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Tech - Télécom

SFR : Patrick Drahi solde les multiples contentieux avant la cession

L’opérateur au carré rouge a fait la paix avec trois fournisseurs qui l’attaquaient en justice pour avoir été révoqués du jour au lendemain en 2023 en raison de leur implication dans le scandale Pereira.

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Domine Jerome /ABACA

Chez SFR, il est temps de sortir les cadavres du placard. Les comptes de l’opérateur sont actuellement passés au crible par Orange, Bouygues et Free, dans la perspective d’un rachat. Ils s’intéressent en particulier aux différents passifs « cachés » de l’opérateur au carré rouge (cf. encadré ci-desso...

Aciernet est un revendeur et installateur de produits télécoms, notamment ceux de Cisco. Sous l’égide d’Armando Pereira, le groupe Altice avait décidé d’acheter ces équipements non pas directement auprès du constructeur américain, mais en passant par plusieurs intermédiaires, qui prélevaient leur commission au passage. En pratique, les commandes transitaient donc par Aciernet, qui reversait une partie de ses gains à plusieurs sociétés détenues par Hernani vaz Antunes, un ami proche d’Armando Pereira.

Les montants étaient conséquents. En France, les commandes de SFR à Aciernet se sont ainsi élevées à 36 millions d’euros en 2022. Au Portugal, Aciernet a reversé 166 millions d’euros en cinq ans (2017-22) à trois sociétés d’Hernani Vaz Antunes (VintagePanoplia, Edge Technology et Shar). À cela s’ajoutent les commandes d’Altice USA, qui s’approvisionnait auprès de la succursale new-yorkaise de l’installateur, mais leur montant est inconnu.

Dans leur rapport obtenu par l’Informé, les limiers portugais résumaient ainsi le montage : « Hernani Vaz Antunes, en collaboration avec Armando Pereira, a fait en sorte que [sa société] Shar SA passe de prétendus contrats de développement de produits fournis par Cisco à Altice, en prenant une entité représentant Cisco, en l’occurrence Aciernet. [...] Il est allégué qu’Hernani Vaz Antunes a réussi à faire en sorte que d’autres sociétés contrôlées par lui, telles que VintagePanoplia et Edge Technology, soient également bénéficiaires de paiements de la part d’Aciernet, sur la base d’un prétendu contrat de gestion et de supervision des activités réalisées par Aciernet. »

Mais qui se cachait derrière Aciernet ? À l’origine, le revendeur était détenu par son patron fondateur, Franck Vergriete. Fort de ses bons résultats, il a tenté de vendre sa société à Vinci, en vain, puis à Econocom, le géant français des services numériques. Ce dernier l’a racheté en deux étapes : 51 % en 2017 pour 18,8 millions d’euros puis le solde en 2019 pour 18 millions d’euros supplémentaires. La société de services informatiques a ensuite fusionné Aciernet avec une de ses filiales, Exaprobe, a placé à la tête du nouvel ensemble Franck Vergriete et lui a vendu 20 % du capital.

Ce schéma a duré jusqu’en 2022, date à laquelle Hernani Vaz Antunes a mis en place un nouveau circuit, « en raison des changements intervenus chez Cisco et Aciernet, et des exigences des autorités américaines », indiquent le rapport des enquêteurs. En pratique, Econocom a vendu le fonds de commerce constitué par les commandes d’Altice pour 3,3 millions d’euros à une nouvelle filiale, baptisée Aciernet France. Cette dernière a ensuite été rachetée pour une vingtaine de millions d’euros par deux autres sociétés d’Hernani vaz Antunes, VAH Holding et Bluecrow, aux côtés de Franck Vergriete, qui conservait toujours 20 % du capital.

Lorsqu’en juillet 2023, le scandale a éclaté, SFR a répudié Aciernet France, qui s’est placée en liquidation amiable un an plus tard, puis a décidé d’aller réclamer son dû à l’opérateur au carré rouge. Parallèlement, Econocom a lancé une enquête interne sur ce qui s’était passé. Le groupe créé et dirigé par Jean-Louis Bouchard indique à l’Informé que ces investigations ont conclu à « des manquements caractérisés gravement préjudiciables » pour l’entreprise de services du numérique, et « personnellement imputables » à Franck Vergriete. La société de services informatiques a attaqué en justice Franck Vergriete et l’a révoqué de son mandat de président d’Exaprobe. Toutefois, cette filiale d’Econocom reste toujours détenue à 20 % par le banni. Elle emploie 225 salariés et a réalisé 142 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024.

Contactés, SFR et les avocats d’Aciernet France Karine Fitau et Claire Bassalert n’ont pas répondu.

Le chômage partiel du Covid pourrait coûter cher

Officiellement, la dette de SFR s’élève à 16 milliards d’euros. Mais ce chiffre ne comprend pas toute une série de passifs. Vendredi, le Financial Times a révélé qu’il fallait aussi tenir compte de 772 millions d’euros de titrisation [*]. Pour être complète, l’addition doit aussi inclure 1,1 milliard d’euros de redressements fiscaux notifiés suite à différents tours de passe-passe passe avec la TVA notamment. Enfin, il y a une série de litiges, déjà provisionnés à hauteur de 196 millions d’euros.

En particulier, l’opérateur pourrait écoper d’un redressement Urssaf suite au recours massif à l’activité partielle durant le covid. En effet, lors de la pandémie, SFR a appliqué ce dispositif durant deux mois (mi-mars à mi-mai 2020) à 4 200 salariés, dont environ 2 700 dans les boutiques. La CFDT avait fustigé cette mesure, constatant que « les clients en parc ne résilient pas soudainement leurs abonnements. Au contraire, la période montre que les connexions explosent ». Cet « abus » avait été jugé « honteux » par les représentants du personnel, qui avaient dénoncé « un mépris de la solidarité nationale, une absence d’esprit patriotique, une maximisation de l’effet d’aubaine sur le dos de la collectivité nationale [...] dans l’unique but d’améliorer l’EBITDA si chère à nos dirigeants », qui « portent eux-mêmes le discrédit sur notre entreprise ». Le projet initial de l’opérateur portait même sur près de 5 000 salariés, mais il avait dû le réduire de 416 postes suite à l’opposition du ministère du travail. « Même l’État a été dans l’obligation de demander à SFR de limiter son effet d’aubaine et de réduire le nombre de salariés placés en chômage partiel sans motif légitime. C’est uniquement cet appel à un minimum de décence qui a conduit l’entreprise à revenir sur le premier projet », pointait une résolution des syndicats.

Ces derniers ont commandé une expertise au cabinet Sextant, qui a estimé qu’une mise en chômage partiel de 2000 salariés permettait d’économiser environ 10 millions d’euros par mois. Le dispositif aurait donc permis à la filiale d’Altice d’économiser près de 40 millions au total. Dans ses comptes, l’opérateur indique avoir empoché 16 millions d’euros de subvention salariale grâce au dispositif. Suite à cela, l’Urssaf a lancé un contrôle qui pourrait aboutir à un redressement de plusieurs dizaines de milliers d’euros, un montant qui reste toutefois faible par rapport au passif total du groupe. 

[*] La titrisation permet à une société d’obtenir un financement en cédant des actifs (des créances, des immeubles…) à un tiers (souvent une institution financière)