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Finance - Conseil

Klaba, Chertok, les Mulliez… comment Gérald Darmanin tisse sa toile chez les patrons. Partie I

Depuis dix ans, l’ambitieux ministre de l’Intérieur construit méthodiquement son réseau dans le business. Des relations qui lui seront bien utiles pour les échéances futures. Premier épisode d’une enquête en deux volets.

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EMMANUEL DUNAND / AFP

« Gérald est un vrai RPR de formation, la meilleure école politique qui soit : il n’hésite pas à rencontrer les patrons, petits ou grands, comme Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy avant lui. » Derrière ces mots ? Un des conseillers de l’ombre du ministre de l’intérieur, exclu de LR en 2017 après avoir...

L’élu de Tourcoing en est convaincu : « il doit établir des relais dans sa circonscription comme avec les plus hauts cercles dirigeants s’il veut éviter que sa carrière ne s’arrête place Beauvau », glisse un membre de son entourage qui lui voit toujours un avenir proche à Matignon, voire même à l’Élysée. D’autant que ce fils d’un tenancier de bar et d’une concierge à la Banque de France n’a jamais travaillé en entreprise. À peine a-t-il effectué un stage étudiant à la Chambre de commerce de Lille. Pourtant, « il y a peu de dirigeants aussi curieux que lui et dotés d’une capacité aussi forte à absorber des sujets nouveaux », loue, admiratif, un ancien membre de son cabinet. À l’inverse de ces nombreux politiques passés par l’Ena ou Polytechnique, il ne peut pas non plus s’appuyer sur un réseau bâti durant ses études, affichant le diplôme de Sciences Po de Lille pour tout bagage universitaire.

Alors bien sûr, l’édile nordiste ratisse en priorité le tissu local. Méthodique, le maire de Tourcoing quadrille sa ville. Il a mis en place une boucle WhatsApp avec les commerçants qui lui rapportent les problèmes sur la voie publique, qu’il relaie en direct aux services municipaux pour que la question soit réglée au plus vite. Son activisme a permis l’arrivée de plusieurs pépites de la tech : Webhelp, Booking, Vestiaire Collective, … même le TGV s’arrête désormais dans la ville. Mais le Nord, c’est avant tout le terrain de la galaxie Mulliez, qui contrôle 20 % du commerce français (Auchan, Leroy Merlin, Norauto…). Dans cette famille nombreuse, son contact privilégié est Barthélémy Guislain, le grand argentier de la holding AFM (Association familiale Mulliez). « Ils sont de la même génération même si « Barthé », comme on l’appelle dans la famille, est de 8 ans son aîné. Cela les a rapprochés il y a longtemps, au moment des premières campagnes électorales dans le Nord », rappelle une source qui connaît bien les deux hommes. Ils se parlent régulièrement, surtout de l’état de l’économie, dont on peut prendre le pouls aux caisses des hypermarchés Auchan. « Je suis très respectueux de la mission que M. Darmanin endosse, confirme le représentant de cette famille catholique fervente à l’Informé. Je trouve formidable d’avoir des responsables capables de réconcilier l’économie et le social, de concilier les chanceux et les volontaires. » Le patron d’OVHcloud, Octave Klaba, qui a installé son siège et de gros serveurs dans la ville d’à côté, à Roubaix, est aussi un proche.

Le dirigeant de Sarbec Cosmetics, Eric Jacquemet, accueille en février 2023 la première ministre, Elisabeth Borne, et le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, pour un débat sur la réforme des retraites avec les salariés de l’entreprise nordiste. SAMEER AL-DOUMY / AFP

Grâce à son activisme en faveur du développement économique de son bastion, Gérald Darmanin compte nombre de fans dans le Nord, comme Eric Jacquemet, le patron de Sarbec Cosmetics (Corine de Farme). « En 2014, nous visions l’ancien site industriel de Melitta à Tourcoing pour installer notre base logistique, mais le projet était complexe car la métropole était propriétaire, se rappelle-t-il. Gérald Darmanin a pris les choses en main pour dénouer l’opération, qui a débouché sur 40 créations d’emplois aujourd’hui. Il a un vrai sens du service public, ne compte pas ses heures et connaît très bien ses dossiers. » Alors, quand « Mister Fix It », comme le surnommaient ses conseillers à Bercy, l’appelle pour organiser avec ses salariés un débat sur le report à 64 ans de l’âge de la retraite, au plus fort de la contestation dans la rue, le dirigeant « accepte bien sûr ». Il permet à la première ministre Élisabeth Borne d’afficher dans les médias un « échange de qualité » sur l’inflammable sujet, même si les salariés ne cachent pas leur opposition. Gérald Darmanin sait que le réseau d’obligés fonctionne dans les deux sens et qu’il y a toujours une corde de rappel sur laquelle tirer le moment opportun. Nombreux sont les patrons du Nord à être venus pêcher dans l’étang propriété de son père, qu’il a revendu depuis. Le ministre n’oublie pas, malgré la pression place Beauvau, de remettre les décorations officielles aux entrepreneurs de sa circonscription.

À suivre, l’épisode 2 de notre enquête sur les réseaux business de Gérald Darmanin : Après les patrons du Nord, place au CAC 40