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Santé

Les laboratoires Cerba victimes collatérales de l’administration Trump

Le numéro un français des analyses médicales avait gagné un contrat de 120 millions de dollars pour des essais cliniques aux Etats-Unis. Mais celui-ci est menacé par les coupes budgétaires américaines.

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L’administration Trump ne donne pas uniquement des sueurs froides aux fonctionnaires fédéraux américains qui sont licenciés sans ménagement. La gigantesque chasse aux coûts ouverte dans le budget fédéral américain donne aussi du fil à retordre à des entreprises françaises. Le numéro un tricolore des analyses médicales Cerba est en train d’en faire l’amère l’expérience. Celui-ci, dont le cœur d’activité reste les examens de routine réalisés dans des laboratoires de ville, s’est aussi développé dans la sous-traitance de tests pour la recherche médicale et thérapeutique. Il avait remporté un gros contrat fédéral aux Etats-Unis pour réaliser des essais cliniques de ce type. La tâche devait lui rapporter la coquette somme de 120 millions de dollars sur trois ans, a appris l’Informé, alors que son activité dans la recherche générait 200 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024… Sauf que, selon nos informations, le contrat est aujourd’hui sérieusement menacé. En cause : la volonté de l’administration Trump de revoir ses financements aux programmes de recherche, compromettant la mission de Cerba. Le groupe - qui est contrôlé par le fonds de private equity scandinave EQT (et n’est pas coté en Bourse) - a expliqué à ses créanciers le 29 avril en leur présentant ses résultats financiers 2024 que le contrat était sur la sellette. Il a indiqué que si la mission lui a permis de toucher 6 millions de dollars au quatrième trimestre 2024, elle avait été ensuite « interrompue » début 2025.

Un porte-parole du groupe confirme à l’Informé que le groupe s’est bien vu notifier par l’administration américaine que le contrat est dans son collimateur et risque d’être rompu : celle-ci va donner son verdict dans quelques semaines, à l’expiration d’un délai de 90 jours prévu par la procédure. « L’activité d’essais cliniques est par nature soumise à divers aléas, relativise-t-on ainsi chez Cerba. Il est communément admis que les autorités publiques qui commandent ce genre d’études puissent revenir sur leur décision. Par ailleurs, dans ces essais, si les premiers tests ne sont pas concluants, la mission s’arrête rapidement. Et s’ils prennent plus de temps que prévu, cela a des impacts sur le paiement de l’étude. » Fin décembre, le laboratoire français revendiquait 350 millions d’euros de commandes à honorer dans son activité recherche, en excluant le contrat américain, selon les données transmises à ses investisseurs.

Le groupe français relativise les effets que représenterait la perte de ce contrat, mais la nouvelle ne tombe pas forcément au meilleur moment. Car Cerba - dont le patron, Emmanuel Ligner, a été révoqué mi-mars - vient d’annoncer des résultats 2024 nettement en dessous de ses prévisions. Selon nos informations, l’entreprise a généré 1,89 milliard de chiffre d’affaires et 421 millions d’euros d’Ebitda, des chiffres en régression par rapport à 2023 et respectivement inférieurs de 5 % et 13 % à ce qui figurait au budget. Comme ses concurrents, Cerba ne peut désormais plus compter sur le surcroît d’activité généré par les tests Covid. Et il a été confronté en France aux baisses de remboursement de ses analyses décidées en septembre 2024 par l’Assurance-maladie, avant que celle-ci ne finisse par revoir partiellement sa position en décembre en acceptant des augmentations sur une série d’actes, ainsi qu’un « statu quo » sur les prix jusqu’à la fin 2026.

Le groupe doit composer avec une dette conséquente de 4,8 milliards d’euros, en grande partie héritée de son rachat par EQT en 2021 (via l’une des plus grosses opérations de LBO jamais réalisées en France) et d’une grosse acquisition que Cerba a réalisée dans la foulée, celle de l’italien Lifebrain. L’échéance des prêts et lignes obligataires est assez lointaine : les maturités les plus proches sont fixées à fin 2027. Le groupe estime entre 260 et 270 millions d’euros par an ce qu’il devra débourser en cash pour rembourser ses intérêts lors des deux prochaines années. Il cherche toutefois à améliorer sa rentabilité, ne serait-ce que pour s’éloigner des limites de ratios d’endettement autorisées par ses contrats de crédit (les « covenants »). Pour ce faire, il a mis en place un plan d’économies ambitieux dont le déploiement se fait, a appris l’Informé, avec l’assistance des équipes du Boston Consulting Group. Ce programme vise à générer une centaine de millions d’Ebitda supplémentaires à partir de 2026, avec les trois quarts prévus pour être appliqués dès cette année. « Les finances du groupe sont quand même un peu ric-rac, le moindre écart comme la perte d’un marché aussi important que le contrat avec les autorités américaines n’est vraiment pas une bonne nouvelle », juge un créancier.

L’Etat, par l’intermédiaire du Ciri, la cellule de Bercy dédiée aux restructurations, aurait un œil sur le dossier. Mais pour l’instant, les banques et différents fonds de titrisation (CLO) qui détiennent la dette du groupe semblent rester globalement mesurés. Et souhaitent donner au groupe le temps de mettre en œuvre son plan d’économies et de renouer avec la croissance. Signe de cette relative accalmie, sur les marchés, la dette (qui se négocie comme n’importe quel instrument financier) s’échange actuellement à 80 % de sa valeur faciale, soit davantage que lors de l’annonce des résultats financiers fin avril, où elle ressortait aux environs des 75 %. « Certes, la performance de Cerba n’est vraiment pas terrible, mais les résultats sont finalement dans les clous. Ce qui était anticipé par les créanciers, même s’ils sont en dessous de son budget, souffle un banquier. Cela reste encore sous contrôle. » Cerba n’avait plus que 46 millions de trésorerie disponible fin 2024. Il pourra néanmoins tirer si besoin sur 134 millions d’euros mis à disposition par ses banques par le biais d’un crédit renouvelable (dans lequel il avait déjà puisé 110 millions l’an passé). Des cessions sont par ailleurs au programme pour tenter de récupérer du cash, dont celle de sa filiale belge. Ses activités dans le « plat pays », réputées moins rentables que celles de ses concurrents sur place, intéresseraient notamment son grand rival français Biogroup, très présent localement.