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Continuer la lectureRATP : Jean Castex définit ses priorités d’ici 2030… s’il y reste
Pressenti à la SNCF, Jean Castex a tout de même lancé les travaux préparatoires d’un nouveau plan stratégique qui doit emmener la régie parisienne sur les cinq prochaines années.
Jean Castex voit loin. Pour son cas personnel, « il hésite entre se maintenir à la tête de la RATP et préserver son capital politique en vue de l’élection présidentielle de 2027, et faire acte de candidature pour succéder, après les JO, à Jean-Pierre Farandou à la tête de la SNCF », indiquent plusieurs sources proches du pouvoir. Au cas où il opterait pour la première option, l’Élysée prévoirait une solution de rechange à la SNCF, en confiant la présidence à Xavier Piechaczyk, un ancien membre de l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron en 2017 qui a été nommé à la tête de RTE en 2020, selon des informations du Monde également relayées auprès de l’Informé. Au siège de la Régie, l’ancien premier ministre fait en tout cas comme s’il était là pour longtemps. Selon nos informations, il a lancé les travaux d’un nouveau plan stratégique à horizon 2030. Le PDG prévoit de soumettre cette nouvelle feuille de route pour la RATP à son conseil d’administration à la fin de l’année.
« Le projet de Jean Castex correspond à un recentrage des activités du groupe sur son cœur de métier », indique une source au fait des réflexions à la régie parisienne. L’ancien locataire de l’hôtel Matignon avait indiqué dès sa nomination, en octobre 2022, qu’il entendait mettre un terme au mouvement de diversifications enclenché par sa prédécesseure Catherine Guillouard. Celle-ci entendait établir de nouveaux relais de croissance afin de préparer l’ouverture à la concurrence des transports publics à Paris. Mais le groupe n’a pas pu suivre à cause d’un équilibre financier précaire (une perte nette de 26 millions d’euros en 2022 qui s’est alourdie à 109 millions d’euros en 2023). La plus grande part de ses ressources est accaparée par des besoins d’investissement très élevés et à un sous-effectif chronique (5 300 postes à pourvoir cette année, après 6 000 agents recrutés en 2023).
La RATP a déjà lâché l’activité, très déficitaire, de scooters électriques en libre-service Cityscoot provoquant sa faillite, tandis qu’il s’est retiré du projet de taxis volants Volocopter, désormais piloté seul par Aéroports de Paris. La régie s’est aussi délestée de contrats déficitaires de transports publics à l’étranger (tramways en Algérie) ou tente de le faire (réseau de bus à Londres). À tel point que certains craignent un recentrage des ressources sur le seul périmètre des bus et métros de Paris et de sa petite Couronne, confrontés à des problèmes de régularité qui commencent à peine à être jugulés.
« La RATP n’abandonnera pas ses ambitions en régions comme à l’étranger, avance un porte-parole du groupe. Il prévoit seulement de se recentrer sur son savoir-faire historique : faire rouler des bus, des métros, des tramways dans les petites et grandes métropoles. » RATP Dev, la filiale commerciale chargée des diversifications, a néanmoins revu sa stratégie pour se concentrer sur un nombre limité de régions et d’activités stratégiques : les réseaux de transports en France, où son agressivité lui a permis de conquérir dernièrement le métro de Lyon, les États-Unis, le rail urbain et, en particulier, les projets de métro automatique (où la régie a acquis une maîtrise technologique reconnue).
Pour les cinq prochaines années, le PDG a fixé comme première priorité l’amélioration de la satisfaction des voyageurs avec un service plus performant, sûr et plus simple d’utilisation. « On veut simplement remettre l’église au centre du village en replaçant le client au cœur des réflexions : le transport de voyageurs c’est plus que bouger des véhicules, précise un administrateur. La RATP doit entendre les remarques des clients et répondre aux nouvelles demandes ». Autre prise de conscience : renforcer l’attractivité des métiers de la RATP, afin de réduire le nombre d’agents qui quittent ses rangs chaque année (5 500 départs au total en 2022, selon le bilan social de l’entreprise).
« Le nombre de démissions en 2023 est supérieur à celui de 2022, affirme un représentant syndical avant la publication des chiffres définitifs. Il y a toujours des conducteurs de bus qui ne supportent plus leurs conditions de service, par exemple le week-end travaillé le matin et le soir. Ils sont aussi nombreux à s’inquiéter d’un changement d’employeur lors de l’ouverture à la concurrence des bus parisiens », dont le processus a été repoussé après les JO jusqu’en 2026.
Par ailleurs, malgré l’affirmation d’une « tolérance zéro », la régie fait toujours face à des faits de harcèlements et de violences sexuelles sur le lieu de travail, souvent mal pris en compte par la hiérarchie, comme l’a révélé l’Informé. Témoin de ces difficultés, le taux de féminisation plafonne en 2023 à 21 % des effectifs totaux. « La RATP a signé en février un accord ambitieux sur la qualité de vie au travail avec trois syndicats représentatifs (FO, CFE-CGC et UNSA), répond un porte-parole. Il permettra un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, avec une expérimentation de la semaine de 4 jours pour les agents en station et une meilleure adaptation des roulements aux besoins des salariés ».
La transition écologique et le développement économique dans le contexte de l’ouverture à la concurrence des transports franciliens sont les deux autres priorités du prochain plan stratégique à horizon 2030. Le document sera présenté au conseil d’administration en fin d’année. « Ce plan permettra également à la RATP de faire valoir sa vision auprès de son principal client et financeur, Île-de-France Mobilités », indique l’entreprise. Les négociations sur le prochain contrat 2025-2029 entre l’opérateur et l’autorité organisatrice des mobilités en Île-de-France démarreront début 2025.