Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Santé

Le renflouement de l’ex-Korian mobilise le gratin des banquiers et des avocats

Fraîchement rebaptisé Clariane, le groupe d’Ehpad lance un plan de financement de plus de 1,5 milliard d’euros pour éviter un défaut sur sa dette.

Photo
AMAURY CORNU / Hans Lucas via AFP

La restructuration financière d’Orpéa est en bonne voie… Mais les nuages s’amoncellent chez un autre géant français des Ehpad : Clariane (4,5 milliards de chiffre d’affaires en 2022 pour 59 000 collaborateurs). Encore connu sous le nom de Korian jusqu’à cet été, ce dernier inquiète les marchés en raison de sa dette. Fin octobre, le groupe piloté par Sophie Boissard a déçu en annonçant réviser ses ambitions de désendettement à la baisse pour fin 2023. Et il lui faut aussi faire face à ses échéances : près de 550 millions d’euros de dettes arrivent à maturité d’ici fin 2024. Face à ces menaces, le groupe vient d’annoncer un plan de financement global de 1,5 milliard d’euros. La potion prévoit des cessions d’actifs, des partenariats immobiliers et même une augmentation de capital. Clariane pourra compter sur le soutien de la galaxie Crédit Agricole, présente sur quasi tous les volets du plan, la filiale Crédit Agricole Assurances étant aujourd’hui son premier actionnaire, avec 24,8 % du capital.

Vu les enjeux financiers, le dossier mobilise le gotha des banquiers et des avocats. Selon nos informations, Rothschild & Co oeuvre pour la société, avec l’un de ses associés-stars, Grégoire Chertok, en meneur des discussions. Mais la banque d’affaires n’est pas seule : Crédit Agricole CIB (CA CIB, la banque d’investissement de la banque verte) accompagne aussi Clariane. Le groupe d’Ehpad est également assisté par l’un des plus gros cabinets d’avocats français, Darrois Villey. Le comité des administrateurs indépendants du groupe avait choisi de prendre son propre conseil, en l’occurrence Bank of America. Crédit Agricole Assurances, de son côté, a fait appel à Nomura en tant que conseil financier. Les équipes de la banque japonaise sont menées en direct par Jérôme Calvet, le patron de la filiale française. Sur le plan juridique, c’est la société d’avocats BDGS qui représente l’assureur de la galaxie Crédit Agricole.

Dans le détail, le plan s’articule autour de plusieurs volets. D’abord, un partenariat immobilier autour de certains de ses établissements dont Clariane tirerait 230 millions d’euros - dont 140 millions d’euros via un investissement de Crédit Agricole Assurance actuellement en phase de négociations exclusives. L’ex-Korian devrait par ailleurs bénéficier d’un prêt-relais immobilier de 200 millions d’euros à échéance janvier 2025. Ce financement sera apporté par CA CIB, LCL et le Crédit Agricole d’Ile-de-France. Le groupe d’Ehpad compte ensuite se lancer dans un plan de cession d’actifs pour un montant d’1 milliard d’euros : il pourrait concerner ses activités en Belgique et au Pays-Bas.

Enfin, Clariane a aussi annoncé sa volonté de réaliser une augmentation de capital de 300 millions d’euros, ouverte à tous ses actionnaires (par le biais de l’exercice de leurs droits préférentiels de souscription). Là aussi, il pourra compter sur le soutien de Crédit Agricole Assurances, qui participera au moins à hauteur de sa participation. Mais l’assureur pourra même mettre sur la table jusqu’à 200 millions d’euros dans le cas où les autres actionnaires décideraient de passer leur tour. Ce scénario laisse entrevoir une prise de contrôle de Clariane par Crédit Agricole Assurances. En effet, la capitalisation du groupe d’Ehpad n’évolue plus qu’aux alentours de 350 millions d’euros, là où elle était onze fois plus importante juste avant la crise sanitaire. L’assureur compte demander auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF) une dérogation à l’obligation de déposer une offre publique sur l’ensemble des actions de Clariane comme cela est prévu s’il dépasse le seuil des 30 % du capital.