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Continuer la lectureVente de SFR : les pistes des repreneurs pour convaincre les gendarmes de la concurrence
L’Informé dévoile les premiers gages envisagés par Bouygues, Free et Orange pour faire accepter le passage de quatre à trois opérateurs à l’Autorité de la concurrence ou à Bruxelles.
Un chèque à plus de 20,3 milliards d’euros, le passage de quatre à trois opérateurs télécoms, des milliers d’emplois en jeu… Le rachat de SFR par le consortium Bouygues Telecom, Orange et Free a tout du deal hors norme. Mais pour aboutir, il va devoir obtenir le feu vert des autorités de concurrence....
A priori, la concentration va se traduire par moins d’investissements, moins d’emplois, moins de concurrence, et donc un risque de hausse des prix pour les clients. Conscients de ces handicaps, les repreneurs avancent des arguments industriels dans les documents remis aux élus du personnel auxquels l’Informé a eu accès. D’abord, il s’agit de « renforcer les capacités d’investissement dans la résilience des réseaux très haut débit, la cybersécurité et l’innovation (IA) ». Ensuite, ce deal permettrait de « consolider la maîtrise d’infrastructures stratégiques pour la France (..) et renforcer, sur le territoire national, la maîtrise industrielle, technique et opérationnelle de ces infrastructures essentielles ». Enfin, il s’agirait de « préserver un cadre conciliant pression concurrentielle, qualité de service, capacité d’innovation et financement durable (...) au bénéfice des utilisateurs finaux. » Tous les concepts du moment sont avancés : IA, cybersécurité, investissements ou encore souveraineté technologiques.
Une reprise par des concurrents pose aussi plusieurs problèmes. D’abord, les futurs propriétaires pourraient se mêler des affaires de SFR avant d’avoir reçu le « go » pour le racheter – ce qu’on appelle le « gun jumping ». Patrick Drahi est lui-même coutumier du procédé. En 2016, il avait été condamné à une première amende de 80 millions d’euros pour avoir anticipé l’absorption de Virgin Mobile par SFR. Deux ans plus tard, il a écopé d’une nouvelle douloureuse de 125 millions d’euros pour avoir pris trop vite le contrôle de Portugal Telecom.
Autre risque : les trois acquéreurs pourraient en profiter pour s’entendre sur les prix, la stratégie, etc. Ce ne serait pas une première. En 2005. Orange, SFR et Bouygues avaient été condamnés à une amende record pour entente anticoncurrentielle, comme le rappelle malicieusement Benoît Cœuré dans son interview, ajoutant craindre « une coordination renforcée des comportements des opérateurs ».
Pour répondre à ces inquiétudes, chaque repreneur a créé des « clean teams », des équipes réduites, triées sur le volet, seules à avoir accès aux données sensibles. Ces salariés « exercent des fonctions garantissant leur absence d’implication directe dans les activités opérationnelles et commerciales courantes » et ils « s’engagent individuellement, notamment, à ne pas partager les informations concernées en dehors du cercle », peut-on lire dans les documents. Un procédé déjà utilisé par Orange dans d’autres pays lors de rachats passés afin de donner des gages aux autorités de la concurrence. « Nous l’avons fait en Espagne et en Belgique notamment, nous avons donc de l’expérience en la matière », indique-t-on chez l’opérateur historique.
Une fois le feu vert donné et s’il est donné, Benoît Cœuré s’interroge ensuite sur la façon dont sera gérée la société SFR pendant la période où le trio se partagera sa clientèle jusqu’à son extinction : « Il ne faut pas que cela permette [aux acquéreurs] d’échanger des informations sensibles ou de coordonner leur comportement concurrentiel. »
Le président du futur SFR sera indépendant des acquéreurs
Pour éviter cela, il est prévu de mettre en place une muraille de Chine, comme l’a expliqué le directeur général de Free, Nicolas Thomas, devant le CSE de SFR mercredi 24 juin. Après la reprise de SFR par le trio, la société « ne pourra pas être dirigée par un membre d’Orange, Bouygues Telecom ou Free. Le dirigeant devra être indépendant et sera assisté de trois gestionnaires indépendants », a-t-il précisé. Ce président sera doté « d’une expertise reconnue dans le secteur des télécommunications et dans la gestion de situations de transition ou de carve-out [cession d’une branche d’activité, ndlr] », peut-on lire dans les documents. Investi des pouvoirs les plus étendus, il ne recevra pas « d’instructions des acquéreurs sur les questions opérationnelles » et pilotera « la période de transition, afin d’assurer la gestion courante des activités, de veiller au respect du cadre de gouvernance et des principes de ségrégation des informations et d’organiser le processus de démantèlement et d’extinction des actifs à terme. »
En outre, ce président nommera son équipe de management placée sous son autorité exclusive et indépendante des acquéreurs. Les trois opérateurs siégeront au conseil de surveillance de ce nouveau SFR. Cet organe s’occupera du budget, mais « ne pourra s’immiscer dans les choix stratégiques. »
L’ensemble de ces dispositions doivent permettre de répondre aux premières inquiétudes de l’anti trust. Mais ce dernier pourrait imposer des mesures correctrices pour diminuer l’impact de la réduction de concurrence : Par exemple, il pourrait rééquilibrer le partage de la clientèle prévu pour éviter qu’un opérateur n’ait de trop fortes parts de marché, … En Espagne, Orange, pour pouvoir racheter MasMovil, a dû renforcer un opérateur virtuel, Digi, en lui cédant des fréquences pour qu’il développe son réseau mobile et en lui offrant de l’itinérance pour ses données. En Grande Bretagne, le rapprochement entre Three et Vodafone a pu se faire contre des investissements dans la couverture de la 5G, et la conservation du prix de certains forfaits durant au moins trois ans.
En France, l’étude de ce dossier complexe va prendre de long mois avec de nombreux échanges pour une décision attendue au deuxième trimestre 2027.