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Continuer la lectureEhpad : les créanciers de Colisée préparent la restructuration financière du groupe
Les banques et fonds en possession de l’essentiel du 1,6 milliard d’euros de dette ont choisi leurs conseils en vue des négociations qui s’annoncent.
Les prochains mois s’annoncent déterminants pour Colisée. À la tête d’environ 400 sites pour 22 000 salariés et 32 000 résidents, le numéro 4 français des ehpad derrière Clariane, DomusVi et Emeis (nouveau nom d’Orpea) a mis en place un vaste plan d’économie et s’attaque à la renégociation de sa dette, comme l’a déjà écrit L’Informé. Fragilisé par la chute de 43 % de son Ebitda en 2024, le groupe n’a pas le choix, alors que le besoin en cash va se faire de plus en plus pressant. Pilotée par le redresseur d’entreprises Arnaud Marion depuis octobre 2024, l’entreprise et son actionnaire majoritaire, le fonds EQT, vont devoir trouver une solution avec les créanciers pour éviter l’impasse. Dans cette perspective, ces derniers viennent d’ailleurs tout juste de mandater leurs conseils selon nos informations. Ils ont opté pour des acteurs essentiellement américains.
Les créanciers en possession de la portion de dette la plus importante, le « term-loan B » (1,17 milliard d’euros remboursable à l’échéance de novembre 2027), ont choisi de faire appel à la banque d’affaires PJT Partners et au cabinet d’avocats White & Case. Ce dernier avait déjà été à la manœuvre dans la restructuration d’Orpea avec son associé-star Saam Golshani, cette fois-ci côté entreprise. Les banques présentes dans la ligne de crédit renouvelable de Colisée (217 millions d’euros à échéance mai 2027) seront quant à elles épaulées, sur le volet financier, par Perella Weinberg et, pour les aspects juridiques, par le cabinet d’avocats français De Pardieu Brocas Maffei. Tous ces conseils auront affaire à Rothschild & Co et au cabinet d’avocats Gibson Dunn, qui vont assister le gérant d’ehpad.
Avant de négocier - et de s’entendre sur comment, eux et/ou les actionnaires, pourront faire des efforts, et éventuellement remettre au pot - les créanciers attendent les conclusions de l’ « independent business review » confiée au cabinet d’audit Eight Advisory. Ils devraient y avoir accès dans la deuxième quinzaine du mois d’avril, à en croire plusieurs sources. Ce document est censé leur permettre d’y voir plus clair sur comment Colisée a vu son Ebitda fondre de 180 à 105 millions d’euros en 2024 et sa trésorerie tomber à 32 millions d’euros en fin d’année (sans compter les 48 millions qui lui restaient à tirer sur son crédit renouvelable). La direction avait évoqué une explosion des coûts de la main-d’œuvre (avec le recours accru à des CDD et de l’interim). Plus généralement, comme ses concurrents, Colisée n’a pas été épargné par l’inflation de ses coûts généraux (achats, énergie…) depuis trois ans. « Les taux d’occupation de ses résidences sont réputés plus élevés que chez les autres grands groupes privés. Mais la question est de savoir si le remplissage n’a pas été artificiellement soutenu par une politique tarifaire qui n’a compensé que partiellement la hausse des coûts », s’interroge un banquier.
Colisée a aussi mis au jour des « irrégularités comptables » datant de l’ancienne direction pilotée par Christine Jeandel (qui a toujours 8 % du capital et siège au conseil de surveillance), comme l’a révélé le magazine Challenges dans ses « confidentiels ». Selon nos informations, ces irrégularités auraient un impact d’une quinzaine de millions d’euros sur le résultat. L’independent business review devrait sans doute permettre aux créanciers d’avoir plus d’explications sur le sujet.
Quelques jours après l’annonce par Colisée à ses créanciers de la volonté de renégocier sa dette, les agences S&P et Moody’s ont abaissé leur notation du groupe (de B- à CCC- pour la première, de B3 à Caa2 pour la seconde), tout en la plaçant sous perspective négative. Raison avancée ? Le groupe a demandé aux créanciers de son term-loan B de reporter au troisième trimestre le paiement des intérêts qu’il leur devait mi-avril. En cause : l’impossibilité pour Colisée de concrétiser des cessions dans les temps. Des ventes dans le portefeuille d’actifs immobiliers qui lui restent étaient citées. Tout comme la cession de son réseau de services à la personne Onela, déjà évoquée par l’Informé, qui n’a pas abouti pour l’instant.
Mais Colisée a une autre épée de Damoclès au-dessus de la tête : les lignes de crédit bilatérales (accordées séparément par des banques) qui se trouvent dans son bilan, en particulier dans ses différentes filiales. Elles pèsent plus de 300 millions d’euros sur le 1,6 milliard de dette totale du groupe. On y trouve des crédits amortissables, de la dette immobilière… mais aussi des lignes de découvert et des prêts à court terme qui pèseraient à eux seuls quelque 150 millions d’euros, et constituent aussi une menace pour la liquidité du groupe.