L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureLe Prince Albert sera bien jugé pour diffamation face à son ancien comptable
Le souverain monégasque, poursuivi par Claude Palmero après une interview musclée dans Le Point, tentait de faire valoir son immunité pour éviter d’être jugé. Sans succès.
« J’ai sans doute péché par excès de confiance, mais comment aurais-je pu imaginer qu’une personne censée être de confiance au service de la famille princière puisse si bassement nous trahir ? » Le 10 avril 2024, une longue interview fleuve du Prince Albert II de Monaco publiée dans Le Point fait l’effet d’une bombe dans le petit milieu monégasque. « Avec une simplicité qui explique sans doute son immense popularité », à en croire les auteurs du papier, le souverain livre « la vérité » sur un scandale qui secoue le Rocher depuis plusieurs années et met directement en cause son ancien administrateur des biens Claude Palmero. En retour, ce dernier a attaqué le journal ainsi que son ancien patron en diffamation. Si le dossier n’a pas encore été jugé sur le fond, selon nos informations, Albert II a d’abord tenté d’échapper aux poursuites en invoquant son immunité, sans succès.
Mais pour tout comprendre à l’affaire, retour en octobre 2021, lorsqu’éclate le fameux scandale des « Dossiers du rocher », du nom d’un site internet obscur sur lequel fuitent des documents tirés de la boîte mail de l’ami d’enfance et avocat du prince, Thierry Lacoste. Les informations partagées le mettent en cause, ainsi que trois autres fidèles d’Albert II : le président du Tribunal suprême de Monaco Didier Linotte, le chef du cabinet du souverain Laurent Anselmi, et enfin l’administrateur des biens Claude Palmero. Le petit groupe est alors surnommé le « G4 », et accusé, entre autres, de corruption.
Dans un premier temps, les mis en cause continuent de travailler pour le prince… mais pas éternellement. En mai 2023, France 2 diffuse un numéro de Complément d’Enquête sur l’affaire. L’émission intitulée « Le corbeau qui fait trembler Monaco » « agit comme un déclic » pour le souverain, selon ses dires. Le mois suivant, il décide de révoquer, Claude Palmero. En avril 2024, l’interview exclusive est publiée dans les colonnes du Point. Albert II y tient des propos sans équivoque au sujet de son ancien proche. Il assure avoir découvert, après s’être intéressé « de plus près à son travail », qu’« il a, bien souvent, largement dépassé le cadre de son mandat », qu’il « était même partie prenante de certains projets immobiliers sur la principauté et qu’il agissait pour le compte d’autres personnes », dans un « total mélange des genres ». Le souverain va même plus loin et accuse son ancien proche d’avoir servi « en réalité d’autres intérêts, les siens et ceux de ses clients », plutôt que ceux de l’État monégasque. Albert II conclut par ces mots : « Claude Palmero se présente comme l’homme qui va faire tomber le régime, mais il me semble qu’il est plus un justiciable qu’un justicier crédible ».
De son côté, l’ex-administrateur des biens a dénoncé des propos diffamatoires, et assigné l'hebdomadaire et son directeur de publication, comme c’est l’usage, devant le tribunal judiciaire de Nanterre. Le comptable a également assigné l’interviewé lui-même, Albert II. En face, le prince a selon nos informations soulevé une fin de non-recevoir tirée de l’immunité de juridiction. En clair, il a tenté de faire jouer son immunité juridictionnelle de chef d’État, et réclamait à son ex-comptable 15 000 euros de frais de justice. Selon lui, « l’immunité de juridiction accordée aux chefs d’États étrangers en exercice est une règle coutumière du droit international, reconnue en France », et cette immunité « est absolue et ne se limite pas aux actes réalisés dans le cadre de leurs fonctions, qu’ainsi il ne peut être entrepris aucun acte de poursuite contre un chef d’État étranger ».
Ce mercredi 4 février, dans une ordonnance de mise en état, le tribunal n’a pas souscrit à son argumentaire, estimant que l’Interview accordée au Point par le prince ne relevait pas des « fonctions officielles de M. Grimaldi », et visait, « à titre personnel et en tant que ’chef de famille’ à dénoncer les actes de M. Palmero dans la gestion de ses affaires privées, de son patrimoine et de celui de sa famille ». Pour ces raisons, la juridiction a choisi de rejeter la fin de non-recevoir soulevée par le prince. Ce dernier devra donc bien être jugé pour diffamation aux côtés du Point, lors d’une prochaine audience.
Interrogé, le conseil de Claude Palmero Me Virginie Tesniere salue une « décision extrêmement bien motivée ». Et d’ajouter : « Il est essentiel que ce procès en diffamation puisse avoir lieu pour qu’il y ait enfin un débat sur la vérité et que le prince soit mis en face de ses responsabilités par rapport à ses déclarations dans les médias français. Cela vaut non seulement pour son interview au Point, mais pour toutes ses déclarations à venir. »
De son côté, le conseil du prince Me Cyril Bonan nous a fait parvenir cette réponse : « Nous avons pris acte de cette décision qui ne porte que sur un point de procédure et dont nous ne partageons pas les conclusions. Pour le reste, la procédure va maintenant suivre son cours sur le fond, et nous considérons qu’évidemment aucune diffamation ne peut être reprochée au Prince Albert II. Nous avons d’ailleurs d’ores et déjà fourni tous les éléments de preuve qui le démontrent. Enfin, rappelons que des procédures pénales sont en cours à Monaco dans le cadre desquelles M. Palmero devra répondre des agissements pour lesquels le Prince Albert II a déposé plusieurs plaintes. »
Contacté, le conseil du Point n’a pas répondu à nos sollicitations.
Article modifé le 5 février : ajout de la déclaration de Me Cyril Bonan.