Santé

Cerba se prépare activement à restructurer sa dette de 5 milliards d’euros

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Actionnaire majoritaire du numéro un français de l’analyse médicale, le fonds EQT ouvre les discussions avec ses créanciers alors que la trésorerie du groupe est sous tension.

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À peu de chose près, sa dette qui s’élève à 4,8 milliards d’euros est la même que celle d’Atos avant sa restructuration… Si Cerba a peu de points communs avec le groupe informatique, va-t-il devoir négocier aussi sec avec ses créanciers pour assainir sa situation financière ? Après avoir capitalisé sans modération sur le dépistage du Covid-19, le numéro un français des analyses médicales, notamment connu via son réseau de laboratoires Cerballiance, fait face à une contraction de ses revenus et de sa rentabilité. Pressenti depuis des mois, le scénario d’une renégociation de la dette, beaucoup trop importante par rapport à ses résultats, est en train de se préciser. Selon nos informations, son actionnaire majoritaire, le fonds EQT, entame une tournée des prêteurs pour ce qui s’annonce comme l’un des dossiers phares de la rentrée sur la place de Paris. La banque d’affaires Rothschild & Co assistera la société en compagnie du cabinet d’avocats Gibson Dunn. En parallèle, les prêteurs se sont entourés de Milbank et de Willkie Farr & Gallagher, l’investisseur étant pour sa part représenté par Latham & Watkins. La société et son actionnaire se sont même rapprochés du tribunal des affaires économiques de Paris dans le but de démarrer une procédure amiable (mandat ad hoc ou conciliation), sous la médiation de la papesse des administrateurs judiciaires, Hélène Bourbouloux. « C’est une entreprise saine, solide, mais avec un mauvais bilan résultant d’acquisitions qui ont été mal digérées », glisse un banquier qui s’intéresse au dossier. L’Etat suit le dossier par l’intérmédiaire du Ciri, la cellule de Bercy chargée de superviser les restructurations.

La dette de Cerba est l’héritage de son rachat par EQT en 2021 via une opération de LBO : la sixième que l’entreprise connaît depuis 1999. Mais elle s’explique aussi par sa politique de croissance externe ambitieuse. Et particulièrement par l’acquisition quelques mois plus tard au cours de la même année de l’italien Lifebrain pour 1,5 milliard d’euros. Les maturités de cette dette sont toutefois encore assez éloignées : la première, une ligne de prêt renouvelable (450 millions d’euros) n’arrive à échéance qu’en novembre 2027, tandis que les prêts à terme (term-loans B, C et D) et les lignes obligataires, qui pèsent respectivement 3 et 1,25 milliards d’euros, doivent être remboursés à partir de 2028. Et si Cerba se doit de respecter des ratios d’endettement définis dans ses contrats de crédit (les « covenants ») - ce qu’il a réussi à faire jusqu’à présent - le problème est ailleurs. En début d’année, le groupe évaluait le montant annuel des frais financiers qu’il devait débourser en 2025 et 2026 à une enveloppe comprise entre 260 et 270 millions d’euros. Une ardoise conséquente.

Dans le prolongement de 2024, le début de l’année 2025 a été décevant pour Cerba. Selon nos informations, sur les cinq premiers mois de l’exercice, le chiffre d’affaires du groupe s’est élevé à 785 millions d’euros, soit 4 % en dessous du budget fixé à 815 millions d’euros. L’Ebitda, qui est ressorti à 180 millions d’euros, a lui aussi été inférieur de 6 % aux prévisions. En 2024, les finances du groupe avaient été mises à l’épreuve par les baisses de remboursements des analyses décidées par la Sécurité sociale en France (puis en Italie et au Luxembourg). Mais cette année, c’est la petite forme de la branche recherche de Cerba (essais cliniques de traitements pour l’industrie pharmaceutique) qui pose problème : Cerba n’a généré que 71 millions de revenus dans ce métier, loin des 94 millions budgétés, pour seulement 2 millions d’Ebitda (contre 12 millions d’euros dans ses prévisions). Le groupe va être particulièrement pénalisé par l’annulation du gros contrat fédéral qu’il avait remporté pour des tests aux Etats-Unis - victime de la volonté de l’administration Trump de tailler à la hache dans la dépense publique. Selon nos informations, la contre-performance lui coûterait 80 millions d’euros de chiffre d’affaires et 40 millions d’Ebitda.

Conséquence du ralentissement de l’activité et de la génération de cash : de vraies tensions commencent à se faire sentir sur la trésorerie… Au point que Cerba a dû racler les fonds de tiroirs ces dernières semaines. Si l’entreprise avait entamé l’année en pouvant compter sur les 130 millions qu’il lui restait encore à tirer sur la ligne de crédit renouvelable (RCF) accordée par ses créanciers, les besoins ont été si pressants que l’intégralité a été consommée en cinq mois… en grande partie pour payer les intérêts de sa dette (dont 41 millions d’euros fin mai). Fin juin, pour couvrir certaines dépenses mensuelles, le groupe a même été contraint de mobiliser 5 millions d’euros d’une autorisation de découvert mise à disposition par BNP Paribas. La tournure de la situation a conduit une banque française, LCL, à céder sur le marché secondaire ses positions dans les lignes de crédit renouvelables à un hedge fund - il s’agirait de Sona Asset Management.

Au début du mois de juillet, Cerba avait une quarantaine de millions de cash en caisse, mais avec une grande partie localisée dans les filiales étrangères. Selon une source interne, si le groupe estime ne pas avoir trop de problèmes à gérer sa liquidité jusqu’à début août, il anticipe néanmoins des difficultés pour la suite, avec très peu de marge de manœuvre. Face au spectre de l’impasse, l’hypothèse d’une demande aux créanciers d’un report de six mois du paiement de leurs intérêts dus en août a été mise sur la table. L’éventualité d’un prêt d’actionnaire de la part d’EQT est jugée probable pour desserrer momentanément l’étau. L’investisseur, ici représenté par deux associés, le français Nicolas Brugère et depuis quelques mois par le finlandais Vesa Koskinen, est donc bien loin de vouloir quitter le navire.

Cerba joue gros sur le plan d’économies qu’il a engagé. Nommé CEO en juin, Julien Samson - qui a pris la place d’Emmanuel Ligner, remercié par EQT - aura fort à faire. L’objectif est de dégager 100 millions d’euros d’Ebitda supplémentaires en 2025. La direction estimait début juillet à 65 millions d’euros les coupes déjà mises en œuvre ou « sécurisées ». Cerba a acté une réduction d’effectifs prévoyant de ramener à 13 700 équivalents temps plein en décembre prochain, soit presque 800 collaborateurs de moins que mi-2024.

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