Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Finance - Conseil

Les réseaux business de Gérald Darmanin : après les patrons du Nord, place au CAC 40. Partie 2

L’élu du Nord a profité de son maroquin ministériel à Bercy pour rencontrer les dirigeants des plus grands groupes français. Et se créer de solides amitiés.

Photo
LUDOVIC MARIN / AFP

Impossible de prétendre à l’Élysée sans un solide cercle d’amis patrons, Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron l’avaient bien compris avant lui. Alors Gérald Darmanin s’attache à élargir sa toile bien au-delà du Nord, notamment depuis sa nomination en 2017 en tant que ministre du budget, et donc patron ...

« Dans la tech, il s’entend très bien avec David Layani [le fondateur Onepoint, l’entreprise du numérique qui a fait une offre sur une partie d’Atos], ils ont quasiment le même âge », affirme un proche des deux hommes. Parmi leurs sujets de conversation ? Le numérique et les bouleversements que va provoquer l’intelligence artificielle dans l’économie. « David Layani est pote avec tout le monde au gouvernement, ça ne veut rien dire », s’amuse le conseiller d’un autre ministre. « Pour se faire des relations, Gérald Darmanin n’hésite pas à lancer des filets larges façon Chirac ou Sarkozy, ajoute un lobbyiste. Il avait mis son cabinet sous tension et envoyait des mots de félicitations à des dirigeants après leur nomination ou leur promotion. Ce n’était pas seulement des connaissances mais aussi des gens qui pouvaient devenir des proches. » Il récompense des influents, tels Grégoire Chertok, promu officier de la Légion d’honneur, ou Antoine Flamarion, cofondateur du fonds Tikehau qui a accueilli François Fillon après l’affaire Pénélope, nommé chevalier.

Avec cette machine de guerre, son influence s’est étendue à vitesse grand V. D’autant que ses deux mentors, Xavier Bertrand, le président des Hauts-de-France et Nicolas Sarkozy, qui plaide inlassablement auprès d’Emmanuel Macron pour le faire accéder à Matignon, lui ont ouvert leurs propres réseaux. L’ex-président de la République lui fait rencontrer Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France (LVMH). Lors de la campagne de la primaire à droite en 2016, il a aussi tissé des liens avec l’avocat Francis Szpiner (aujourd’hui maire LR du 16ème arrondissement de Paris) et avec son ex-conseiller politique de l’ombre, Pierre Giacometti. Ce dernier, président de l’agence No Com, est devenu un visiteur du soir auprès du ténor de l’aile droite de la majorité Renaissance. Si les échanges sont réguliers, sur les tendances de l’opinion ou les évolutions sociologiques, le soutien est amical : il n’y a pas de contrat pour un conseil quotidien comme avec Nicolas Sarkozy. D’ailleurs, le patron de Beauvau consulte d’autres spécialistes, comme Philippe Dabi, le dirigeant de l’Ifop.

La connexion avec Xavier Bertrand s’est faite via Michel Bettan, aujourd’hui vice-président chargé de l’influence d’Havas Paris, une des premières agences de com’ de la place. « C’est Jacques Toubon, alors député européen, qui m’a appelé pour me dire qu’un de ses stagiaires, pas encore diplômé de Sciences Po Lille, rêvait de travailler avec Xavier Bertrand, dont j’étais le chef de cabinet au ministère des affaires sociales, se souvient-il avec affection. Il avait beau avoir 22 ans, il crevait déjà l’écran : je devais le voir 15 minutes, je l’ai gardé une heure trente dans mon bureau. » Quand Xavier Bertrand est devenu secrétaire général adjoint de l’UMP, Darmanin l’a suivi pour devenir directeur juridique. Malgré les défaites et les trahisons à droite, les liens entre les trois hommes ne se sont jamais distendus. Le communicant, qui lui a présenté en 2009 sa deuxième épouse (Rose-Marie Devillers, partie de chez Havas il y a trois ans pour reprendre des études), a été une cheville ouvrière pour lui faire rencontrer tous les représentants de « l’écosystème ».

Parmi ceux avec qui le ministre échange régulièrement, on compte Rodolphe Saadé, le patron du troisième armateur mondial CMA-CGM, ou le président de Veolia, Antoine Frérot. Il a développé une relation amicale avec le diplomate François-Aïssa Touazi. Cet ancien conseiller Afrique du Nord-Moyen Orient de Philippe Douste-Blazy au Quai d’Orsay a rejoint le premier fonds français, Ardian, dont il dirige les relations avec les investisseurs internationaux. Les deux hommes se sont connus en 2015 lorsque Gérald Darmanin était secrétaire général adjoint de l’UMP. Travaillant à un rapport sur l’islam, il avait pris contact, sur les conseils de Claude Bébéar, avec François Touazi qui pilotait les sujets de diversité et d’inclusion à l’Institut Montaigne. « Son père comme le grand-père de Gérald sont des militaires algériens de l’armée française, cela les a rapprochés d’emblée, se souvient un ami commun. Ils échangent depuis régulièrement, à la fois sur les tensions économiques internationales mais aussi sur la diversité ou sur la nécessité d’établir de bonnes relations avec l’Algérie comme avec le sud de la Méditerranée. »

Un autre ange gardien veille sur ses destinées dans le business : Salima Saa, unique femme dans l’entourage proche de celui qui a été accusé de viol et d’abus de faiblesse, toutes plaintes qui ont fait l’objet d’un non-lieu ou ont été classées sans suite. Cette experte des relations avec les collectivités chez Saur, Veolia ou Transdev, devenue présidente de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances, a rencontré Gérald Darmanin en 2011 quand ce dernier était le directeur de cabinet du ministre des sports, David Douillet. Tous deux étaient encartés à l’UMP. Leur amitié s’est nouée quand ils ont été investis en 2012 aux élections législatives, elle dans une circonscription marquée à gauche à Roubaix, lui à Tourcoing. Après une campagne menée de concert, elle échoue tandis qu’il est élu pour son premier mandat national.

Depuis, ils ne se quittent plus. C’est par exemple le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin qui a proposé son nom à Emmanuel Macron qui cherchait à faire entrer des personnalités du monde de l’entreprise dans la haute administration. Elle a été nommée préfète de Corrèze en 2020. En disponibilité de la fonction publique aujourd’hui, Salima Saa a multiplié les rencontres pour le ministre du budget. C’est elle qui lui a présenté Thierry Déau, patron du fonds d’investissement de long terme Meridiam, devenu le premier actionnaire de Suez (34 %). Aussi jovial que fine lame dans les affaires, « Thierry Déau a rencontré le ministre du budget pour savoir s’il était opportun d’investir en France, précise un proche. Le natif de la Martinique apporte aussi son expertise sur l’économie des territoires ultramarins, terre de repli privilégiée du ministre de l’intérieur et des outre-mer. Ils sont devenus amis ». À tel point que le ministre de l’intérieur a préféré se déporter de toute décision concernant la Fondation Archery de soutien à l’entrepreneuriat des jeunes dans les quartiers, lorsque Thierry Déau l’a mise sur pied en 2021. « C’est le Conseil d’État qui reconnaît l’utilité publique des fondations, mais c’est le ministère de l’intérieur qui instruit le dossier, explique un membre de l’organisation. Le déport a été nécessaire car, avec la loi Sapin 2, on n’est jamais trop prudent ».

Le résultat, spectaculaire, de ces années de travail acharné dans l’establishment a sauté aux yeux des « happy few » réunis le 12 juin au Musée Rodin pour fêter les dix ans du cabinet d’avocats BDGS, fondé par Antoine Gosset-Grainville, président d’Axa et ex-directeur adjoint de cabinet de François Fillon à Matignon. Gérald Darmanin était tout à son aise ce soir-là, à tu et à toi avec la plupart des convives. Il s’était déjà attardé longuement à la soirée des 40 ans de l’Afep, le lobby des grandes entreprises, l’année dernière au Centre Pompidou. Mais le 5 juillet, il n’a pas rejoint la réception au Cercle de l’Union Interalliée, rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris, où Anne Méaux célébrait les 35 ans de son agence de com’ Image 7. Tous les ténors (Laurent Wauquiez) et ex-ténors de la droite libérale (François Fillon, Alain Madelin) étaient présents, sauf lui. Après six nuits d’émeutes opposant jeunes et forces de l’ordre dans les quartiers de nombreuses villes à la suite de la mort de Nahel, le ministre de l’intérieur a jugé qu’il était trop risqué de s’y afficher. Laissant, à contrecœur, le champ libre à ses collègues Clément Beaune, Marlène Schiappa et Jean-Noël Barrot.

Contacté par l’Informé, Gérald Darmanin n’a pas souhaité commenter nos informations.