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Transports - Auto

Carte Avantage : le tour de passe-passe de la SNCF pour augmenter le prix de certains TGV

Officiellement, les titulaires de cet abonnement doivent échapper à la hausse programmée des tarifs des TGV en 2024. Mais la compagnie a trouvé une astuce pour faire flamber les prix, parfois de plus de 30 % !

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MIGUEL MEDINA / AFP

Cliente régulière du TGV entre Paris et Rennes, Catherine ne décolère pas. Grâce à sa carte Avantage, elle sait bénéficier de prix plafonnés, même à la dernière minute. En réservant un billet en ce début février, elle s’attendait à payer, comme d’habitude, un maximum de 49 €, le plafond prévu par la SNCF pour les trajets de moins de 1h30. Surprise : le train qu’elle convoite lui est proposé à 66 €. Soit une hausse de 35 % !

Pourtant, officiellement, les conditions de la carte de fidélité n’ont pas bougé. Et pour cause : avec les Ouigo et les Intercités, les billets de la carte Avantage doivent être protégés de l’inflation en 2024. Ministre des transports jusque début janvier, Clément Beaune avait « exigé de la SNCF qu’il n’y ait pas de nouvelle hausse sur les prix plafonds » de la carte Avantage. Ceux-ci avaient déjà augmenté de 10 € fin août 2023.

Mais la SNCF sait être créative. Jugez plutôt… Depuis le 1er février, elle a modifié la méthode pour prendre en compte la durée des trajets : le Paris-Rennes, qui dure parfois 1h28, parfois 1h42 ou 1h55 selon les éventuels arrêts intermédiaires, se voit désormais systématiquement appliquer le plafond prévu pour les trajets de 1h30 à 3h. Auparavant tous les Paris-Rennes profitaient du palier d’en-dessous. Bref, la SNCF fait comme si le trajet était plus long, alors qu’aucun train n’a ralenti…

La compagnie s’est évidemment bien gardée de communiquer sur ce changement de méthodologie. Mais un autre voyageur en a eu confirmation par le service client de SNCF Connect, ce mercredi 7 février. Pour définir quel plafond appliquer aux titulaires de la carte, la SNCF utilisait jusqu’à présent le temps du train le plus rapide sur le parcours. Elle « se base désormais sur le temps moyen », selon une réponse effectuée sur X (ex-Twitter) à laquelle l’Informé a eu accès (voir ci-dessous).

« C’est lunaire », commente ce voyageur : son billet Lille-Lyon (parfois 2h58, parfois davantage) est désormais soumis au plafond pour les trajets de plus de 3h, soit jusqu’à 89 € contre 69 € auparavant. Là encore, la hausse dépasse les 25 %.

Ce changement est conforme aux conditions générales de vente, précise la direction de la SNCF, en réponse aux questions de l’Informé : il permet « de mieux refléter la réalité du temps de parcours des voyageurs ». La compagnie tient à relativiser l’impact du changement : « La majorité des voyageurs avec la Carte Avantage voyagent à un prix inférieur au prix plafonné. Ces prix plafonnés sont en effet atteints dès lors que les TGV sont fortement demandés comme sur des périodes de pointe. »

Cinq destinations sont concernées, selon la direction de la SNCF (et non six, comme indiqué par le service client) : Paris-Rennes, Paris-Lorient, Paris-Poitiers, Lille-Lyon et Lille-Strasbourg. Ce tour de passe-passe recèle une part d’arbitraire. D’autres lignes dont le temps de trajet est à la limite n’ont pas subi le même sort, comme le Paris-Metz : malgré une durée allant de 1h28 à plus de 2h selon les trains, il est toujours soumis au plafond des trajets de moins de 1h30, selon nos constatations.

La découverte de ce changement intervient alors que la SNCF doit prochainement annoncer la hausse moyenne des prix des TGV Inoui pour 2024. Celle-ci ne doit pas dépasser l’inflation, avait promis le patron de la compagnie, Jean-Pierre Farandou, au mois de décembre… et ne devait concerner que les billets réservés sans carte.

Pas de quoi réconcilier Catherine avec la SNCF : entre l’augmentation (assumée) du mois d’août et celle (cachée) de début février, son Paris-Rennes peut lui coûter 69 % plus cher qu’il y a six mois. Et ce malgré la carte Avantages, désormais bien mal nommée…