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Grande conso

Quitoque, Dejbox… les start-up de Carrefour affichent encore des millions de pertes

Placé au cœur de la stratégie du distributeur, le développement numérique promu par le PDG Alexandre Bompard est pour l’instant surtout un foyer de coûts.

Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour
Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour BERTRAND GUAY / AFP

Carrefour gagnera-t-il un jour de l’argent avec ses start-up ? Vendues aux marchés comme de petites pépites, les multiples acquisitions numériques menées sous l’impulsion d’Alexandre Bompard tardent à s’approcher de l’équilibre. C’est ce qui ressort des  données exclusives dont l’Informé a pu prendre connaissance. Un constat d’autant plus gênant que le distributeur avait affiché de très grandes ambitions il y a un an. Soucieux de devenir une « digital retail company », il avait promis que le e-commerce générerait 200 millions d’euros de résultat opérationnel courant additionnel en 2026 par rapport à 2021. On en est encore loin.

Prenons Quitoque par exemple. Le chiffre d’affaires de cette entreprise de livraison à domicile de kits de repas est passé de 17,7 millions d’euros depuis son acquisition par Carrefour en 2018 à plus de 42 millions en 2021. Mais les pertes se sont maintenues, passant dans le même intervalle de 6,4 à près de 9 millions. Le schéma est similaire pour Potager City, acquis en 2020. Ce service de livraison de paniers de fruits et légumes frais par abonnement en ligne voit ses ventes augmenter année après année. Elles ont grimpé de 8 à 18 millions entre 2018 et 2021. Mais les pertes nettes s’aggravent tout autant : elles sont passées de 2,1 millions à 3,4 millions durant le même laps de temps.

La clientèle professionnelle ne réussit pas beaucoup plus à Carrefour. En 2020, ce dernier avait pris 60% de Dejbox, une start-up de livraison de repas en entreprises (rebaptisée Refectory), avant de monter à 87% il y a peu. De 9,5 millions d’euros en 2018, les ventes ont atteint près de 30 millions d’euros l’an dernier. Mais les pertes atteignent encore près de 8 millions d’euros. Questionné par l’Informé sur cet écosystème, le distributeur nous a indiqué qu’elles étaient complètement intégrées à sa stratégie numérique : « elles répondent aux nouveaux besoins des clients, et cela nous permet d’explorer des verticales prometteuses »

En cumul, les pépites numériques acquises ces dernières années représentent un chiffre d’affaires non négligeable, autour de 200 millions d’euros. Mais elles affichent plus de 30 millions d’euros de pertes. Certes, peu de start-up sont rentables à leurs débuts. Mais Alexandre Bompard aura-t-il la patience d’attendre qu’elles basculent dans le vert ? Carrefour indiquait cet été, lors des résultats semestriels, que la bonne dynamique commerciale était « couplée à une stricte maîtrise des coûts ». Le travail est donc toujours en cours, tout comme la recherche d’une taille critique. En réponse à nos interrogations sur les déficits récurrents rencontrés dans cette activité, Carrefour précise « savoir améliorer la rentabilité de ses activités e-commerce. Toutes nos activités y contribuent, les start-up aussi. Nous bénéficions de leurs apprentissages, et à l’inverse nous les accompagnons notamment pour mieux piloter leur modèle, leurs coûts ou leurs projets ». Certaines opérations ont aussi connu une évolution surprise. L’entrée au capital de Carrefour dans le quick commerçant français Cajoo fin 2021 s’est finalement transformée en participation dans l’allemand Flink en mai, lorsque celui ci a racheté Cajoo. Ce qui s’avérera peut-être positif, compte tenu de la rationalisation de ce secteur dans lequel seule une poignée d’acteurs - les plus gros - devrait se maintenir en vie.

A la décharge d’Alexandre Bompard, peu de distributeurs ont trouvé la formule magique en matière de développement numérique. Et son prédécesseur de 2012 à 2017 Georges Plassat ne semble avoir guère eu plus de flair. Le site de vente en ligne de bouteilles grandsvins-prives.com, acheté en 2015, a définitivement baissé son rideau virtuel en septembre 2019, et a été fondu dans l’activité générale du groupe. Croquetteland.com, qui comme son nom l’indique permet d’acheter en ligne de l’alimentation pour ses animaux de compagnie, est placé sur un créneau porteur mais n’est pas à l’équilibre pour autant. Le chiffre d’affaires de l’entreprise, acquise en 2016, est passé de 10 à un peu plus de 20 millions d’euros en cinq ans, mais ses pertes annuelles tournent autour de 2 millions d’euros. Enfin Greenweez, acheté en 2016, est en vente, au moins partielle, comme nous l’avons révélé. Malgré des revenus en constante hausse, ce site de e-commerce bio a encore perdu 10 millions d’euros en 2021 en France (ou il réalise un chiffre d’affaires de 60 millions d’euros). Le déficit atteint 1 million d’euros en Espagne et en Italie.

L’apprentissage du e-commerce coûte décidément bien cher à Carrefour. Les annonces d’Alexandre Bompard sur ce sujet seront scrutées de près le 8 novembre prochain à l’occasion de la présentation du plan stratégique « Carrefour 2026 ».