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SNCF : Jean-Pierre Farandou bien parti pour un second mandat

Candidat pas encore déclaré, le P-DG de l’entreprise ferroviaire nationale espère qu’Emmanuel Macron renouvellera son mandat en fin d’année. Mais, pour effectuer un nouveau mandat plein de quatre ans, il devra obtenir un report de la limite d’âge. L’Informé dévoile les coulisses de cette probable reconduction.

Jean-Pierre Farandou est le PDG du groupe SNCF depuis le 1er novembre 2019.
Jean-Pierre Farandou est le PDG du groupe SNCF depuis le 1er novembre 2019. ALAIN JOCARD / AFP

Depuis quelques semaines, l’affaire ne fait plus de doute dans la grande maison. « Chacun sait qu’il est candidat à un nouveau mandat. Plus personne ne se pose la question », indique un responsable syndical de la SNCF à l’Informé. À quelques mois de l’échéance du 31 décembre 2023, le président-directeur général de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, a en effet fait savoir qu’il était candidat à son renouvellement. Plusieurs administrateurs du groupe ont été mis dans la confidence. « Il en a très envie, confie l’un d’eux. Il entend répondre au défi d’assurer de bons transports pour les épreuves des JO à l’été 2024. Et, à plus long terme, il est important pour lui d’installer au-delà de 2023 son projet stratégique de doublement du trafic ferroviaire d’ici 15 ans. »

« La décision ne dépend pas de lui, tempère son entourage. Jean-Pierre Farandou reste concentré sur sa mission actuelle. » Emmanuel Macron, qui l’avait choisi en septembre 2019 pour succéder à Guillaume Pepy, ne serait pas opposé à un prolongement. Entre les deux hommes, les relations seraient « cordiales » et « fluides ». Le président de la République sait gré à celui qui a fait toute sa carrière au sein du groupe SNCF d’avoir apaisé le climat social au sein de l’entreprise après les difficultés de l’ère Pepy, même s’il a été secoué par les grèves s’opposant au report de l’âge de la retraite ou contre la scission des activités de Fret SNCF en négociations avec Bruxelles. « Il passe un temps fou à rencontrer tous les agents dans les gares, les centres techniques et les filiales, rappelle un de ses proches. Comme il est passé par tous les métiers de la SNCF, les agents le respectent et apprécient son implication dans la défense du groupe. Résultat : il s’est mis les syndicats dans la poche même s’ils doivent toujours prouver leur existence. La situation est maîtrisée. »

Le redressement des comptes de la SNCF, exception faite de la période Covid, est aussi apprécié au Château, tout comme les efforts pour rendre les tarifs du TGV plus accessibles, via la carte Avantages. L’Élysée s’est aussi rangé, après de longues hésitations, au « fois deux », cet objectif de doubler le trafic ferroviaire que le PDG de la SNCF pousse avec acharnement dans les ministères et les médias depuis la fin du Covid. D’abord effrayé par son coût gigantesque pour les finances publiques (100 milliards d’euros pour moderniser le réseau ferré et le matériel roulant), Emmanuel Macron a choisi en février dernier d’endosser le projet, avec l’annonce par Élisabeth Borne d’un plan de 100 milliards d’euros d’ici 2040 pour le ferroviaire, seule décision marquante jusqu’ici du projet présidentiel de « planification écologique ».

« Rien n’est décidé, mais Jean-Pierre Farandou va certainement bénéficier d’un effet JO pour son renouvellement à la tête de son mandat », affirme un visiteur du soir d’Emmanuel Macron. L’effet JO en question, c’est ce qui a été invoqué pour maintenir Catherine Pégard à la tête du Château de Versailles, car son parc accueillera des épreuves olympiques d’équitation et de pentathlon. C’est aussi ce motif qui incite le gouvernement à reporter à 2026 l’ouverture à la concurrence des bus à Paris prévue à la fin de 2024, de crainte que l’opposition des syndicats de la RATP perturbe les transports pendant l’été des Jeux. Dans le même ordre d’idée, Emmanuel Macron pourrait être incité à maintenir en place le patron de la SNCF afin de ne pas perturber les préparatifs des transports, essentiels au bon déroulé de l’épreuve sportive en mondovision.

Si peu de doutes subsistent sur une candidature à un renouvellement de mandat, personne ne se risque à affirmer quelle serait sa durée. Car, âgé de bientôt 66 ans, le PDG de la SNCF sera touché par la limite d’âge, fixée dans les statuts du groupe à 68 ans. Ce qui contraindrait Jean-Pierre Farandou à n’effectuer qu’une moitié de deuxième mandat (jusqu’au 4 juillet 2026 plutôt qu’au 31 décembre 2027). Pour obtenir un nouveau bail plein, il devra obtenir une modification du décret fixant les statuts : encore une fois, la décision n’en revient qu’au seul président de la République (après consultation du Conseil d’État). Originalité de ces statuts ; si la limite d’âge du PDG est fixée à 68 ans, celle d’un président qui n’assumerait pas les fonctions de directeur général est repoussée à 70 ans. Ce qui laisserait ouverte l’hypothèse d’une séparation des deux fonctions à la SNCF à partir de 2026 avec la nomination d’un DG et le maintien de Jean-Pierre Farandou à son poste de président du groupe ferroviaire jusqu’à 2028. Cela pourrait augurer aussi d’une transition en douceur, avec un tuilage de deux ans avec un successeur.

Qui pour lui succéder justement ? Au premier rang, l’ex-Premier ministre Jean Castex, ferrovipathe assumé, ne cache pas qu’il vise le poste de grand aiguilleur de la compagnie ferroviaire. Mais nommé le 23 novembre dernier à la présidence de la RATP, il a mis son projet en suspens. « On ne comprendrait pas qu’il quitte ses fonctions à moins d’un an des JO : c’est pour assurer le bon fonctionnement des transports dans la capitale pendant ces trois semaines que les politiques l’ont fait venir », juge-t-on à la Régie. Il n’est pas certain non plus que le Parlement, qui a son mot à dire via l’article 13 de la Constitution, valide un tel chassé-croisé. « S’il a réussi une audition très convaincante, sa nomination à la RATP était déjà compliquée avec les réserves de la Haute autorité pour la transparence dans la vie publique, rappelle un député de la majorité qui a approuvé sa nomination. Jean Castex s’est d’ailleurs engagé, lors de son audition, à renoncer à tous ses autres projets : il serait compliqué pour lui de revenir un an plus tard devant le Parlement expliquer qu’il a changé d’avis. »

Jean-Pierre Farandou n’aurait-il donc aucun rival ? En interne, peu se risquent à se positionner face à un sortant qui ne leur laisse que de faibles perspectives de succès. Bien qu’ils s’en défendent, deux dirigeants surveillent tout de même le poste, mais sûrement plus en prévision de 2026 que pour la fin de l’année. En interne, l’ambition de Christophe Fanichet, le PDG de SNCF Voyageurs, la filiale qui exploite les trains de voyageurs, n’est un mystère pour personne. Entré en 2008 dans le groupe, ce proche de Guillaume Pepy a occupé de nombreux postes à responsabilité, comme directeur de la stratégie, des trains Intercités et directeur de la communication. « Si les gens en parlent, c’est seulement par pure logique : Christophe est le patron de la filiale la plus importante du groupe, balaie un de ses soutiens. Mais il s’inscrit totalement dans le mandat de Jean-Pierre Farandou, dont il a été un des fers de lance de la candidature en 2019. La question n’est pas du tout dans son esprit, il n’y a pas de course à l’échalote. »

Même son de cloche prudent du côté de son alter ego chez SNCF Réseau, l’autre grande filiale du groupe qui assure la maintenance du réseau de voies ferrées. Son patron depuis octobre dernier, Matthieu Chabanel, aurait des ambitions pour succéder à Jean-Pierre Farandou, selon plusieurs sources. « Il reste concentré sur les enjeux prioritaires du réseau, sa maintenance et sa modernisation », modère-t-on en interne. Ancien conseiller de François Fillon à Matignon, il s’est pourtant déjà constitué un cabinet très politique avec d’anciens collaborateurs d’Édouard Philippe : la directrice de cabinet Zélia Césarion est une ancienne de l’équipe à Matignon où elle était conseillère com’ et son conseiller média, Julien Duperray, est un ancien de la communication d’Areva quand le maire du Havre en dirigeait les relations publiques. Des appuis solides pour porter, le moment venu, sa candidature dans les couloirs de la majorité. Son mandat de PDG de SNCF Réseau enjambe d’ailleurs celui Jean-Pierre Farandou : il court jusqu’en 2026.