L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureProlongé, renouvelé… l’avenir flou du patron de la SNCF, Jean-Pierre Farandou
L’Élysée tarde à se décider sur le futur du PDG de la compagnie ferroviaire, un poste pourtant crucial à l’approche des Jeux Olympiques de Paris 2024.
« Le mandat de Jean-Pierre est aujourd’hui dans un no man’s land », se désole un proche du patron de la SNCF. Chacun au sein du groupe ferroviaire s’attendait, en effet, à une décision de renouvellement fin décembre ou au plus tard en janvier. Car nommé fin 2019 à la tête du groupe SNCF, Jean-Pierre Farandou devait théoriquement être reconduit ou remplacé fin 2023, au terme de son mandat de quatre ans, selon les statuts. Mais Emmanuel Macron n’ayant toujours pas fait connaître sa décision début février, les dirigeants du groupe se perdent en conjectures aujourd’hui. Et ce n’est pas la nomination ce jeudi de Philippe Vergriete comme ministre des transports qui va accélérer les choses. Tout le monde sait que la fumée blanche viendra de l’Élysée. Avec l’espoir, chez les proches du patron de la SNCF, d’une décision rapide, permettant d’éviter « un scénario à la Catherine Pégard », toujours en poste à la tête du Château de Versailles alors que son mandat s’est achevé il y a deux ans et qu’elle a dépassé la limite d’âge.
En fait, le sujet est juridiquement plus complexe à la SNCF car la nomination de Jean-Pierre Farandou s’est faite en trois fois. Ce dernier a d’abord pris ses fonctions de président du directoire le 1er novembre 2019, puis il est devenu administrateur au moment de la réforme des statuts de l’entreprise ferroviaire au 1er janvier 2020, avant une nomination comme PDG le 16 décembre 2020. Un décalage dû notamment à l’épidémie de Covid 19. Selon les textes, son mandat d’administrateur s’est terminé le 31 décembre dernier tandis que celui de PDG du groupe court ... jusqu’au 16 décembre prochain !
Résultat : le flou artistique est total pour les dirigeants comme pour les administrateurs du groupe ferroviaire. Plusieurs questions sont en suspens : Jean-Pierre Farandou sera-t-il prolongé ou renouvelé pour un nouveau mandat ? Et quand la décision sera prise ? Pour l’heure, Emmanuel Macron tait ses intentions et fait traîner les choses. Mais selon un conseiller de l’exécutif, il « serait irrationnel de se séparer de Jean-Pierre Farandou pour nommer un nouveau président de la SNCF à quelques mois du début des Jeux olympiques de Paris 2024. La question du transport des sportifs et de dizaines de milliers de spectateurs pendant les 15 jours des épreuves est très tendue et les relations avec les syndicats ne sont pas totalement sous contrôle ». Le patron de la SNCF s’est d’ailleurs personnellement impliqué cette semaine dans les négociations pour éviter une grève des contrôleurs pendant les vacances d’hiver, un préavis ayant été déposé pour les 16, 17 et 18 février. « Les relations avec l’Élysée et le gouvernement sont bonnes, juge-t-on au sein de la SNCF. Jean-Pierre Farandou fait le job. »
Dans cette logique, et selon nos informations, l’Élysée ne devrait pas renouveler le patron de la SNCF mais seulement prolonger son mandat au moins jusqu’au 8 septembre, date de clôture des Jeux paralympiques. La décision devrait être annoncée d’ici l’assemblée générale des actionnaires prévue en avril-mai. « Il n’a jamais été question de le renouveler pour un mandat complet, affirme un proche d’Emmanuel Macron. Pour assurer le défi de la desserte des transports pendant les Jeux, la formule de l’intérim est juridiquement appropriée. »
Cette prolongation permettrait de réaligner ses deux mandats (administrateur et PDG). « Ce chevauchement rend trop compliquée la gouvernance d’une entreprise essentielle pour la mobilité des Français, concède un proche du dossier. Il y a eu de longues discussions. Le secrétaire général de l’Élysée, l’Agence des participations de l’État et les ministres se sont accordés pour tout remettre à plat afin que l’entreprise ait un fonctionnement normal. » La formule est un peu bancale juridiquement mais personne ne la conteste, l’État nommant, par la loi, le patron de la SNCF et étant le seul actionnaire de l’entreprise.
C’est finalement à l’automne que serait tranchée la question du renouvellement de Jean-Pierre Farandou, âgé de 66 ans aujourd’hui. Selon plusieurs sources, il pourrait être simplement encore prolongé jusqu’au printemps 2025 afin de valider les comptes 2024, suivant ainsi la doctrine de gestion des entreprises publiques. « Mais cela reste une coutume, que l’État n’est pas obligé de respecter », prévient un proche du président de la SNCF.
Dans l’hypothèse où Emmanuel Macron désignerait Jean-Pierre Farandou pour un nouveau mandat, la durée de celui-ci reste encore incertaine. Seulement deux ans pour aller jusqu’à ses 68 ans, la limite d’âge prévue dans les statuts de l’entreprise pour un PDG ? Ou quatre ans, jusqu’à ses 70 ans, quitte à nommer un directeur général à ses côtés pour les deux dernières années de son bail ? L’ex-ministre des transports, Clément Beaune, était opposé à une telle dissociation des fonctions. « Quand il y a un problème majeur pour les transports dans le pays, c’est tout de même plus efficace d’avoir une seule personne en responsabilité à qui s’adresser », déclarait-il cet automne.