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Continuer la lectureLe fonds EQT débarque le patron des laboratoires d’analyses médicales Cerba
L’investisseur scandinave a remercié Emmanuel Ligner, pourtant nommé à la tête du numéro un français de la biologie médicale il y a à peine un an.
Crise de gouvernance chez Cerba, le numéro un français des analyses médicales au coude à coude avec Biogroup. Son CEO, Emmanuel Ligner, quitte son poste, a appris L’Informé. En fonction depuis mars 2024, le dirigeant a été écarté par EQT, l’actionnaire majoritaire depuis un LBO de 4,5 milliards d’euros signé en 2021 - l’un des plus gros jamais réalisé sur une entreprise française. Cerba a annoncé ce départ à ses créanciers, tout en précisant que le président du conseil de surveillance, Paul Navarre (par ailleurs senior advisor chez EQT) allait assumer l’intérim le temps que soit recruté un nouveau patron opérationnel.
Selon une source, cette révocation serait liée à un désaccord entre Emmanuel Ligner et EQT au sujet d’un plan d’économie pour 2025. L’actionnaire aurait poussé pour 120 millions d’euros de réduction de coûts, tandis que le dirigeant aurait voulu limiter les coupes à 80 millions d’euros. « Plus qu’un désaccord sur les objectifs, c’est davantage une mésentente sur la vitesse d’exécution du plan qui a poussé EQT à cette révocation », tempère un connaisseur du groupe. Emmanuel Ligner n’est pas le premier patron de Cerba qu’EQT décide de remercier. Sa prédécesseure, Catherine Courboillet, a elle aussi été débarquée fin 2023, après 25 ans de services dans le groupe, qu’elle avait fait changer de dimension grâce à de multiples croissances externes.
Ce mouvement à la tête de Cerba survient alors que le 13 mars, Bloomberg avait révélé que l’entreprise se préparerait à renégocier son endettement en compagnie de la banque Houlihan Lokey. Mais Cerba a cependant fait savoir à ses créanciers qu’il n’avait donné aucun mandat, en insistant sur le fait qu’il n’avait aucune échéance financière majeure à court terme. Les principales maturités de sa dette - 4,8 milliards d’euros net en juin 2024 - sont effectivement assez éloignées : la première, une ligne de prêt renouvelable (450 millions d’euros) n’arrive à échéance qu’en novembre 2027, tandis que les prêts à terme (term-loans B, C et D) et les lignes obligataires, qui pèsent respectivement 3 et 1,25 milliards d’euros, doivent être remboursés à partir de 2028.
En septembre, Moody’s avait toutefois dégradé la notation du groupe (de B3 à Caa1) en pointant le fort levier d’endettement par rapport à la rentabilité. L’agence estimait à 10,6 fois l’Ebitda le montant de la dette brute à fin 2024 et ne prévoyait qu’une amélioration à 9,6 fois l’Ebitda pour fin 2015. Moody’s prévoyait une génération négative de cash-flow libre pour l’an passé et un léger retour en territoire positif pour 2025. Un peu plus tôt, fin août, une autre agence de notation, S&P, avait cependant décidé de maintenir la notation de Cerba à B-, en le laissant sous perspective stable.
Comme ses concurrents, Cerba tourne tant bien que mal la page du dépistage de masse du Covid-19, qui lui avait permis de gérer un très net surcroît d’activité et de rentabilité. En 2023, son chiffre d’affaires lié à ces tests ne représentait plus que 65 millions d’euros (sur 1,9 milliards de revenus totaux), alors qu’il pesait 785 millions lors de l’exercice précédent (qui s’était étiré sur 19 mois, de juin 2021 à décembre 2022). Ce pic d’activité, largement soutenu par l’assurance maladie et qui avait donné lieu à un flux d’investissement sans précédent, s’était accompagné d’embauches massives en CDD. Le groupe a par ailleurs été frappé par l’inflation de ses coûts, liés aux effets de la guerre en Ukraine. Sur les six premiers mois de l’exercice 2024, il a publié 989 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 233 millions d’Ebitda, chacun de ces agrégats étant en baisse de près de 3 % sur un an.
Après avoir été extrêmement offensif sur les acquisitions - notamment entre 2020 et 2022, où elle aurait dépensé 3 milliards d’euros selon Moody’s - le groupe cherche aussi à se défaire de quelques filiales jugées non-stratégiques. L’an passé, il avait revendu son activité d’analyses vétérinaires à Mars pour 83 millions d’euros. Selon plusieurs sources, Cerba a aussi à l’étude un projet de désengagement de la Belgique, qui contribue de manière assez limitée à sa rentabilité - elle dégagerait moins de 10 millions d’euros d’Ebitda. Une cession de ses activités de tests environnementaux et alimentaires en Italie (environ 80 millions d’euros de chiffre d’affaires) serait également envisagée.
Contactés par l’Informé, Cerba et EQT n’avaient pas répondu à l’instant où nous publions ces lignes.
Article mis à jour le 17 mars à 14h avec des précisions sur les raisons du départ, la dette et l’activité de la société.