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Continuer la lecturePiratage sportif : cuisant échec de Canal+ face à Cloudflare
La chaîne espérait faire condamner le géant américain à une astreinte astronomique. La justice en a décidé, pour l’instant, autrement.
C’est l’un des rares matchs perdus par Canal+ dans son combat contre le piratage des compétitions sportives. Le 17 avril 2026, tout avait pourtant bien commencé, avec des décisions de justice favorables. Saisi par la chaîne, le président du tribunal judiciaire de Paris ordonnait à Cloudflare, un acte...
Pour forcer la main à l’Américain, le diffuseur avait fait chauffer sa calculatrice en sollicitant la bagatelle de 50 000 euros par jour de retard et par site laissé à portée de clic. Avec, selon ses vérifications, 13 plateformes dans ce cas pour les courses de MotoGP et 18 pour les courses de Formule1, c‘est 1,55 million d’euros qu’aurait pu avoir à verser chaque jour Cloudflare. À ce premier montant, devait s’ajouter une autre somme bien plus explosive encore. Canal avait demandé le même régime pour le volet relatif au blocage dynamique (voir encadré). Soit un potentiel de plusieurs centaines d’autres adresses.
Cette menace nucléaire s’est cependant transformée en pétard mouillé. Défendu par Me Marc Schuler, Cloudflare a pu échapper au couperet financier en opposant des contraintes techniques. Il a plaidé n’avoir pu agir que sur son service de Content Delivery Network (CDN, en français, réseau de diffusion des contenus) et non sur son « Domain Name System » (DNS, système de noms de domaine), tout en rappelant disposer d’une large liberté de choix dans ses réponses, pourvu qu’elles contribuent utilement à la lutte anti piratage. Derrière ces anglicismes, on trouve d’une part, un service de location de serveurs répartis au plus près des internautes afin de permettre aux éditeurs d’y copier leurs sites et aux utilisateurs de surfer plus rapidement. Et d’autre part, des annuaires gérés par chaque prestataire faisant la liaison entre un nom de domaine et l’adresse technique (IP) d’un site.Canal en était pourtant convaincu : Cloudflare n’a pas été un si bon élève. Déjà, sur les trois sites effectivement bloqués dans chacune des décisions d’avril, deux étaient à nouveau accessibles une semaine plus tard, en raison d’un changement de CDN et de l’utilisation d’un site miroir (lequel copie tout ou partie d’un site bloqué). Mais un autre chiffre que la chaîne a elle-même fourni au juge s’est retourné contre elle. Selon ses vérifications, le spécialiste de la tech n’aurait, sur l’ensemble des décisions de justice qui le concernaient, procédé au blocage « « e de 72,6 % des noms de domaine » »Or, selon l’avocat de la chaîne payante, Me Richard Willemant, il était tenu à une « « ligation de résultat » »ne laissant aucune marge possible.
Cette grille de lecture n’a pas été partagée par le tribunal judiciaire de Paris qui a rejeté les demandes d’astreintes. Ce 17 septembre, le juge n’a fait peser sur les épaules de l’entreprise américaine qu’une « « ligation de moyens » »Et au-delà des données au cas par cas, les statistiques globales fournies par Canal+ seraient éloquentes et démontreraient de la part de Cloudflare, « « e véritable volonté de contribuer » à la lutte contre ces contrefaçons. Enfin, selon le magistrat, si des sites sont réapparus chez un CDN concurrent ou sous une nouvelle adresse, Cloudflare n’y est pour rien et il revient à la chaîne d’ouvrir une nouvelle procédure ou de contacter l’Arcom.
Contactés, Cloudflare n’a pas répondu à nos demandes et Canal+ n’a pas souhaité commenter ce dossier, susceptible d’appel.
L’industrialisation du blocage dynamique
Dpuis une loi entrée en vigueur en 2022, le Code du sport a aamblé une lacune dans la guerre contre le piratage en ligne. Quand un intermédiaire doit bloquer un nom de domaine sur ordre d’une décision de justice, l’éditeur du site pirate peut resquiller très simplement. Il lui suffit de rebaptiser l’adresse identifiée dans le jugement sous une nouvelle identité. Et cela ne lui prend que quelques instants. Avec cette réforme législative, les chaînes de télévision et les fédérations n’ont plus à relancer toute la procédure judiciaire contre ces réapparitions. Sur toutes les journées des manifestations sportives, elles peuvent signaler l’arrivée de ces sites de contournement à l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) qui, à son tour, peut réclamer du même intermédiaire l’extension des restrictions d’accès.