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Continuer la lectureGetlink (Eurotunnel) lâche la RATP dans la conquête des TER
Déçu par ses échecs lors des premiers appels d’offres pour l’exploitation de trains régionaux, le concessionnaire du tunnel sous la Manche est sorti discrètement de Régionéo.
Fin de partie dans les trains régionaux pour la maison mère d’Eurotunnel. Le groupe Getlink, qui n’a pas souhaité commenter nos informations, s’était allié avec la RATP dès 2019 pour profiter de l’ouverture à la concurrence en 2020 de ces lignes exploitées jusqu’ici par la SNCF. Les deux entreprises avaient créé une structure commune, baptisée Régionéo, pour répondre aux appels d’offres des régions, visant à l’époque les Hauts-de-France et Grand Est. Mais quatre ans plus tard et selon nos informations, Getlink sort de ce marché en cédant sa participation de 45 % dans Régionéo à son ancien partenaire, la RATP. Raphaël Doutrebente, président d’Europorte, l’activité fret de Getlink, vient de remettre son tablier de directeur général de Régionéo. Ses fonctions sont reprises par le président Bertrand Gaillard, le directeur exécutif Offres et Stratégies de RATP Dev.
Le concessionnaire du tunnel sous la Manche jusqu’en 2086, qui a vu monter à son capital (20,55 %) le groupe de BTP et de concessions autoroutières Eiffage, préfère abandonner son projet dans l’exploitation commerciale de lignes ferroviaires pour se recentrer sur la gestion de l’infrastructure transmanche. Celle-ci fait transiter les trains Eurostar, ses navettes transportant particuliers et camions de marchandises et, depuis mai 2022, de l’électricité haute tension entre la France et l’Angleterre. Getlink a connu un fort rebond en 2022 avec un bénéfice net de 252 millions d’euros, après des années de pertes liées au Brexit et à la crise sanitaire.
Initialement, le groupe devait apporter à Régionéo sa « connaissance de la gestion des sillons, sujet extrêmement complexe, un savoir-faire réel en matière de licence ferroviaire » et ses compétences dans la maintenance des matériels roulants ou encore la formation, indiquait son président Jacques Gounon aux Échos. Affichant de belles ambitions dans l’exploitation de lignes TER, il s’est heurté à la résistance de la SNCF pour conserver ses implantations locales, bien aidée par les régions. Au total, un seul des quatre marchés ouverts à la concurrence a échappé à l’opérateur historique : celui de la ligne Marseille-Nice, remporté par Transdev. Et encore, il ne représente que 10 % du trafic régional.
Régionéo s’était positionné sur « l’étoile d’Amiens », le réseau de lignes autour de la capitale picarde, avant « de se retirer quand il est devenu clair que SNCF Voyageurs conserverait l’exploitation », selon une source interne. Il a été finaliste de la compétition pour exploiter deux réseaux en Pays-de-la-Loire (Aléop de Nantes à Châteaubriant et Nantes-Clisson ; le lot « Sud-Loire » de Nantes vers Pornic, La Roche-sur-Yon, Les Sables-d’Olonne, La Rochelle…), finalement remportée par SNCF Voyageurs en juin dernier. Enfin, il n’a pas déposé d’offre pour les marchés ouverts par la région Paca.
« Getlink est déçu de la difficulté rencontrée sur les appels d’offres sur le marché des TER qui lui semblait prometteur, explique un proche du dossier. Le maintien de la SNCF donne l’idée que l’ouverture à la concurrence n’est pas encore rentrée dans les faits et que les régions, malgré leurs déclarations, se révèlent plus prudentes pour attribuer des lignes du quotidien à de nouveaux entrants ». Des revers vécus très difficilement chez ces derniers. « Si les régions lancent des appels d’offres seulement pour le principe et reconduisent systématiquement SNCF Voyageurs, les opérateurs alternatifs, ne pourront plus répondre à l’avenir, menaçait en juin l’Afra, l’association des opérateurs alternatifs. Répondre (...) à un appel d’offres ferroviaire représente un coût de plusieurs millions d’euros ». Depuis 2020, Régionéo y a investi plus de 2 millions par an en pure perte.
Vigilante, RATP Dev, la filiale du groupe chargée des marchés en régions et à l’étranger, compte pour l’instant poursuivre l’aventure sans successeur à Getlink. « Nous allons bien sûr continuer à répondre à d’autres appels d’offres en tirant parti du retour d’expérience, assure-t-on chez RATP Dev. Nous ajustons notre approche au contexte de chaque marché : nous savons proposer une offre seuls, mais selon les enjeux nous pouvons aussi nous associer avec les partenaires pertinents ». Le groupe entend valoriser son savoir-faire, acquis avec l’exploitation du Gautrain, en Afrique du Sud, reliant Johannesburg à Pretoria, ainsi qu’avec la ligne reliant Le Caire à la future capitale administrative égyptienne à 50 km à l’est ou la prochaine mise en service du CDG Express (avec Keolis).
À l’instar de l’Afra, RATP Dev met désormais la pression sur les régions. « La réponse à un appel d’offres ferroviaire régional constitue un investissement humain et financier long et lourd pour les opérateurs, souligne l’entreprise. Afin d’assurer la présence de concurrents et de rémunérer leur contribution à l’optimisation des services ferroviaires, nous souhaitons que les régions remboursent partiellement ces frais d’offres pour les finalistes défaits, à hauteur de 50 % ».