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Grande conso

En Russie, Auchan voit la valeur de sa filiale fondre

Le groupe lié à la famille Mulliez a choisi de rester dans le pays malgré la guerre avec l’Ukraine. Mais le Covid puis le conflit ont contraint le distributeur à fortement déprécier la valeur de son activité locale.

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Morgan Leclerc

Il n’est pas si lointain le temps où 10 hypermarchés russes figuraient dans le top 15 mondial des magasins Auchan au plus gros chiffre d’affaires. Mais cette domination appartient au passé. Et depuis la crise née du Covid, qui s’est poursuivie avec l’entrée en guerre de la Russie contre l’Ukraine, Au...

Selon nos informations, un premier coup de semonce avait eu lieu en 2020, sur fond de pandémie et de conditions de marchés difficiles. Pour tenir compte de ce contexte, une dépréciation XXL de 559 millions d’euros avait été opérée. La valeur nette des activités russes dans les comptes d’Auchan avait été ramenée de 711 à 152 millions d’euros. Suite à diverses opérations de recapitalisation, ce montant était remonté à 353 millions en 2021. Une embellie de courte durée. Le déclenchement du conflit avec l’Ukraine en 2022 a entraîné un ralentissement de la fréquentation des magasins, notamment dans les grands centres commerciaux : le créneau justement occupé par Auchan. La valeur de sa filiale, dont la valeur comptable est réévaluée tous les ans, a alors de nouveau fondu. Après une dépréciation de 65 millions d’euros en 2023, un nouveau coup de rabot - cette fois de 109 millions - a été opéré en 2024. De quoi établir la valeur nette de l’ensemble à 179 millions d’euros.

Un niveau assez faible qui reflète les difficultés et les spécificités de ce marché. Cet effondrement pourrait-il pousser Auchan à chercher un repreneur ? En janvier, la Lettre indiquait d’ailleurs qu’après avoir négocié un temps la cession de sa filiale russe à Gazprombank, le distributeur nordiste y avait finalement renoncé peu après Noël 2024. Auchan avait alors immédiatement répondu par voie de presse que « ces derniers temps, les rumeurs sur la vente d’Auchan Russie et le retrait de notre société du marché russe se multiplient. Nous les avons démenties à plusieurs reprises ».

La valorisation de la filiale russe d’Auchan tient aussi à l’évolution des perspectives et du chiffre d’affaires. En la matière, les effets de change et l’instabilité du rouble ne facilitent pas les comparaisons. En 2024, celui-ci a atteint 2,226 milliards d’euros, contre 2,438 milliards en 2023 et 3,174 milliards d’euros en 2022.

Elo, la holding du distributeur, tempérait ce constat en expliquant, lors de la présentation des résultats 2024, que malgré la baisse des volumes vendus en Russie, « les revenus à comparable* de l’enseigne sont en légère croissance, bénéficiant d’une inflation toujours élevée ». La zone (qui compte 230 magasins en Russie et une quarantaine en Ukraine) serait aussi toujours rentable au niveau de l’exploitation, avec un Ebitda de 113 millions d’euros (contre 164 millions en 2023). « Ce n’est plus une machine à cash comme autrefois », concède toutefois un proche du dossier. Ajoutant ironiquement que cela importait peu puisque les remontées de dividendes n’étaient plus autorisées en vertu du régime de sanctions et de l’encadrement des sociétés étrangères présentes dans le pays dirigé par Vladimir Poutine. Une embûche de plus dans la région : selon nos informations, Elo a dû faire face à des retards dans le paiement des dernières tranches de l’opération de cession de ses activités immobilières (19 galeries commerciales) à un acteur local, vraisemblablement la société Trade Galleries selon le média russe RBC.

Malgré les polémiques, le distributeur nordiste - qui n’a pas répondu à nos sollicitations - assume ouvertement de maintenir son implantation locale pour « permettre de nourrir la population ». Une position qui tranche avec les contorsions de Leroy Merlin qui a orchestré une vraie fausse retraite de Russie. Fin 2023, l’enseigne de bricolage, qui appartient aussi à l’association familiale Mulliez, avait très officiellement cédé le contrôle opérationnel de sa branche russe et de ses 40 000 employés à un management local… semblant prendre le large. Les structures capitalistiques de l’entreprise avaient été modifiées, tout comme le nom de l’enseigne : des opérations purement cosmétiques, car comme l’Informé l’avait déjà rappelé, le capital de la filiale est, in fine, resté entre les mains d’Adeo, sa maison mère française, via un savant Meccano financier passant notamment par Dubaï.

* Évolution des revenus à surface commerciale égale.