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Comment trois dirigeants de Altice-SFR se sont partagés 20 millions d’euros

Alors que l’opérateur est toujours en vente, Patrick Drahi a accordé à trois proches collaborateurs un mécanisme financier très lucratif.

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EMMA DA SILVA / AFP

« Je n’aime pas payer des salaires. J’en verse le moins possible. Chez nous, personne ne gagne plus de 200 000 euros par an », fanfaronnait Patrick Drahi, le patron et actionnaire d’Altice il y a dix ans lors d’une conférence organisée par Goldman Sachs. Ce qui vaut pour les salaires, vaut moins pour...

Après les avoir acquises, les heureux élus ont revendus leurs actions en quasi-totalité pour un total de 30 millions d’euros, réalisant donc un profit de 20 millions. La revente s’est étalée entre 2023 et 2025, juste avant que SFR ne se place en procédure de sauvegarde pour réduire sa lourde dette. Toutefois, ce n’est pas SFR qui leur a fait le chèque, mais Altice Luxembourg, une holding luxembourgeoise de Patrick Drahi. Le principal bénéficiaire a été Arthur Dreyfuss, qui avait dépensé en 2022, via sa holding personnelle, 5,7 millions d’euros pour acquérir 0,3 % d’Altice France Holding (sur les 0,5 % proposés au trio). Son gain peut être estimé entre 12 et 14 millions d’euros après remboursement de son investissement. Quant à Laurent Halimi et Benjamin Haziza, ils se seraient partagés entre 2 et 4 millions d’euros chacun.

Deux éléments du montage l’ont rendu encore plus favorable. D’abord, les trois hommes n’ont pas eu d’argent à sortir. En effet, Patrick Drahi leur a avancé de quoi financer leur investissement, avec des taux annuels de seulement 0,6 %, à rembourser entre 2025 et 2029. Là encore, ce faible taux a été officiellement déterminé par un expert indépendant. Ensuite, le magnat des télécoms avait consenti à ses cadres des promesses d’achat et de vente réciproques de ces titres, exerçables début 2025. Cette revente se faisait à la valeur de marché d’Altice France Holding, à déterminer lors de la sortie. En théorie, elle pouvait donc aboutir à un gain ou une moins value. Mais, comme on l’a vu, le prix d’achat des actions trois ans plus tôt ayant été fixé à un montant très bas, les trois managers ont pu réaliser cette jolie culbute.

Un comex bien doté

Ces gros chèques sont venus s’ajouter à des salaires déjà généreux. Si la rémunération individuelle des dirigeants de SFR est un secret bien gardé, en revanche on peut déterminer l’enveloppe globale allouée au comité exécutif. L’an dernier, elle a atteint 12,2 millions d’euros, dopée par divers plans d’intéressements et bonus du top management. Le comex comprenant 12 membres, cela correspond donc à plus d’un million d’euros par personne. Mais c’est une moyenne : Mathieu Cocq, PDG de SFR, et Arthur Dreyfuss, PDG d’Altice France, sont bien au-dessus de ce montant. À titre de comparaison, les 13 membres du comex d’Orange ont empoché l’an dernier 13,5 millions d’euros. Un montant proche, sauf que l’opérateur historique affiche un chiffre d’affaires quatre fois plus élevé [*]. Même si les rémunérations y sont encadrées avec la présence de l’État comme 1er actionnaire du groupe.

Un autre proche de Patrick Drahi est aussi bien traité : Malo Corbin. En échange de ses services, SFR verse 3 millions d’euros par an à sa société suisse Pollux Advisors qui emploie trois salariés. Cet ancien de la banque Lazard est devenu depuis 2018 le directeur financier du groupe Altice, qui comprend SFR en France et des opérateurs au Portugal, Israël et la République dominicaine.

Pour être complet, il faut encore ajouter 1,3 million d’euros versés l’an dernier par SFR au groupe Altice pour rémunérer une petite équipe (moins de dix personnes) basés au siège à Genève. Toutefois, ces managements fees ont été divisés par deux par rapport à 2023.

Jusqu’en 2018, Arthur Dreyfuss, qui était alors directeur de la communication du groupe Altice, était d’ailleurs payé uniquement par une structure suisse baptisée Altice Management International, et était résident helvète. Depuis 2019, devenu résident fiscal français, il est rémunéré par Altice France.

Et ce n’est pas tout. Patrick Drahi vient de mettre en place un nouveau plan d’intéressement pour ses protégés. L’accord conclu en février avec les créanciers prévoit de leur attribuer jusqu’à 1,5 % du capital d’Altice France Lux 3 (Luxco 3), la nouvelle holding détenant SFR, comme l’a révélé la Tribune. Si l’on reprend la valorisation de SFR faite par Orange, Bouygues et Free, ce paquet d’actions pourrait valoir 75 millions d’euros. En pratique, le haut management de SFR recevra jusqu’à 0,34 % de Luxco 3 (soit 17 millions d’euros), les deux administrateurs indépendants (Pierre-André de Chalendar et Nick Read) jusqu’à 0,16 %, et le solde sera réparti entre les managers et employés d’Altice France chargé des fusions & acquisitions, de la finance, de la fiscalité, et du juridique. L’accord précise que Patrick Drahi ne pourra bénéficier de ce mécanisme. « Ce nouveau plan est soumis à conditions et son octroi n’est pas garanti », assure une source proche des prêteurs.

Contactés, Arthur Dreyfuss, Laurent Halimi et Benjamin Haziza n’ont pas souhaité faire de commentaires. Ils affirment que ces informations proviennent des DrahiLeaks, une fuite de données remontant à 2022. Ils rappellent qu’il s’agissait « d’un piratage de données privées avec demande de rançon effectué par un groupe russe criminel, sans préjuger de la véracité de ces données ».

[*] Ce montant ne tient pas compte de la rémunération du comex d’Orange France