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Continuer la lectureLa SNCF veut faire bondir la redevance d’utilisation de son réseau
Confronté à une dette importante et à un mur d’investissements, l’opérateur ferroviaire français prévoit de facturer bien plus cher le droit d’exploitation de ses rails sur les dix prochaines années.
Le prix des billets de TGV ou de TER n’est pas près de baisser. C’est la conséquence logique qu’on peut attendre du nouveau plan stratégique 2023-2032, dont l’Informé a eu connaissance. Âprement négocié cet automne avec l’État, ce document prospectif, qui a été approuvé par le conseil d’administration du groupe public fin décembre, dessine ce que sera le système ferroviaire français au début de la prochaine décennie. En 2032, le groupe prévoit d’atteindre un chiffre d’affaires de 61 milliards d’euros, contre 41 milliards l’année dernière. Et sa rentabilité opérationnelle (Ebitda) doit progresser encore plus rapidement, pour passer de 6,4 milliards d’euros à 12 milliards.
Les équipes du PDG Jean-Pierre Farandou, qui lâchera les rênes du groupe après les JO, ont dessiné le modèle d’une SNCF hyper-rentable, car l’opérateur ferroviaire « se retrouve face à un mur d’investissements, dans la modernisation du réseau ferré et dans l’achat de rames nouvelles, au moment où il est confronté à un désengagement financier de l’État », justifie un des dirigeants auprès de l’Informé. Contraint d’autofinancer sa modernisation, le groupe prévoit que la croissance de sa rentabilité proviendra d’abord de la progression des recettes du TGV en France comme à l’étranger (Espagne, Italie en 2026) et de son transporteur routier Geodis, mais aussi de hausses importantes des péages ferroviaires. Ces derniers sont des redevances acquittées auprès de sa filiale SNCF Réseau par les opérateurs de transport (SNCF Voyageurs, mais aussi des nouveaux entrants comme Trenitalia, Renfe, bientôt Transdev sur la ligne Marseille-Toulon-Nice ou Kevin Speed) pour faire rouler leurs rames sur les rails de l’opérateur public.
Dans son projet d’entreprise à 2032, le groupe inscrit une croissance de 31 % du tarif de ces « droits de passage » sur la décennie à venir pour les lignes non subventionnées (« services librement organisés », tels que TGV ou Intercités), selon nos informations. Pour les services dits conventionnés (TER, Trains d’équilibre du territoire, …), le document indique que la hausse atteindra un record 54 % en 2032 par rapport à 2023. Les régions, qui ont contesté avec succès le rebond en 2024 des redevances facturées pour leurs TER, apprécieront cette perspective…
D’autant que la SNCF a déjà enclenché le mouvement inflationniste sur les péages ferroviaires. En décembre 2022, SNCF Réseau avait publié ses nouveaux tarifs 2024-2026 dans son « Document de référence du réseau ferré national – Horaire de service 2024 ». Elle prévoyait une majoration de 8 % la première année pour les services conventionnés et de 7,6 % pour les services librement organisés. Pour 2025 et 2026, les hausses prévues étaient encore largement supérieures aux prévisions de l’indice des prix à la consommation. Le projet de SNCF Réseau avait été malgré tout validé dans l’ensemble par l’Autorité de régulation des transports (ART), consciente que ces revalorisations sont « guidées par un objectif de couverture des coûts complets de l’infrastructure ferroviaire ». Elles doivent permettre à l’entreprise de sortir d’une période où elle a accumulé les déficits à répétition et creusé une dette abyssale (dont 35 milliards d’euros ont été épongés par l’État en 2020 et 2022).
Ces redevances deviennent un sujet politique car elles représentent déjà entre 35 et 40 % du prix des billets pour les TGV et 15 % de ceux d’un TER, un des niveaux les plus élevés en Europe. Pour la grande vitesse, les péages en France s’élevaient en 2021 à 18 euros par train-km, contre 3,50 euros en Italie, 7 euros en Allemagne ou en Espagne et 9 euros au Royaume-Uni, selon l’ART. « Le niveau des péages en France nuit au report modal de la route et de l’avion vers le ferroviaire, qu’on a pu observer en Italie depuis que l’État prend à sa charge une grande partie du coût de l’infrastructure », observe Arnaud Aymé du cabinet Sia Partners. Selon l’étude que nous avons réalisée avec l’Association Française du Rail (AFRA), une baisse de 20 % du montant des péages enclencherait un cercle vertueux : on peut s’attendre à 20 % de voyageurs supplémentaires (avec des trains plus nombreux et plus remplis)… et, in fine, à une hausse des redevances pour le gestionnaire du réseau ! »
Le ministre de l’économie Bruno Le Maire a confié, en septembre 2023, une étude sur le sujet à l’Inspection générale des finances et à l’Inspection générale du développement durable. Mais ses conclusions n’ont toujours pas été rendues publiques. D’ici là, SNCF Réseau pourra continuer à pratiquer « une tarification ambitieuse » lui permettant poursuivre le redressement de ses résultats. Selon les projections à dix ans réalisées par le groupe et validées par l’État, la filiale dirigée par Matthieu Chabanel doit voir ses bénéfices opérationnels plus que doubler, passant de 1,7 milliard d’euros en 2023 à plus de 5 milliards en 2032.