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Transports - Auto

SNCF : Farandou recule sous la pression du gouvernement

Le PDG de la compagnie ferroviaire devait soumettre son plan stratégique à 10 ans au conseil d’administration de jeudi dernier. Mais il a dû y renoncer la veille…

Jean-Pierre Farandou est PDG du groupe SNCF depuis novembre 2019.
Jean-Pierre Farandou est PDG du groupe SNCF depuis novembre 2019. AMAURY CORNU / Hans Lucas via AFP

Qui paiera pour « la nouvelle donne ferroviaire » ? Le financement de cet investissement de 100 milliards d’euros d’ici 2040, annoncé par Élisabeth Borne en février pour moderniser le réseau ferré français, n’est toujours pas tranché entre l’État et la SNCF. Selon nos informations, le PDG de la SNCF Jean-Pierre Farandou a été contraint de reporter sine die la validation de son plan stratégique 2023 – 2032 qui devait notamment fixer les efforts respectifs de la puissance publique et de la compagnie. Il comptait initialement le présenter lors du conseil d’administration du 12 octobre, comme l’a révélé l’Informé. Mais, lors d’un séminaire stratégique qui s’est tenu la veille, les représentants de l’État ont réclamé le retrait de ce point de l’ordre du jour. Le motif ? « Les modalités de financement du plan stratégique, et notamment le volet concernant la régénération et la modernisation du réseau, sont toujours en discussion », indique une source gouvernementale.

Jean-Pierre Farandou n’a pas vraiment eu le choix. « Il n’aurait pas pu passer en force, explique un proche du dossier. Même si l’État ne compte que deux représentants sur les douze administrateurs du groupe SNCF, leur refus d’approuver le plan présenté par le PDG aurait provoqué sa démission de fait, l’État restant l’actionnaire unique du groupe avec 100 % du capital.  » Ce revers est un coup rude pour le patron de la compagnie. Pour autant, il ne semble pas remettre en cause son renouvellement à la tête de l’entreprise en fin d’année, plutôt bien engagé.

Au sein du groupe ferroviaire comme du gouvernement, on minimise d’ailleurs l’évènement. « Compte tenu des incertitudes macroéconomiques sur l’inflation et les taux d’intérêt, on n’était pas totalement prêt à présenter un plan à 10 ans et on a donc décidé de continuer à travailler sur la trajectoire financière du groupe, assure une source au fait du dossier. Il a été décidé de reporter de quelques semaines sa validation.  » Plusieurs conseils d’administration sont prévus d’ici la fin de l’année, mais sans ordre du jour inscrit à date. Du côté de l’exécutif, on estime que ces plans sur plusieurs années exigent « de longues négociations, complexes. Le projet de la SNCF nécessite encore du temps, cela n’a rien de spectaculaire ».

Pourtant, selon plusieurs sources concordantes, la répartition des efforts d’investissement entre État et SNCF reste bien un sujet de friction majeur entre l’entreprise et son actionnaire. Le Conseil d’orientation des infrastructures, une instance consultative placée auprès du ministre chargé des transports, a évalué, en février dernier, à 1,5 milliard d’euros l’augmentation des dépenses annuelles en faveur du réseau, dans son « scénario de planification écologique » validé par la Première ministre Élisabeth Borne. Dans le projet de loi de finances pour 2024, le gouvernement a dégagé une enveloppe en hausse de seulement 300 millions d’euros. Il réclame aujourd’hui de la SNCF qu’elle assume une contribution plus importante au financement du réseau ferré français.

C’est le sens du plan stratégique à dix ans que compte présenter Jean-Pierre Farandou : faire de la SNCF une entreprise aussi profitable que « les grands groupes industriels les plus performants du CAC 40 » pour financer les investissements dans le réseau, selon le document transmis aux administrateurs qu’a révélé Libération. Offensive commerciale en Italie et en Espagne, pression mise sur la filiale de transport routier Geodis pour dégager plus de profits, maintien de prix élevés pour les billets de train : la SNCF compte atteindre une marge d’exploitation de 20 % en 2032, contre 16 % aujourd’hui. De quoi financer un apport supplémentaire de 500 millions d’euros par an à partir de 2027, alors que sa contribution atteignait 400 millions en 2022.