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Continuer la lectureAqualande, Delpierre… Labeyrie s’apprête à céder plusieurs activités
Très endetté, le groupe finalise la vente de ses parts dans l’éleveur-transformateur de truites et envisage même d’abandonner sa fameuse marque de produits de la mer.
Chez Labeyrie Fine Foods, l’heure est plus au régime qu’au festin. Après avoir gonflé à coup de rachats, le spécialiste de l’apéritif et des produits festifs - notamment réputé pour sa marque éponyme de saumon ou foie gras - fait machine arrière. Selon nos informations, le groupe dirigé par Jacques Trottier est en train de céder ses parts dans Aqualande, leader européen de l’aquaculture de la truite (170 millions de chiffre d’affaires). Le repreneur est l’autre actionnaire de cette entité, la coopérative des Aquaculteurs Landais, qui en assumera seule le contrôle. Un accord a été signé en août entre les deux parties, et le deal sera finalisé prochainement.
Une autre cession pourrait suivre dans un avenir relativement proche. D’après plusieurs sources, Labeyrie envisage sérieusement de revendre son pôle Océan, qui rassemble la marque de produits de la mer Delpierre (saumons, harengs, crevettes…) et diverses activités « marées » (références vendues dans les rayons traiteur et poissonnerie de la grande distribution). La banque d’affaires Oddo BHF Corporate Finance l’accompagne dans l’opération, a appris l’Informé. Ce périmètre en passe d’être cédé est l’une des trois principales divisions autour desquelles le groupe vient tout juste de se réorganiser. Une deuxième « business unit », baptisée Premium, réunit les activités saumons fumés et foies gras, avec les marques Labeyrie et Alain François. La troisième, Trendy, concentre les produits dits « végétaux », avec les marques Blini, Atelier Blini et Père Olive. Le Royaume-Uni, qui pèse un quart des ventes, est à l’écart de cette réorganisation et conserve une entité à part entière.
Labeyrie Fine Foods, co-contrôlée depuis 2014 par le fonds PAI Partners et la coopérative agricole Lur Berri, fait face à un marché difficile. Entre la hausse des prix des matières premières et le changement d’habitudes des consommateurs, les produits de la mer ont moins le vent en poupe. Et la concurrence est rude. En octobre, le groupe a d’ailleurs annoncé son intention de fermer son usine de sushis de Boulogne sur Mer, faute d’activité suffisante face aux corners sushis développés en grande distribution. Labeyrie est en parallèle confronté à la grippe aviaire sur son activité foie gras.
Rentabilité en chute, poids de la dette en hausse
Le groupe doit aussi composer avec une dette importante s’articulant autour d’un emprunt à échéance 2026 (un « term-loan B ») de 455 millions d’euros. En juin dernier, Moody’s avait livré un diagnostic sévère en dégradant encore d’un cran (à CAA1) la notation financière de l’industriel. L’agence pointait une rentabilité en chute libre et de faibles flux de trésorerie. Avec la flambée des coûts (et malgré la hausse de ses prix aux consommateurs), l’Ebitda est passé des 65 millions d’euros de l’exercice 2022 (clôturé en juin) à 41 millions fin mars 2023 sur douze mois glissants - le chiffre d’affaires étant resté proche du milliard d’euros. Selon Moody’s, la dette devait rester à plus de 10 fois l’Ebitda jusqu’à la fin de l’année fiscale 2024, avec peu de perspectives d’amélioration. Pour ses besoins de liquidités, Labeyrie peut puiser dans une facilité de crédit renouvelable (revolving credit facility, RCF) de 65 millions accordée précédemment. Mais si cette ligne est tirée à plus de 40 %, elle déclencherait ce que l’on appelle un test de covenant, en vertu duquel la dette senior nette du groupe doit rester inférieure à 8 fois l’Ebitda. Au-delà, la règle est en principe un remboursement anticipé de la dette… « Moody’s estime que la flexibilité reste modeste, dans la mesure où la société ne sera pas en mesure d’utiliser pleinement son RCF au cours des prochains trimestres car elle pourrait ne pas respecter ce covenant », expliquait l’agence dans son rapport de notation. Des cessions d’actifs pourraient donc aider à résoudre l’équation.
Contactée, l’entreprise n’a pas souhaité faire de commentaires