aota, l’association des opérateurs télécoms alternatifs (Numlog, Leonix, IP Telecom…). Nous sommes inquiets sur l’avenir de XpFibre, car de l’argent public a été investi notamment au travers de 22 Réseaux d’Initiative Publique [projet porté par une collectivité locale mais exploitée par des entreprises privées, ndlr], avec les zones AMII et les zones AMEL [des zones moyennement denses situées dans des communes et départements, ndlr]. Cela représente 6 millions de foyers et d’entreprises dans 6 700 communes. Nous ne souhaitons pas que ces infrastructures sensibles tombent entre les mains de fonds étrangers ou d’opérateurs non européens. »

Ces derniers mois, des signes d’intérêts de l’émirati Etisalat et du groupe saoudien Saudi Telecom Company ont circulé, tandis que Bloomberg évoquait le fonds américain Blackstone. Le fonds KKR, également américain, et le français Ardian seraient aussi en lice. Mais, pour l’instant, le schéma qui tient la corde est un dépeçage de SFR entre Orange, Free et Bouygues Telecom. Cette vente à la découpe fait peser des risques importants sur l’avenir des 8 000 salariés de SFR lorsqu’il ne restera plus que trois acteurs sur le marché français. Le trio a reconnu l’existence de négociations préliminaires il y a plusieurs mois de cela, mais elles divergent toujours tant sur le prix que sur le partage des actifs. Qui plus est, une fois un accord trouvé, il devra être soumis aux autorités de la concurrence. L’antitrust a le pouvoir d’imposer au trio des conditions (appelés « remèdes » par les juristes) pour maintenir une concurrence et protéger les consommateurs et les entreprises de hausses de prix. Il pourrait, par exemple, les obliger à céder des actifs aux opérateurs alternatifs, ou encore leur imposer de louer dans de bonnes conditions leur infrastructure à des tiers - ce qu’on appelle les opérateurs virtuels.

Pour l’heure, lesté d’une dette de 25 milliards d’euros, SFR et sa maison mère Altice France viennent de sortir d’une procédure de sauvegarde accélérée enclenchée cet été. Ce dispositif a permis d’alléger ce poids de 8,6 milliards d’euros contre la montée au capital des créanciers (près de 45 %). Avant cet épisode, l’opérateur détenu par Patrick Drahi avait envisagé de vendre séparément XpFibre (cf. encadré).

« Nos craintes ne portent pas tant sur le renforcement de Bouygues Telecom dans les infrastructures fixes ou de Free dans les infrastructures mobiles, ajoute Sylvain Trincal. Nous craignons davantage qu’un autre opérateur, non régulé, renforce sa position sur le marché des entreprises grâce à la vente de SFR et ne réduise ainsi la concurrence sur ce marché au détriment des petits opérateurs nationaux. »

Interrogée, la fédération InfraNum, qui regroupe 200 entreprises impliquées dans le plan France très haut débit, n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet pour le moment.

Au vu des montants à débourser, peu d’acteurs alternatifs ont les capacités financières de se positionner, même sur une partie de SFR. Deux noms circulent toutefois. Celui de Sipartech, qui aimerait récupérer des infrastructures de fibre optique longue distance. Et celui d’Altitude, intéressé par XpFibre, et qui pourrait aussi profiter de l’occasion pour devenir opérateur mobile virtuel, un MVNO (Mobile Virtual Network Operators). Interrogés, ils se sont refusés à tout commentaire. De son côté, Celeste, un acteur de taille plus modeste, indique « ne pas être intéressé ».

Dans les autres pays européens, les dernières décisions des autorités de concurrence concernant le passage de quatre à trois opérateurs par pays se sont réalisées, mais sous certaines conditions. En Italie, le rapprochement entre Wind et Tre en 2017 a été accepté, mais à la condition de céder une partie de leur réseau mobile à un quatrième et nouvel opérateur, Iliad Italie. En Espagne, le mariage entre Orange et MasMovil en fin d’année dernière n’a pu se faire qu’en renforçant leur concurrent Digi, notamment en lui cédant des fréquences. Et, au même moment, en Grande-Bretagne, la fusion entre Vodafone et Three a été acceptée, mais contre des engagements importants d’investissement et de limitation de hausses de prix durant trois ans. Ces deux derniers devront également proposer des offres attractives à des opérateurs virtuels mobiles (des MVNO).

En France, il n’existe plus de MVNO d’envergure après le rachat de la Poste Mobile et celui d’EI Telecom (NRJ Mobile, CIC Mobile…) par Bouygues Telecom. De son côté, SFR avait déjà mis la main sur Prixtel, Afone, Coriolis et Syma. Leur part de marché a diminué de plus de moitié entre 2012 (année de l’arrivée Free Mobile) et le premier semestre 2025, passant de 13 % à 5,1 % selon les données du gendarme du secteur, l’Arcep.

XpFibre, une histoire mouvementée

Au fil du temps, SFR a remporté une série de délégations de service public lancées par des collectivités locales pour construire des réseaux de fibre optique. En 2018, l’opérateur regroupe ces infrastructures dans une filiale baptisée XpFibre. Il cède alors 49,9 % du capital à trois fonds : Allianz, Axa Investment Managers et Omers, le fonds de retraite des employés municipaux de l’Ontario. L’année suivante, la société rachète son concurrent Covage pour un milliard d’euros.
SFR, croulant sous une dette de 25 milliards d’euros, cherche ensuite à l’alléger, en vendant une série d’actifs. Début 2024, l’opérateur détenu par Patrick Drahi lance un processus de vente de sa participation de 50,01 % dans XpFibre, mais sans aboutir. Il entame alors un bras de fer avec ses créanciers pour obtenir une réduction de sa dette (appelé « haircut », en anglais). Comme moyen de pression, il décide de mettre hors de portée des prêteurs divers actifs, dont sa participation de 50,01 % dans XpFibre. Au printemps 2024, celle-ci est alors transférée à une nouvelle holding luxembourgeoise, Altice XPM SARL, qui est ensuite vendue pour 2,4 milliards d’euros à une autre structure luxembourgeoise, Altice Participations SARL, qui appartient à Altice France.
Ces structures offshore sont dites « non restreintes », c’est-à-dire que leurs actifs ne sont plus donnés en garantie des dettes de SFR. Finalement, un accord a été trouvé avec les prêteurs : ils ont accepté de faire une croix sur 8,6 milliards d’euros de dettes, et vont recevoir en échange 45 % du capital de SFR. Cet accord fait l’objet d’un plan de sauvegarde accélérée, qui vient d’être accepté par le tribunal de commerce de Paris.