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Continuer la lecturePatrick Drahi se désengage de sa filiale Altice USA
Le magnat des télécoms a discrètement vendu près de 8 % du câblo-opérateur pour solder un vieil emprunt auprès de Goldman Sachs.
Patrick Drahi poursuit sa grande braderie. Selon nos informations, le milliardaire a discrètement vendu 33,8 millions d’actions Altice USA, soit près de 8 % du capital, pour environ 830 millions de dollars. Il a été obligé de procéder à cette cession, car, en 2015, il avait donné ces titres en garant...
Après cette cession, sa participation dans l’opérateur américain est donc tombée de 48,3 % à 40,4 %. Toutefois, Patrick Drahi a pris soin de créer deux types d’actions chez Altice USA : les actions A avec un seul droit de vote, et les actions B, dotés de 25 droits de vote. En l’occurrence, les titres cédés étaient uniquement de catégorie A. Notre homme a donc gardé la quasi-totalité de ses droits de vote, qui s’élèvent à 94 % des voix. En outre, un pacte d’actionnaires lui accorde le pouvoir de prendre les décisions importantes, comme l’avait expliqué l’Informé.
Le parquet d’actions toujours détenu par Patrick Drahi dans le câblo-opérateur américain ne vaut plus que 400 millions de dollars. L’essentiel de la valeur de l’entreprise réside dans sa dette, qui s’élève à 25 milliards de dollars nets, soit 7,6 fois l’excédent brut d’exploitation. Un fardeau « insoutenable », à en croire Standard & Poor’s, qui lui a attribué une note en catégorie spéculative (junk), CCC +, seulement quatre crans au-dessus du défaut de paiement. En outre, les perspectives sont négatives, ce qui signifie qu’une dégradation est envisagée.
L’agence de notation « ne pense plus qu’Altice USA sera capable de rembourser sa dette à sa valeur faciale », c’est-à-dire la valeur à laquelle l’argent a été emprunté initialement. Elle avance plusieurs explications : la forte concurrence, l’incertitude sur les résultats (le chiffre d’affaires recule), et la hausse des taux d’intérêt (le taux moyen de la dette d’Altice USA est actuellement de 6,8 %). Jusqu’à présent, Patrick Drahi a toujours refinancé ses ardoises en la repoussant plus loin dans le temps grâce à de nouveaux emprunts. Mais désormais Altice USA dispose « d’un accès limité au marché de la dette à un taux abordable », pointe l’agence de notation.
Face à cette situation, Altice USA a annoncé l’an dernier son intention de restructurer sa dette, c’est-à-dire d’en convertir une partie en capital, comme elle vient de le faire pour SFR. Des discussions en ce sens ont été ouvertes avec les créanciers, parmi lesquels Apollo, BlackRock, Oaktree… Mais en avril dernier, Altice USA a annoncé que « ces négociations se sont terminées sans aboutir à un accord », et qu’ « aucune discussion n’était plus en cours ». Selon Bloomberg, certains créanciers ont voulu faire une pause en raison de la volatilité des cours de Bourse générée par les annonces de Donald Trump sur les tarifs douaniers.
Pour S&P, « il est plus que probable qu’Altice USA restructure sa dette, ou qu’à long terme, elle doive faire faillite ». L’agence se demande notamment comment pourra être payée la prochaine grosse échéance de 2027 (7,2 milliards de dollars à rembourser).
Mais ce n’est pas la crise pour tout le monde. Malgré ces difficultés, Patrick Drahi a décidé d’augmenter le PDG de sa filiale américaine Dennis Mathew. Son salaire de base annuel, qui était déjà passé de 1 à 1,25 million de dollars début 2024, est passé à 1,55 million. À cela s’ajoutent deux bonus variables en fonction des résultats. Le premier, de court terme, qui pouvait aller jusqu’à 4 millions de dollars par an en 2022, peut désormais atteindre 6 millions. La valeur cible du second, de long terme, est passée de 5 à 10 millions de dollars.
Contacté, Altice USA n’a pas répondu.
L’aller-retour secret de Patrick Drahi dans Eutelsat
Le 19 juin, Eutelsat a annoncé lever 1,35 milliard d’euros, notamment auprès de l’État français. En Bourse, le cours a bondi de 50 % en deux jours, pour atteindre 3,70 euros. Une nouvelle que n’a sans doute pas apprécié Patrick Drahi, qui s’était auparavant discrètement débarrassé de sa participation dans l’opérateur satellite. Selon une source proche du dossier, le polytechnicien avait ramassé mi-2023 4,9 % du capital, mais sans jamais le rendre public. Rien ne l’obligeait puisqu’il était resté en dessous du seuil de 5 % au-delà duquel une déclaration est exigée. Il a ensuite revendu ces titres avec une plus-value, pour finalement se désengager complètement. Selon un document obtenu par l’Informé, une tranche de 2,6 % a notamment été achetée entre avril et septembre 2023 pour 76,6 millions d’euros, soit 6,2 euros par action. Elle a ensuite été revendue en février 2024 à l’indien Bharti Space Ltd, principal actionnaire d’Eutelsat. Prix de la cession : 82 millions d’euros, soit 6,6 euros par action, c’est-à-dire le double du cours de Bourse de l’époque.
Cette sortie d’Eutelsat met fin à une histoire d’amour déçu entamée il y a quatre ans. À l’époque, Patrick Drahi avait jeté son dévolu sur l’opérateur satellite. Son idée était de le combiner avec les réseaux terrestres qu’il possédait, notamment pour couvrir les zones blanches, à l’instar de ce que propose Orange avec sa filiale Nordnet. Il voulait d’ailleurs effectuer ce rachat via une société luxembourgeoise au nom évocateur : Starfiber. Selon nos informations, il avait rencontré en août 2021 tout le management d’Eutelsat accompagné de ses banquiers habituels (Lazard et BNP). À commencer par le directeur général de l’époque, Rodolphe Belmer, qui lui avait présenté ses perspectives. Puis, en septembre, il avait pris sa plus belle plume et déclaré sa flamme au président du conseil d’administration, Dominique d’Hinnin. Son offre ? 12,10 euros par action, soit 2,8 milliards d’euros. « Le financement nécessaire a été entièrement approuvé et sécurisé par BNP Paribas », indique sa lettre, obtenue par l’Informé. Patrick Drahi écrit qu’il est prêt à s’associer avec l’État français, principal actionnaire d’Eutelsat : « je suis disposé à ce que BPI France m’accompagne dans ce projet en tant qu’actionnaire de référence, et ainsi d’en partager la gouvernance. Mes premières discussions avec les représentants de l’État me confortent dans l’accomplissement de cette approche ». Patrick Drahi livre aussi son diagnostic : « la flexibilité d’Eutelsat est limitée. Alors même qu’Eutelsat souffre du déclin de la vidéo, elle doit investir significativement dans de nouveaux satellites GEO [géostationnaires] et poursuivre son ambition LEO [orbite basse]. L’arrivée des nouvelles flottes LEO sponsorisées par des entrepreneurs de premier plan (et soutenues par leur gouvernement) va mettre une pression considérable sur Eutelsat ». Il propose notamment « des acquisitions d’opérateurs GEO traditionnels » et « des investissements massifs en LEO ». Il esquisse aussi son objectif : « créer un leader mondial des services, en synergies avec les grands industriels français et européens du secteur tels qu’Arianespace, Airbus, l’ESA [Agence spatiale européenne], le CNES, Thales etc. Seule une approche entrepreneuriale avec le soutien de l’État permet de relever le défi ».
Mais cette danse du ventre ne convainc pas. En septembre, Eutelsat publie un communiqué révélant cette offre, et ajoutant qu’elle a été rejetée « à l’unanimité par les organes de gouvernance compétents ». Le natif de Casablanca, refusant l’échec, ne lâche pas l’affaire, et espère à l’époque qu’une offre améliorée lui permettra de conclure. Selon nos informations, il propose alors à deux groupes de faire équipe : CMA CGM et Bharti. Mais aucune de ces pistes n’a abouti. Fin 2022, l’armateur appartenant à la famille Saadé a décidé de racheter en solo 11 % d’Eutelsat pour 232 millions d’euros, soit 9 euros par action. Il a dû ensuite passer une dépréciation suite à la chute du cours.
Les cessions de Patrick Drahi
Il y a deux ans, un séisme ébranlait l’empire Drahi, avec la mise en examen de son numéro deux, Armando Pereira. Immédiatement, le marché de la dette s’est refermé pour le magnat des télécoms. Pour trouver de l’argent, il a donc dû se résoudre à vendre une série de bijoux de famille. Un crève-cœur pour celui qui s’est longtemps vanté de « n’avoir jamais cédé la moindre entreprise ». Revue de détail des cessions effectuées
Novembre 2023 : Altice France annonce la vente de 70 % de ses data centers à Morgan Stanley Infrastructure Partners pour 500 millions d’euros, générant une plus-value comptable de 300 millions d’euros.
Décembre 2023 : Altice USA vend la chaîne Cheddar à Archetype, filiale du fonds Regent LP. Cheddar est revendu à perte par rapport à son prix d’achat (200 millions de dollars).
Février 2024 : Altice France annonce la vente de ses 49 % dans la Poste Telecom à Bouygues Telecom. La cession est finalisée en novembre pour 465,5 millions d’euros.
Mars 2024 : Altice France annonce la vente de ses activités média (BFM et RMC) pour 1,55 milliard d’euros à CMA CGM
Août 2024 : Altice vend 24,5 % de BT à Bharti. Le montant est estimé à 3 milliards de livres (3,5 milliards d’euros) en se basant sur le cours de Bourse.
Août 2024 : Altice International annonce la vente de la régie publicitaire Teads à Outbrain. L’accord initial prévoit un paiement de 750 millions de dollars, plus 40,5 millions d’actions, soit un total d’un milliard de dollars. En février 2025, l’accord est renégocié, et s’élève finalement à 625 millions de dollars, plus 43,75 millions d’actions, soit au total 888 millions de dollars. Teads avait été racheté en 2017 pour 302 millions d’euros. En 2021, Altice avait tenté en vain de l’introduire au Nasdaq sur une valorisation d’au moins 3,5 milliards de dollars.
Août 2024 : le fonds souverain d’Abu Dhabi ADQ annonce devenir actionnaire minoritaire de Sotheby’s via une augmentation de capital. Patrick Drahi annonce aussi remettre au pot parallèlement. L’investissement total annoncé est d’un milliard d’euros. L’opération est finalisée en octobre, où le capital de Sotheby’s est augmenté d’un tiers, et où ADQ a obtenu un tiers des sièges au conseil d’administration.
2025 : selon Calcalist, la banque Rothschild a été engagée pour vendre l’opérateur israélien Hot, espérant une valorisation de 2 milliards d’euros