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Continuer la lectureFootball : un agent portugais réclame 70 millions d’euros à Patrick Drahi
Bruno Macedo, intermédiaire qui avait permis à la filiale portugaise d’Altice de décrocher les droits TV du FC Porto, exige aujourd’hui le règlement de commissions impayées à l’opérateur télécoms.
Patrick Drahi n’en a toujours pas fini avec l’affaire Armando Pereira. La justice helvétique vient de mettre sous séquestre les biens détenus par le patron d’Altice en Suisse en garantie du 1,3 milliard d’euros réclamé par son ancien bras droit. Et ce n’est pas là son seul problème. À 1 500 kilomètres de là, à Braga, au nord du Portugal, un autre protagoniste, indirect, du scandale lui demande aussi des comptes. Selon nos informations, Bruno Macedo, un avocat devenu agent de joueurs de football, a lancé une procédure devant le tribunal de commerce local contre quatre sociétés appartenant au magnat des télécoms (Altice Luxembourg, Altice France Holding, Altice France, SportsCoTV). Il leur réclame 70 millions d’euros : 10 millions dus au titre de contrats de fourniture de services, plus 60 millions de dommages, notamment réputationnels.
L’origine de remonte à 2015. Alors que Patrick Drahi vient de racheter l’opérateur historique Portugal Télécom, il acquiert alors les droits TV de sept clubs de foot pour 620 millions d’euros, essentiellement ceux du FC Porto sur dix saisons (457,5 millions). Au Portugal, à la différence de la plupart des autres pays d’Europe, les droits télé ne sont pas centralisés. Un deal record négocié pour lui par deux intermédiaires : Bruno Macedo et Hernani vaz Antunes, un vieil ami d’Armando Pereira, alors président de Portugal Telecom.
Malheureusement pour l’agent sportif, la justice portugaise s’intéresse de près à son lucratif business. Notamment à sa société BM Consulting immatriculée dans sa ville de naissance, Braga, capable de dégager 3,2 millions d’euros de bénéfices sur 18 millions d’euros de chiffre d’affaires entre 2016 et 2019. Les enquêteurs constatent que les plantureux profits proviennent principalement de deux clients : le FC Porto et le Benfica de Lisbonne, sur lequel ils se concentrent d’abord. Cette première investigation, baptisée Cartão vermelho (carton rouge), débouche en 2021 sur l’arrestation du président du Benfica, Luis Filipe Vieira, accusé d’« abus de confiance, escroquerie aggravée, falsification, fraude fiscale et blanchiment ». Il est soupçonné d’avoir détourné des millions d’euros du club, à l’occasion de transferts de joueurs. L’argent passait par Bruno Macedo (notamment sa société Master International FZE immatriculée aux Émirats arabes unis), puis était reversé à Luis Filipe Vieira. Ce dernier doit alors quitter la direction du club.
Les enquêteurs s’intéressent ensuite aux droits TV du FC Porto. Ils découvrent un accord prévoyant qu’Altice Picture (holding luxembourgeoise de Patrick Drahi) verse 20 millions d’euros de commission à BM Consulting, la société de Bruno Macedo, officiellement pour rémunérer son « assistance dans la prise de contact et la négociation » du contrat avec les clubs. La chronologie étonne la justice : Altice a d’abord signé le 27 décembre 2015 avec le FC Porto, puis un mois et demi plus tard, le 10 février 2016, avec Bruno Macedo. « D’une simple analyse chronologique, il ressort que le contrat entre Bruno Macedo et Altice semble avoir été conclu alors que les négociations [avec le FC Porto] étaient déjà terminées », écrivent les limiers…
Ils suivent ensuite la trace de ces 20 millions. Ils découvrent que 5 millions d’euros ont été reversés à Jana General Trading LLC, holding d’Hernani vaz Antunes immatriculée à Dubaï. Le rapport d’enquête de l’affaire Pereira cite « un prétendu contrat de prestation de services par lequel BM Consulting s’engage à payer à Jana General Trading un montant de 5 millions d’euros contre la prestation de services allégués par Hernani vaz Antunes d’aide dans le cadre des contacts et négociations avec Altice ». Les enquêteurs soupçonnent Hernani vaz Antunes d’avoir « partagé le gain » avec Armando Pereira. Ils se mettent alors à surveiller le numéro deux d’Altice et Hernâni vaz Antunes, avec filatures, écoutes téléphoniques, etc. Ce qui conduira à leur spectaculaire arrestation et mise en examen mi-2023.
Parallèlement, Bruno Macedo a donné 10 millions d’euros (soit la moitié de sa commission de 20 millions d’euros) à un autre agent, Pedro Pinho, via sa société Pesarp, qui aurait ensuite versé une rétrocommission de 2,5 millions d’euros au fils du président du FC Porto, Jorge Nuno Pinto da Costa.
Selon l’hebdomadaire Sabado, Altice aurait suspendu les paiements à Bruno Macedo en mars 2020, ce qui pourrait être à l’origine de la procédure engagée par l’ancien avocat. Altice Picture a été absorbée depuis par la société française SportsCoTv, filiale d’Altice France, qui se retrouve donc impliquée dans la procédure.
Contactés, ni Altice, ni l’avocat d’Armando Pereira Jean Tamalet n’ont répondu.