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SFR : le fisc français met aussi son nez dans l’affaire Pereira

Bercy a notifié un redressement de 10,4 millions d’euros à une filiale d’Econocom impliquée dans le scandale, jugeant que les prestations facturées à l’opérateur télécoms étaient en partie fictives.

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ERIC PIERMONT / AFP

Il y a près de trois ans, éclatait dans le groupe Altice un vaste scandale impliquant le n °2 de l’opérateur télécoms, Armando Pereira. Le bras droit de Patrick Drahi était mis en examen pour « blanchiment et corruption » par la justice portugaise. Celle-ci accuse l’ancien directeur opérationnel d’av...

L’affaire porte sur l’achat de matériels Cisco par Altice. Sous l’égide d’Armando Pereira, l’opérateur télécoms avait décidé d’acheter ces équipements non pas directement auprès du constructeur américain, mais en passant par l’intermédiaire de la société française Aciernet. Cet installateur prélevait sa commission, et en reversait une partie à plusieurs sociétés détenues par Hernani vaz Antunes, un ami proche d’Armando Pereira, à en croire les enquêteurs portugais.

À l’origine, Aciernet était détenu par son patron fondateur, Franck Vergriete. Entre 2018 et 2019, il a revendu sa société à Econocom, le géant français des services numériques pour 36,8 millions d’euros. La société de services informatiques a ensuite fusionné Aciernet avec une de ses filiales, Exaprobe, a placé à la tête du nouvel ensemble Franck Vergriete et lui a revendu 20 % du capital.

Les montants en jeu sont conséquents. Rien qu’en France et en 2022, les commandes de SFR à Exaprobe/Aciernet se sont ainsi élevées à 36 millions d’euros. Au Portugal, Aciernet a reversé 166 millions d’euros en cinq ans (2017-22) à trois sociétés d’Hernani Vaz Antunes (VintagePanoplia, Edge Technology et Shar), selon le rapport d’enquête portugais. À cela s’ajoutent les commandes d’Altice USA, qui s’approvisionnait auprès de la succursale new-yorkaise de l’installateur, mais leur montant est inconnu.

Dans leur rapport obtenu par l’Informé, les limiers portugais résumaient ainsi le montage : « Hernani Vaz Antunes, en collaboration avec Armando Pereira, a fait en sorte que [sa société] Shar SA passe de prétendus contrats de développement de produits fournis par Cisco à Altice, en prenant une entité représentant Cisco, en l’occurrence Aciernet. […] Il est allégué qu’Hernani Vaz Antunes a réussi à faire en sorte que d’autres sociétés contrôlées par lui, telles que VintagePanoplia et Edge Technology, soient également bénéficiaires de paiements de la part d’Aciernet, sur la base d’un prétendu contrat de gestion et de supervision des activités réalisées par Aciernet. »

Il y a deux ans, un article de l’Informé révélait ce volet de l’affaire. Les limiers de Bercy ont donc lancé un contrôle portant sur les années 2021 à 2023, aboutissant au redressement de 10,4 millions. « Aucun document justifiant de la réalité des prestations fournies, de leur caractère normal et mesuré n’a pu être communiqué », pointent-ils. Selon eux, la relation avec le groupe Altice « était le domaine réservé de Franck Vergriete, président de Exaprobe, et aucun salarié dans le secteur commercial ou opérationnel n’avait de lien avec ces sous-traitants ».

Furieux de se retrouver mêlé au scandale, le groupe Econocom s’est retourné contre Franck Vergriete. D’abord, elle l’a révoqué de la présidence d’Exaprobe. Ensuite, elle a porté plainte au pénal contre lui pour « complicité d’escroquerie ». Puis, elle l’a attaqué devant le tribunal de commerce, lui réclamant 12,5 millions d’euros, notamment pour payer le redressement notifié par Bercy. Enfin, elle a obtenu une ordonnance de saisie de ses biens, notamment ses comptes bancaires et ses participations dans quatre sociétés, dont l’une détient une série de biens immobiliers.

Franck Vergriete a contesté en justice cette dernière décision, arguant notamment que le redressement fiscal était lui-même contesté par Econocom. En face, la société informatique de Jean-Louis Bouchard a répliqué que son ancien salarié avait commis « des fautes de gestion d’une gravité exceptionnelle ». Elle affirme que le dirigeant banni a « validé et payé des factures émises par des sociétés portugaises impliquées dans l’affaire Altice, pour des prestations dont la réalité n’a jamais pu être démontrée », Elle ajoute avoir commandé un audit à un expert, qui « a permis d’établir que M. Vergriete a sciemment impliqué Exaprobe dans un schéma frauduleux, consistant à adresser aux sociétés du groupe Altice des factures ne mentionnant que la vente de matériels Cisco, alors que le prix global facturé incluait également, sans que cela ne soit précisé, le coût de prestations de services dont la réalité n’a jamais été démontrée ». Mais le juge de l’exécution du tribunal judiciaire vint de confirmer la saisie des biens de Franck Vergriete.

À noter qu’Exaprobe est sorti du schéma mis en place en 2022, en revendant le fonds de commerce constitué par les commandes d’Altice pour 3,3 millions d’euros. Toutefois, cette filiale d’Econocom reste toujours détenue à 20 % par Franck Vergriete. Elle emploie 225 salariés et a réalisé 142 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024.

Contacté, Econocom n’a pas souhaité faire de commentaires, tandis que l’avocat de Franck Vergriete Guilhem Affre n’a jamais répondu.